120 patients par jour : l’Ordre s’en mêle

Orléans, le mardi 16 juillet 2019 - Un médecin généraliste d’Orléans qui déclare consulter 120 patients par jour est visé par une plainte de sa Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) pour « fausse déclaration ». Il a ainsi été placé en garde à vue le 4 juillet dernier pour ces faits.

C’est un médecin bien connu des habitants d’Orléans. Un généraliste qui reçoit sans rendez-vous. C’est assez rare et les patients affluent. Ces derniers devant parfois attendre dans la cage d’escalier.

Mais ce jeudi 4 juillet, les patients n’ont pas pu être reçus et ont pu lire cet étrange mot accroché à la porte du médecin : «Absent ce jour car mis en garde à vue. La sécu a porté plainte contre moi car je vois trop de patients ». Le généraliste a en effet été placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête menée par le parquet d’Orléans à la suite d’une plainte de la Sécurité Sociale pour « fausse déclaration ».

Sérieux doutes

L’Assurance maladie s’étonne en effet que le médecin dise recevoir jusqu’à 120 patients par jour, soit un patient toutes les 6 minutes pour une journée de 12 heures sans pause, bien loin des 40 à 50 patients par jour en moyenne pour un généraliste en France. Interrogé par France 3, le mis en cause explique que les autorités considèrent qu’il y a fraude à partir de 72 patients par jour (en pratique les suspicions naissent plutôt à partir de 60 patients/jour). Mais Jean-Claude Barbot, directeur de la CPAM du Loiret, conteste ces chiffres. Selon lui, la plainte ne porte pas sur le nombre de patients mais sur la véracité des actes déclarées : « nous avons de sérieux doutes sur certains actes que nous n’arrivons pas à comprendre. Nous utilisons de l’argent public, il est important de vérifier ce à quoi l’on dédit les ressources des Français » a expliqué Monsieur Barbot.

Pour justifier cette patientèle démesurée, le médecin mis en cause insiste sur le fait que le Loiret est un désert médical : plus de 9 % de la population y vit à plus de 30 minutes d’un centre d’urgence. Ses patients, dont certains font plusieurs dizaines de kilomètres pour le voir, le défendent. Une pétition en ligne de soutien au médecin a déjà recueilli près de 1 800 signatures. Mais, à la lecture des réactions des internautes sur cette affaire, on comprend que ce soutien n’est pas totalement désintéressé : le praticien était notoirement connu pour être très généreux en matière d’arrêt maladie.

Délit statistique ?

Le médecin d’Orléans n’est pas le premier, loin sans faut, à être épinglé pour un nombre étrangement élevé de patients. Par exemple, en 2012, un médecin d’Eure-et-Loir qui disait réaliser 126 actes par jour avait été suspendu un an par le Conseil de l’Ordre. A l’inverse, en 2013, un généraliste marseillais qui réalisait jusqu’à 70 actes par jour avait été blanchi par l’Ordre qui avait reconnu sa « bonne foi ».

Un Ordre des médecins qui, dans cette affaire, a décidé de se constituer partie civile "Nous souhaitons absolument nous impliquer, et comprendre ce qui a mené à une situation pareille" explique ainsi le Dr Tafani à l’antenne régionale de France 3.

Une position difficile pour l’institution Ordinale, de nombreux praticiens s’indignant régulièrement contre les procédures de la CPAM pour réprimer des « délits statistiques » qui viseraient arbitrairement les « gros prescripteurs ».

Q.H.

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Vos réactions (4)

  • L'exemple de la MSA

    Le 17 juillet 2019

    Voyons si l'Assurance maladie se comporte de manière exemplaire dans les déserts médicaux.

    D'abord, là où le manque est criant, elle pourrait nous aider avec des médecins conseil qui se mettraient à exercer dans d'aussi mauvaises conditions.

    En second lieu, sanctionner ce médecin d'une interdiction de deux mois, c'est envoyer 6000 personnes à plus de 20 kms pour .... deux mois !

    Ensuite, elle ferait mieux de voir ce qui se passe dans le désert médical. Je me suis rendu dans une quinzaine de ces déserts. Pas un qui ne ressemble à un autre ! Darney dans les Vosges c'est une toute autre affaire que Bléneau dans l'Yonne.

    Enfin, elle pourrait donner l'exemple en envoyant des médecins chargés de voir les patients démunis en une heure.

    Ce n'est pas le cas. Ainsi la MSA, la mutuelle santé agricole, une variante rurale de l'Assurance maladie, a donné des missions d'une semaine à des médecins envoyés dans presque tous les chef-lieux de canton de notre beau pays.

    Elle convoquait, chaque jour, 50 assurés à voir en 4 heures. Il en venait en général 40, la plupart n'ayant confiance que dans leur médecin de famille fut-il éloigné de 20 kms.

    40 patients en 4 heures cela donne une consultation, calculez .... en six minutes. Bel exemple donné par ceux-là mêmes qui reprochent que ce médecin voyait ses 120 malades en six minutes.

    C'est oublier que les trois quarts de sa clientèle sont des habitués. Avec la MSA, tous les paysans et autres fonctionnaires agricoles convoqués étaient des nouveaux patients.

    Il ne faut pas s'étonner que sur la semaine et 40*5 =200 personnes on ne trouvait que 2 personnes ayant des pathologies non connues par leur médecin habituel. Bien de l'argent perdu ! Encore une fois, bel exemple !

    Dr JD

  • 120 patients par jour /120 battements par minute

    Le 21 juillet 2019

    Je suis effarée et admirative de la compétence de mes confrères qui peuvent « consulter autant de patients (50 ,60 ou plus en une journée de 12 heures). J’aurais en ce qui me concerne ouvert une plage nocturne...
    Je crois bien que là prend tout son sens la télé consultation si vraiment on se sent obligé de recevoir tant de monde.
    Il me semble que l’on peut différer, mais bon .... J’applaudis humblement
    Dr Erbibou Patricia

  • Connais-toi toi-même !

    Le 24 juillet 2019

    Et si la méconnaissance de ce qu'est être en bonne santé et de quand on doit commencer à s'alarmer pour aller consulter un médecin était enseignés aux français dès la primaire.
    ça a l'air stupide ou utopique cette proposition... mais l'est-elle vraiment ?
    Responsabiliser ne peut se faire qu'à partir d'un socle de connaissances. Sinon, c'est rendre responsable les personnes de leur propre ignorance. Avouez que c'est inepte comme démarche intellectuelle, non ?

    Charlaine Durand

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