Covid-19 : En Espagne, la crise sanitaire devient politique

Madrid, le mardi 29 septembre 2020 - Si en France les épidémiologistes devisent encore sur le terme à employer pour définir la résurgence du Covid-19, en Espagne, plus personne n’hésite à parler de « seconde vague ». Le 25 septembre, le pays affichait le taux d’incidence par habitant le plus élevé d’Europe, loin devant la France et le Royaume-Uni. Il est surtout le pays européen qui affiche la plus forte augmentation du nombre de décès (179 morts pour le seul week-end et 114 pour vendredi dernier).

Des chiffres nettement supérieurs à ceux affichés par la France et le Royaume-Uni qui connaissent également une forte remontée des cas. Le bilan quotidien se situe désormais autour de son plus haut niveau depuis début mai, tout en restant inférieur au record de près de 900 morts quotidiens enregistrés fin mars.

Critiques virulentes contre les autorités centrales

Comment expliquer que ce pays, qui a réalisé le confinement le plus strict en Europe, et qui avait adopté le régime le plus dur en matière de port du masque se retrouve désormais au bord du reconfinement généralisé ?

Pour le quotidien El Pais, la raison principale de cette « faillite » espagnole se trouve sans doute dans un excès de confiance doublé d’un manque de moyens et d’organisation.

Début juillet, le Premier Ministre espagnol Pedro Sanchez n’avait pas hésité à proclamer que son pays était parvenu à « vaincre le virus, à contrôler l’épidémie et aplatir la courbe ».

Alors même que le masque a été rendu quasi obligatoire en toutes situations dès la fin du mois de juillet, le pays fut l’un des premiers touché par la reprise de l’épidémie. Pour certains épidémiologistes, cette généralisation du masque a conduit paradoxalement à un relâchement des comportements dans la sphère privée, rendant possible la circulation du virus dans la population. Mais beaucoup d'observateurs ne se satisfont pas de cette "explication" et estiment que cette disparité entre l'Italie (où l'épidémie progresse peu) et l'Espagne reste bien mystérieuse.

Madrid contre Madrid

De nouveau, Madrid se retrouve être l’épicentre de l’épidémie. Désormais, 25 % des capacités hospitalières de la capitale sont occupées par des malades atteint de la Covid-19 (et 40 % des places en réanimation). Une situation liée avant tout aux faibles capacités hospitalières tant les soignants font défaut en Espagne.

En désespoir de cause, le gouvernement Espagnol a choisi d’inciter fortement les régions à confiner de nouveau la population. Mais les autorités madrilènes rechignent à adopter des mesures difficiles. Ainsi, depuis le 22 septembre, près d’un million d’habitants de Madrid et de ses environs sont soumis par les autorités régionales à de sévères restrictions dans leurs déplacements. Le Ministère de la Santé souhaiterait que cette mesure soit étendue à l’ensemble de la capitale ainsi qu’à sa banlieue (soit plus de trois millions de personnes). Une situation difficilement acceptable dans un pays qui est d’ores et déjà au bord de l’effondrement économique.

Le 27 septembre, le gouvernement central n’a pas hésité à faire planer la menace d’une reprise en main de la situation par l'autorité centrale, en imposant un confinement strict dans l’ensemble de la région de Madrid. Le Ministre de la Santé ne le cache pas : « les prochaines semaines seront difficiles ».

C.H.

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  • Décès après le 15 août

    Le 29 septembre 2020

    Décès COVID19 pour cent mille habitants, du 15/8 au 28/9 inclus:
    Espagne = 5,9; France = 0,5; Monde = 3,0; Brésil = 16,5; Mexique = 15,9; USA = 10,8; Iran = 7,5; Japon = 0,4; Allemagne = 0,3; Corée du Sud = 0,2; Italie = 0,13; Chine = 0,03.

    Chiffres obtenus à partir des données journalières du John's Hopkins Institut (lien = https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6)

    JP Moreau, Biologiste en retraite Epidémiologiste

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