« Violences obstétricales » : pour respecter les femmes, respecter les soignants !

Paris, le mardi 16 juillet 2019 - Après avoir consacré un documentaire remarqué au meurtre de la Suédoise Eva-Marree Kullander-Smith (Là où les putains n’existent pas), l’ancienne actrice pornographique devenue réalisatrice « conventionnelle » reconnue, Ovidie, s’intéresse, dans Tu enfanteras dans la douleur à la polémique des violences gynécologiques et obstétricales qui agitent patientes et corps médical depuis trois ans. Ce film sera diffusé ce soir sur Arte mais est déjà visionnable sur le site internet de la chaîne.

On remarquera que la documentariste a fait le pari d’une certaine impartialité sur le sujet notamment en ayant à cœur de donner la parole aux sages-femmes et aux obstétriciens.

Pour Le Monde, « les témoignages recueillis pour ce documentaire sont édifiants et l’émotion dans la voix des femmes qui s’expriment face à la caméra témoigne d’un profond stress post-traumatique ».

Parmi les témoignages marquants, celui de la secrétaire d’état Marlène Schiappa qui estime que l’un de ses accouchements était de « l’ordre de la boucherie » et qui se rappelle ne pas avoir pu bénéficier d’une péridurale (ce qui contredit d’ailleurs les aspirations à « l’accouchement naturel » parfois présentées comme universelles).

« On m’a oubliée dans une pièce pendant plusieurs heures. Et quand on est revenu la tête était en train de sortir. L’ascenseur était occupé, on m’a fait descendre à pied de plusieurs étages jusqu’à la salle d’accouchement. L’anesthésiste n’a pas voulu me faire de péridurale car il trouvait que je me plaignais trop ».

« C’est bien gentil de dire que les gynécologues ne sont pas gentils »

Les médecins et sages-femmes interrogés par Ovidie invoquent, quant à eux, le manque de moyens, la surcharge de travail et un certain taylorisme qui favorisait la « maltraitance ». Une jeune obstétricienne regrette aussi « le manque de reconnaissance et de confiance » envers les médecins, ainsi que l’alourdissement de la charge administrative et des contraintes réglementaires qui pèsent sur son métier.

Une sage-femme remarque, en outre, que les patientes d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec celles d’hier. « Elles veulent être dans le contrôle » et sont prête à désigner un coupable de leurs éventuelles souffrances.

En juillet 2017, le gouvernement avait réclamé un rapport sur les violences gynécologiques au Haut conseil à l’égalité (HCE). Israël Nisand, président du Collège des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) avait refusé d’être auditionné dénonçant un « bashing » contre le personnel médical.

Aujourd’hui, l’obstétricien prend la parole: « c’est bien gentil de dire les gynécologues ne sont pas gentils (…) mais sachez que lorsqu’un gynécologue a fait cinq césariennes dans la nuit et a du brancarder lui même les patients parce qu’il n’y avait personne pour le faire il peut lui-même se sentir maltraité et de fait devenir maltraitant ».

« Pour respecter les femmes (…) il faut les faire accoucher dans des endroits qui ont les moyens de les soigner » conclut-il.

Soigner les soignants pour mieux soigner les patients en somme.

F.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • le pianiste

    Le 17 juillet 2019

    en somme , comme le dit fort bien le Pr Nisand, on ne devrait pas tirer sur le pianiste ...mais sur son employeur !

    Dr F Chassaing

Réagir à cet article