Brigitte Bourguignon : le discours (hésitant) de la méthode

Paris, le mercredi 25 mai 2022 - La nouvelle ministre de la santé, Brigitte Bourguignon était l’invitée ce matin de RTL. L’occasion d’un discours de la méthode.

Sur la crise des urgences, alors que 120 services ne sont plus en mesure d’assurer leur mission, la ministre s’est refusée à céder au « catastrophisme » et à annoncer telle ou telle mesure. Pour elle, il s’agit avant tout de mettre en place une « concertation ». Elle ne veut pas, dit-elle, énoncer des solutions, elles doivent être « construites avec les gens » qui sont sûr le « terrain ».

Elle a ainsi dévoilé qu’elle avait prévu plusieurs rendez-vous (probablement avec des représentants syndicaux) pour évoquer ces problèmes et qu’elle se déplacerait sur le « terrain » (encore une fois) pour aller à la rencontre des professionnels pour les écouter.

Pour elle, les chiffres mis en avant ces jours derniers par les urgentistes (Patrick Pelloux notamment) sont des « chiffres à l’emporte pièce qui ne veulent rien dire ». Des mesures « construites avec les personnes concernées » seront néanmoins annoncées dans les quinze jours à venir promet-elle.

Sommes-nous encore à l’heure de la concertation apaisée ?

Au journaliste Benjamnin Sportouch, semble-t-il un peu agacé par cette apparente indécision, elle a rétorqué « si vous pensez qu’en 48 heures je vais régler les problèmes des urgences, cela aurait été fait depuis longtemps par mes collègues ». Elle a ainsi rappelé les racines du mal : « un manque d’anticipation sur la démographie médicale » qui ne saurait être réglé uniquement par des revalorisations.

Benjamin Sportouch lui a alors soufflé une mesure d’urgence possible : la réintégration des 15 000 soignants non vaccinés. Sur ce point Brigitte Bourguignon a martelé : l’obligation vaccinale demeurera le temps nécessaire. Pour la ministre, compte tenu de la situation épidémique actuelle, le temps n’est pas venu pour la lever.

Interpellé sur les salaires des internes et des infirmiers, la locataire de l’avenue de Ségur a encore botté en touche : « je ne rentrerai pas dans ce genre de polémique », rappelant les efforts du Ségur de la santé, tout en évoquant la possibilité de revaloriser les gardes.

Mais cette méthode de la concertation lente adaptée à une démocratie sanitaire apaisée convient-elle au temps actuel ? La question se pose alors que chaque jour, la ministre est interpellée par les professionnels. Dernière lettre ouverte en date, celle de l'intersyndicale des internes de médecine générale (Isnar-IMG) dans laquelle l’organisation de jeunes appelle à faire enfin respecter le temps de travail des internes.

L’intersyndicale lui demande également de renoncer au projet évoqué par le candidat-président d’une 4e année d’internat à effectuer dans les déserts « Les internes de médecine générale ne sauraient être utilisés comme variable d’ajustement pour répondre aux enjeux d’un système de santé défaillant » préviennent-ils.

On voit se dessiner la ligne de crête sur laquelle s’aventure la ministre : prendre des décisions rapides tout en respectant le dialogue avec les professionnels de santé.

F.H.

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Vos réactions (9)

  • Air connu

    Le 25 mai 2022

    Conclusion: Tout va très bien madame la marquise...

    Dr Bertrand Pédelaborde

  • Là on se moque de nous

    Le 28 mai 2022

    J'avais, il y a longtemps, proposé au directeur de mon CHU de passer une garde aux urgences, afin qu'il se rende compte du fossé entre le discours administratif du "mieux organiser" et la réalité du terrain. Il a refusé.
    Concertation, non. Allez donner un peu de votre temps sur le terrain, mesdames et messieurs les politiques. Quand vous vous serez faits agresser, quand vous aurez du vomi, du pus, des arrêts cardiaques, de la traumatologie sanglante, vous comprendrez peut-être à quel point des soignants motivés doivent être auprès des patients, plutôt que de remplir des fichiers sur PC....

    Pr André Muller

  • Ministre

    Le 28 mai 2022

    Avec une secrétaire médicale socialiste nous sommes rassurés sur la gestion hospitalière.

    Dr Y-S Cordoliani

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