Bientôt la traversée du désert pour les futurs généralistes ?

Paris, le lundi 26 septembre 2022 – Le gouvernement a annoncé vouloir créer une quatrième année d’internat pour les généralistes et les inciter à la suivre dans une zone sous-dense.

L’information n’était au départ qu’une rumeur, relayée vendredi par le Journal du dimanche et samedi par l’Agence France-Presse.

Elle a finalement été confirmée ce dimanche par le ministre de la Santé François Braun et la ministre de l’enseignement supérieur Sylvie Retailleau : « le gouvernement va proposer au Parlement dans le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2023 l’ajout d’une quatrième année au diplôme d’études spécialisées de médecine générale » ont annoncé les ministres dans un communiqué commun.

« La réalisation de cette année supplémentaire de troisième cycle sera encouragée dans les territoires les moins pourvus en médecins généralistes » précise le gouvernement.

Une promesse de campagne d’Emmanuel Macron


La création d’une quatrième année d’internat pour les généralistes dans un désert médical était une promesse du candidat Emmanuel Macron, qui y voyait le moyen d’envoyer « un renfort massif dans les déserts médicaux ». Toute la question est de savoir ce que signifie le terme « encouragée » contenu dans le communiqué et dans quelle mesure les internes en MG seront incités ou obligés de suivre leur année de « consolidation » dans un désert médical.

L’exécutif n’a pas donné plus de précisions et il faudra sans doute attendre les débats au Parlement pour en savoir plus. En parallèle, les ministres Braun et Retailleau ont confié à quatre experts (une universitaire, deux praticiens et une interne) le soin d’organiser une « concertation » (encore une) afin d’établir les conditions pédagogiques et de rémunération de cette quatrième année d’internat.

Sans surprise, les syndicats sont très circonspects. Si la création d’une quatrième année d’internat, qui mettra la médecine générale au même niveau de formation que les autres spécialités médicales, est plutôt bien accueilli, c’est bien sur l’assignation  des internes en zone sous-denses qui fait le plus grincer des dents.

Les syndicats opposés à toute obligation


Du côté des syndicats d’internes, on prévient d’ores et déjà que toute obligation à l’installation sera vivement combattue. « Il s’agit ni plus ni moins qu’un déguisement pour une année d’exploitation supplémentaire des internes » dénonce Raphael Presneau, président de l’Isnar-IMG, principal syndicat des internes en médecine générale.

Même son de cloche du côté de l’intersyndicale nationale des internes (Isni), dont la présidente Olivia Fraigneau craint que les internes refusant de s’installer en zone sous dense soit déconventionnés, provoquant de nombreux départs de jeunes médecins vers l’étranger.

La réaction est à peine moins mauvaise parmi les syndicats de médecins généralistes, qui attendent plus de précision de la part du gouvernement et insistent sur la nécessité de choisir l’incitation à s’installer plutôt que l’obligation. « On peut créer les conditions pour que des jeunes généralistes aient envie d’aller dans ces zones et qu’ils aient possiblement envie d’y rester, mais on ne peut en aucun cas les traiter comme des bouche-trous » estime le Dr Agnès Gianniotti, présidente de MG France.

« On ne donnera jamais envie aux internes de s’installer dans ces territoires en les traitant comme une variable d’ajustement » abonde dans le même sens le Dr Luc Duquesnel, président de la branche généralistes de la CSMF.

Depuis son arrivée avenue de Ségur, le Dr Braun entretient un rapport privilégié avec les médecins libéraux. Alors que les discussions autour de cette quatrième année d’internat s’annoncent houleuses, il devra user de son art de la concertation pour ne pas rompre ce lien.

Quentin Haroche

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Vos réactions (5)

  • Scandaleux !

    Le 27 septembre 2022

    Notre président a eu une idée et tous ses ministres l'appliquent servilement, lequel aura le courage de lui dire ce que les internes et les syndicats de médecins viennent de répondre ?
    Un an de "service national" payé comme des "Dr juniors", à 2800 €/mois, pas cher quand on se compare aux boîtes d'intérim qu'on dénonce publiquement (avec une loi pour les empêcher d'embaucher les jeunes soignants dès 2023).
    Un an d'"études" : mais quelles études ? Comment le ministre de l'enseignement ose-t-il justifier au plan pédagogique cette année ? Un simulacre de programme genre "certificat d'exercice en mode dégradé dans un désert médical" ?
    Comment les complices de cette mascarade se sont-ils retrouvés dans cette escroquerie ?
    Je plains les internes, et je parie que cette mesure sera contre productive .
    Mais comme notre président est content il faudra vite le détromper : 35 heures et pas une de plus, permanences seulement si rémunérées avec repos de sécurité, arrêts maladie (syndrome dépressif et anxieux par perte d'objet (la motivation perdue du boulot, nommée en ce moment "quiet quitting" ou démission silencieuse, voire burn-out avec complète perte d'empathie), 2 patients le matin et 2 l'après midi, etc.
    Je sais que l'hôpital a des problèmes, je sais qu'il y a des déserts médicaux, mais je sais aussi que ces mesures visant à bloquer 1 ou 2 ans de plus les jeunes soignants dans le système public sont néfastes et que leurs promoteurs n'ont pas le courage de les revendiquer pour ce qu'elles sont : scandaleuses.

    Dr F Chassaing

  • Lambaréné et le retour du Dr A Schweitzer ?

    Le 27 septembre 2022

    Remarques sur la forme plus que sur le fond :
    1- Le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2023 devient un fourre tout de passage en force où on risque de retrouver 4ème année MG et... retraites.
    2- Les réactions des uns et des autres étaient prévisibles. Pas exclu, en temps d'excès et outrances, que l'analogie avec le "STO" soit reprise. Une nouvelle gréve " Elasto " en vue ?
    3- La notion d'"encouragement" laisse perplexe, la contrainte qui nous insupporte pointe.
    4- Pas sûr que l'attractivité de la MG se trouve renforcée par cette innovation adaptative : QS choix ECN 2020, 2021, 2022.

    Sur le fond, changement de paradigme : la demande doit maintenant s'adapter à la paucité de l'offre malgré sa " dispensarisation ". Les 4èmes années MG "isolé(e)s", pratiques avancées, téléconsultations mercantilisées. Lambaréné et le retour du Dr A Schweitzer ? Constats et critiques sont faciles : des solutions convenant à tous ? Je n'en vois aucune, le nivellement par le bas a déjà commencé.

    Dr JP Bonnet, 62ans PH

  • Raison garder

    Le 28 septembre 2022

    Il n'est pas sûr que hurler au scandale aide beaucoup à progresser dans la résolution des indiscutables problèmes que pose notre système de santé en pleine déconfiture. L'obligation faite aux jeunes généralistes de "donner" une année aux zones désertifiées n'est certainement pas une bonne mesure, pour de nombreuses raisons. Néanmoins, tous les vieux médecins (comme moi) se souviennent de leurs débuts dans le métier comme "remplaçants à la campagne", lâchés dans la nature sans expérience ni même compétence réelle. C'était un autre temps, mais quand même un considérable apprentissage, et un inestimable service aux populations, effectué dans des conditions difficiles.
    Bref, comme Lampedusa l'a fait dire à Tancrède : "il faut que tout change pour que rien ne change". On n'y parviendra pas en saupoudrant la politique de santé avec des idées saugrenues, mais par une nécessaire révolution : un risorgimento sanitaire !

    Dr Pierre Rimbaud

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