Vu d’ailleurs : entre « Absurdistan » et « France qui fait le job » le miroir déformant de la presse étrangère

Paris, le mardi 17 novembre 2020 - Comment la presse étrangère commente-t-elle l’évolution de la situation sanitaire en France ? On se souvient qu’au sortir de la première vague, de nombreux observateurs avaient souligné l’incroyable efficacité du système hospitalier français, capable d’opérer d’importants transferts de patients à travers le pays. Si des critiques avaient été adressées au gouvernement, notamment sur la question des moyens accordés aux personnels soignants, la presse étrangère avait également observé le regard très sévère que les Français portaient sur les capacités de leur propre pays à surmonter les épreuves.

Le 5 mai dernier, l’éditorialiste britannique John Lichfield titrait ainsi dans le média The Local : « beaucoup en France doivent cesser de se chamailler et admettre le succès du gouvernement dans la gestion du Coronavirus ». Le 5 juin, c’est le New-York Times qui titrait « Macron a repoussé le coronavirus, mais la France n’est pas impressionnée ».

Du « succès » du déconfinement à l’alerte de septembre

Il faut dire qu’à l’époque, le déconfinement français avait été perçu quasi unanimement comme un succès. Le 21 juin, le Financial Times pouvait affirmer que « la France montre que l’on peut contrôler le Coronavirus ».

Mais très vite, au cœur de l’été, la presse internationale a émis les premiers doutes sur la capacité de la France à maintenir le virus sous contrôle. Si la décision de rendre obligatoire le port du masque dans les espaces clos a été qualifiée de juste, dès le mois de septembre, c’est le quotidien belge Le Soir qui alertait sur le « risque de catastrophe » à Marseille. Coté belge, c’est un relâchement généralisé de la population qui est pointé du doigt. Côté allemand, le Frankfurter Allgemeinen Zeitung a souligné les faiblesses de la politique française en matière de tests. Les médias étrangers convergent ainsi pour constater en octobre l’incroyable « vent d’inquiétude » qui se saisit de la France, pour reprendre les termes de la Tribune de Genève, mais aussi le très haut niveau de défiance de la population vis-à-vis des autorités sanitaires.

Crise mondiale ou crise française ?

Fin octobre, l’annonce d’un nouveau confinement généralisé est accueillie comme une demi-surprise. Il est vrai qu’à ce moment, l’ensemble de l’Europe fait face à une forte deuxième vague.

A un moment où le Royaume-Uni est rattrapé à son tour par une hausse des cas, l’éditorialiste John Lichfield reprend la plume le 29 octobre pour dresser un tableau doux-amer de la situation française : « c’est trop tôt, c’est trop tard, c’est trop dur, c’est trop mou, ce n’est pas vraiment un confinement puisque les écoles et les usines sont ouvertes, c’est de la faute du gouvernement pour avoir manqué le tir en août, c’est de la faute des jeunes pour s’être amusés. C’est de notre faute à tous pour avoir pris des vacances du virus en juillet août et de ne jamais être revenu proprement après. Il y a du vrai dans chacun de ces arguments. Mais il ne s’agit pas d’une épidémie franco-française. Regardez tout autour. L’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Royaume-Uni, même la disciplinée Allemagne et la précautionneuse Suisse, font face à une seconde vague contre ce virus ».

« Absurdistan »

Il n’empêche que si cette crise est une crise mondiale, la France possède manifestement un certain succès pour transformer une situation complexe en une situation incompréhensible. C’est du moins l’avis de Annika Joeres, journaliste allemande dans le quotidien Die Zeit (réputé de centre-gauche) qui n’hésite pas à rebaptiser la France « Absurdistan ». 

Vu depuis l’Allemagne, bon élève dans la gestion de cette crise sanitaire, les règles fixées par le gouvernement dans le cadre de ce second confinement sont à la fois tarabiscotées, arbitraires et souvent contradictoires. Le quotidien allemand étrille notamment la gestion « quasi-monarchique » de la crise, qui aboutit à la prise de « décisions absurdes qui diminuent la confiance dans des mesures par ailleurs nécessaires ».

Et pourtant, ça marche

Mais le vent semble désormais tourner. Notamment dans le regard de la presse américaine. Henry Grabar, journaliste à Slate souligne les signaux encourageants venus de France dans la gestion du deuxième confinement. La France aurait réussi à faire baisser le nombre de contaminations tout en gardant les écoles ouvertes.

Bloomberg lui fait écho en parlant de la « lueur d’espoir » venue de France. Le journaliste Lionel Laurent rappelle notamment la préscience de la prix Nobel d’économie Esther Duflo, qui en compagnie d’Abhijit Banerjee avait dès septembre, théorisé la nécessité d’opérer un confinement ciblé pour sauver les fêtes de Noël. Un confinement « qui commence à porter ses fruits ». Pour le journaliste, « là où Duflo et Banerjee avaient raison, c'était d'encourager la France à devancer le virus plutôt que de simplement continuer à essayer de le rattraper. Nous n'en sommes pas encore là, mais au moins les choses semblent s'améliorer. »

C.H.

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Vos réactions (3)

  • TSC

    Le 18 novembre 2020

    "le très haut niveau de défiance de la population vis-à-vis des autorités sanitaires" dit le texte.
    Il y a de quoi : un Ministre et un Directeur Général de la Santé qui ne sentent en rien responsables d'une partie des morts de la première vague, du fait que pendant deux mois le masque a été déconseillé voire présenté comme dangereux par ces "responsables". "Sin vergogna" disent les italiens.

    "la France possède manifestement un certain succès pour transformer une situation complexe en une situation incompréhensible" disent nos voisins allemands. Sans aucun doute.

    Mais le vaccin approche - heureusement - et enfin nous pourrons rassurer les patients : ils pourront mourir à nouveau normalement. TSC. Tout sauf la COVID.
    Qu'est-ce qu'une Société où l'on pense ainsi et où les libertés s'aliènent aussi facilement?

    Dr Jean-François Michel

  • Ignorance doublée d'arrogance

    Le 22 novembre 2020

    Décisions absurdes, contradictoires, incohérentes... on peut se réunir debout, mais pas assis, on peut acheter des fleurs au supermarché, mais pas des chaussures, on peut aller quérir ses livres mais pas les choisir sur place...
    rarement un gouvernement et singulièrement un ministre de la santé aura étalé son ignorance doublée de son arrogance avec autant de superbe.

    Dr Jean-Fred Warlin

  • Bémol (au Dr Jean Fred Warlin)

    Le 23 novembre 2020

    Pour les fleuristes et les libraires espérons qu'ils vont rouvrir bientôt, malgré la difficulté que les boutiques de fleurs et les petits libraires indépendants ont souvent de tout petits espaces (pour ceux qui ne font partie de chaines de magasins ). Pour les librairies c'est assez étrange parce qu'au premier confinement le gouvernement avait prévu de les inclure dans les commerces essentiels et c'est le syndicat du livre qui est montré au créneau pour le refuser, disant qu'ils allaient mettre les libraires en danger ...et maintenant la situation est inversée.

    Simone Milesi

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