Vaccination anti-grippe en pharmacie : la proposition qui fait monter la fièvre chez les médecins

Paris, le lundi 20 octobre 2014 – Le projet de loi de santé présenté la semaine dernière en conseil des ministres par Marisol Touraine concentre les critiques des médecins. La généralisation annoncée du tiers payant n’est pas l’unique objet de leur colère. D’autres mesures sont également massivement rejetées, notamment celles visant à un transfert de certaines tâches. Sur ce point, le Président de la République, s’exprimant jeudi dernier devant le Conseil de l’Ordre s’est voulu rassurant affirmant : « Nous devons inventer les délégations de tâches » suggérant que rien n’était acté d’avance.

Sur la voie du Portugal…

Ces déclarations n’ont pas suffi à apaiser les ressentiments des médecins, de plus en plus cristallisés autour de la volonté du projet de loi d’autoriser les pharmaciens à pratiquer certaines vaccinations, dans un premier temps celle contre la grippe saisonnière. Objectif affiché par le gouvernement : faire progresser la couverture vaccinale, de fait très basse en ce qui concerne l’immunisation contre la grippe. Par ailleurs, il pourrait s’agir d’une source d’économies. En effet, même si aucun tarif n’a encore été discuté ou évoqué, certains suggèrent que cet acte pourrait être rémunéré 10 euros aux pharmaciens (l’équivalent du tarif infirmier), soit un coût bien plus faible que celui d’une consultation médicale. Les pharmaciens d’officine seraient très enthousiastes à l’idée d’une telle évolution, même s’ils soulignent la nécessité d’une véritable discussion sur la rémunération et s’ils insistent sur l’importance de mettre en place une formation. Mais d’ores et déjà, ils estiment qu’il s’agit d’un projet tout à fait réalisable et citent pour appuyer leur argumentation l’exemple du Portugal où depuis six ans, les pharmaciens ont ainsi été mis à contribution.

… et sur la voie d’une grève

Les syndicats de médecins cependant sont vent debout contre une telle mesure. Dans le Parisien, le président de la confédération des syndicats médicaux français (CSMF), Jean-Paul Ortiz se montre très circonspect. Les problèmes sont multiples note-t-il qui concernent les défauts de traçabilité jusqu’au recueil des contre-indications. « Vacciner n’est pas un acte anodin » insiste-t-il, regrettant qu’au prétexte de vouloir étendre la vaccination, on risque de la banaliser. Même regard au sein de MG France dont un communiqué du 17 octobre fait la liste de l’ensemble des dispositions les plus contestables du projet de loi et qui place en tête le transfert de certaines vaccinations aux pharmaciens ou aux sages-femmes. Enfin, d’une manière générale la colère est montée d’un cran chez les médecins généralistes : l’Union nationale des omnipraticiens français (UNOF) a en effet annoncé sa volonté de faire grève durant les fêtes de fin d’année. Parmi les griefs, on retrouve, sans surprise, ce refus de voir confier certaines vaccinations aux pharmaciens.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (22)

  • Incompréhensible

    Le 20 octobre 2014

    Alors là, Mesdames, Messieurs les médecins, je ne comprends plus ! Nos patients nous expliquent à longueur de journée que les cabinets sont sursaturés et qu'il extrêmement difficile d'avoir des RV, et vous êtes vent debout devant cette vaccination qui ne présente aucune difficulté et qui aurait pour avantage d'éviter un engorgement un peu plus important des cabinets en cette période déjà chargée ! Et vous m'expliquerez en quoi notre compétence à faire un vaccin antigrippal est à ce point inférieure à celle d'une infirmière... Vraiment navrant !

    Olivier Godefroy

  • En Angleterre aussi

    Le 21 octobre 2014

    Il n'y a pas qu'au Portugal que la vaccination anti-grippe est faite par les pharmaciens. Cela se pratique aussi en Angleterre et cela se passe trés bien. Le pharmacien suit une formation compléte: risques, contre-indications, gestion eventuelle du stress ou d'un choc anaphylactique, gestion administrative...tout y est abordé. Cette mesure est trés appréciée des patients qui s'evitent ainsi de longues heures d'attente en cabinet. Ils font confiance au pharmacien et celui-ci a toutes les compétences requises pour assurer une vaccination sans danger.
    Isabelle, Docteur en Pharmacie

  • Dépeçage continuel

    Le 22 octobre 2014

    C'est reparti... Pourquoi former des médecins si tout ce qu'ils font peut être fait par des professionnels de santé autres. Je n'ai rien contre les sages femmes et les pharmaciens mais vacciner un patient, ce n'est pas comme lui montrer comment faire un pansement, sans accès au dossier médical et aux antécédents, comment faire pour peser le pour et le contre, qui va devoir prendre en charge d’éventuelles complications ? Pas les pharmaciens c'est sûr, car bien que la vaccination soit une arme efficace contre certaine maladie catastrophe comme la Polyo ou le Tétanos il n'y a pas lieu de vacciner 100% de la population surtout dans des indications aussi litigieuse que le vaccin anti papillomavirus dont l’innocuité chez la jeune fille adolescente (...) n'est pas prouvé par des études sérieuses et encore moins sa véritable utilité étant donné la grande diversité des souches virales. On a ici une belle manœuvre gouvernementale destinée à mettre la pression sur le corps des médecins en utilisant les pharmaciens comme c'est déjà le cas pour les génériques.
    Un etudiant

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