Variole du singe : beaucoup d’interrogations et quelques réponses

Londres, le lundi 23 mai 2022 – L’épidémie de variole du singe continue de progresser en Europe, sans que son mode de transmission ait pu être élucidé.

La situation est à la fois sérieuse et peu inquiétante. Tel est le message du gouvernement britannique à l’égard de sa population à propos de l’épidémie de variole du singe qui touche le pays. « Nous détectons chaque jour davantage de cas » a déclaré Susan Hopkins, directrice de l’Agence britannique de sécurité sanitaire (UKHSA), alors qu’une vingtaine de cas confirmés et plusieurs dizaines de cas suspects ont été recensés dans le pays. Elle a tenu a précisé que « la grande majorité des gens guérissent d’eux-mêmes » et que le risque pour la population était « extrêmement faible », tout en demandant aux cas contacts de s’isoler pendant au moins trois semaines.

Habituellement cantonné à l’Afrique, la variole du singe touche actuellement l’Europe, des dizaines de cas ayant été détectés dans huit pays européens, dont la France, où une observation a été confirmée et où plusieurs sont suspectées. Seul le premier cas détecté au Royaume-Uni le 7 mai dernier s’était rendu récemment au Nigéria, indiquant que toutes les autres observations sont dues à une transmission interhumaine, pourtant rare en principe.

Épidémie chez les jeunes homosexuels européens

Autre élément intriguant, les personnes contaminées sont « principalement des individus qui s’identifient comme homosexuels ou bisexuels » indique le UKHSA. A Madrid, où 30 cas ont été détectés, dont 22 chez des homosexuels masculins, les autorités sanitaires ont découvert qu’un grand nombre de patients avaient fréquenté un sauna gay du centre-ville, qui a en conséquence été fermé par les autorités. Difficile de dire pour le moment si la maladie se transmet par voie sexuelle (ce qui n’avait jamais été observée jusqu’alors) ou si c’est la promiscuité propre aux saunas qui a favorisé la transmission du virus.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dit mener l’enquête avec le Centre européen de contrôle des maladies (CDC) pour tenter d’élucider le mystère, tandis que l’UKHSA a demandé aux hommes homosexuels d’être attentifs à « des éruptions cutanées ou des lésions inhabituelles ».

L’ONUSIDA alerte de son côté sur un autre fléau : l’homophobie, des commentaires haineux ayant malheureusement été repérés sur les réseaux sociaux à propos de la variole du singe.

Un vaccin et un traitement

Si l’épidémie venait à prendre une ampleur importante, un vaccin est fort heureusement déjà disponible, puisque le vaccin contre la variole « classique » est considéré par l’Institut Pasteur comme efficace à 85 % contre la variole du singe. La vaccination contre la variole a été obligatoire en France entre 1901 et 1979, la maladie ayant été déclarée comme éradiquée par l’OMS en 1980. Le Pr Yves Buisson, épidémiologiste et membre de l’académie de médecine, estime donc que les personnes de plus de 50 ans, déjà vaccinés contre la variole humaine, sont déjà protégés contre la variole du singe.

Pour le reste de la population, la France disposait en 2015 d’un stock de 82 millions de doses de vaccin antivariolique, les stocks ayant été reconstitués après les attentats du 11 septembre, par crainte d’une attaque terroriste. Il s’agit de vaccins de première et deuxième génération, datant des années 1970, mais qui ont été jugés comme encore utilisables en 2006. En 2009, plus de trente ans après la disparition de la variole, le laboratoire danois Bavarian Nordic a créé un vaccin de troisième génération, l’Imvanex, qui provoque moins d’effets indésirables que les anciennes versions. C’est ce vaccin que l’Espagne s’apprête à inoculer aux cas contacts des porteurs de la variole du singe.

A noter qu’il existe également un traitement supposément efficace contre la variole et la variole du singe développé par le laboratoire américain Siga : le tecovirimat. Approuvé par la FDA aux Etats-Unis et l’EMA dans l’Union Européenne, ce médicament n’a pas pu être testé sur des humains, mais s’est montré efficace chez des animaux infectés par la variole du singe. Les Etats-Unis en possèdent un stock de 2 millions de doses, là aussi dans l’éventualité d’une attaque bioterroriste.

Nicolas Barbet

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