Syndrome du bébé secoué : une augmentation des cas sans lien direct avec l’intensité des confinements ?

Paris, le jeudi 1er septembre 2022 – Dès les premières heures du confinement strict mis en place en mars 2020 en France pour faire face à l’épidémie de Covid, de nombreux spécialistes de l’enfance s’étaient inquiétés du risque d’une augmentation des cas de maltraitance.

La réouverture des écoles et des lieux de collectivité dès le mois de mai 2020 avait d’ailleurs été saluée par un grand nombre de sociétés savantes de pédiatrie en raison de cette préoccupation.

Progression en 2021 de la prévalence et de la gravité

Les chiffres publiés dans JAMA Network Open par l’équipe d’Alina-Marilena Lãzãrescu de l’hôpital Necker-Enfants malades de l’AP-HP offrent des premiers éléments de réflexion sur les conséquences des deux années d’épidémie sur les plus jeunes.

Alina-Marilena Lãzãrescu et ses confrères ont en effet passé en revue les dossiers des 99 nourrissons victimes d’un syndrome du bébé secoué (SBS) pris en charge à Necker entre janvier 2021 et décembre 2021.

Les bébés, des garçons dans 65 % des cas, étaient âgés en moyenne de quatre mois. Ils présentaient pour 87 % une rupture des veines pontiques, 75 % une hémorragie rétinienne, 32 % des fractures, 26 % un état de mal épileptique, tandis que 13 % sont morts.

Les auteurs observent d’une part que la prévalence du SBS dans le bassin parisien est demeurée stable entre la période pré-épidémique et 2020 mais a quasiment doublé en 2021. On constate même une plus forte progression au cours du deuxième semestre. Par ailleurs, la gravité du SBS et la mortalité du SBS se sont s’est également accrues.

Détresse psychosociale

Comment expliquer cet apparent décalage entre les mesures de confinement les plus strictes et la progression des SBS. Les auteurs remarquent que leurs résultats font écho à d’autres travaux sur ce sujet. Il n’est tout d’abord pas impossible qu’une partie des SBS au cours de l’année 2020 n’ait pas pu être détectée en raison notamment des restrictions, qui ont conduit un grand nombre de familles à limiter leur recours aux urgences.

Les auteurs de l’étude relèvent d’ailleurs que certains travaux ont signalé une diminution du nombre de SBS détectés en lien avec un recul des consultations aux urgences.

Parallèlement, l’équipe d’Alina-Marilena Lãzãrescu estime que la détresse psychosociale, dont plusieurs études ont mis en évidence le lien avec le risque de SBS, pourrait avoir été plus forte en 2021, avec notamment des aides un peu moins marquées et une inquiétude accrue liée à la prolongation de la crise.

Les auteurs jugent à cet égard qu’il serait intéressant de pouvoir bénéficier d’informations sur la situation sociale des familles. Mais en tout état de cause, l’équipe note que ses résultats invitent à redoubler d’attention sur les conséquences délétères des mesures de restriction (type confinement) sur les maltraitances sur les enfants.

L.C.

Référence
Alina-Marilena Lãzãrescu et coll., JAMA Netw Open. 2022;5(8):e2226182. d oi:10.1001/jamanetworkopen.2022.26182

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