De l’exercice physique, d’accord, mais comment définir la dose ?

Des revues systématiques et des méta-analyses montrent que les exercices physiques, tout comme les médicaments, ont totalement leur place dans la prise en charge des maladies chroniques, inspirant la notion que « l'exercice est un médicament ».

Les avantages de l'exercice pour prévenir et gérer les maladies chroniques ont été bien décrits, cependant, par rapport aux essais sur les médicaments, les essais sur l'exercice remplissent-ils tous les critères de qualité et sont-ils suffisamment explicites ?

Prenons l’exemple d’une douleur fémoro-patellaire : il est facile de faire émerger une (voire plusieurs) revues systématiques méthodologiquement rigoureuses, montrant que, l'exercice réduit la douleur fémoro-patellaire par rapport aux soins habituels, sur la base de preuves de certitude modérée.

Cependant, à la lecture de la revue, les interventions en matière d'exercice sont mal définies, avec peu d'informations sur le type et la dose, et le niveau de supervision et les co-interventions, le cas échéant, sont peu décrites. Dans ce cas, le clinicien ne peut définir, pour sa pratique, quel est le programme d'exercices « efficace ».

Pour lutter contre la mauvaise notification des interventions d'exercice dans les essais cliniques, le CERT (Consensus on Exercise Reporting Template)* a été développé en 2016, définissant un ensemble minimum de 16 éléments jugés comme nécessaires pour rapporter les interventions concernant les exercices.

D’autres directives existent, telles que le modèle de description et de réplication d'intervention (TIDieR)**, développé en 2014, visant à améliorer la déclaration des interventions dans les essais cliniques. A partir de ces échelles de critères, une équipe a cherché à évaluer la qualité des rapports sur les interventions d'exercice dans le domaine de la santé et de la maladie.

Les articles ont été inclus s'ils évaluaient principalement la qualité des rapports d'intervention d'exercice à l'aide du CERT ou du TIDieR.

Des interventions mal décrites et mal rapportées

Au total, 7 804 études ont été identifiées et 28 revues systématiques incluses. Le pourcentage médian des éléments CERT et TIDieR correctement rapportés était de 24 % (19 %) et 49 % (33 %), respectivement.

Les items TIDieR « nom abrégé, Brief name » (1) (médiane = 100 %, IQR 4) et « raison, Why » (2) (médiane = 98 %, IQR 6), ainsi que l'item CERT « administration et supervision, Supervision and delivery » (4) (médiane = 68 %, IQR 89), étaient les mieux rapportés.

Pour la réplication des interventions d'exercice, l'élément TIDieR (8), « quand et combien, when et how much », a été relativement bien rapporté (médiane = 62 %, IQR 68) bien que l'élément CERT « description de chaque exercice pour permettre la réplication » (8) (médiane = 23 %, IQR 44) et « description détaillée de l'intervention d'exercice » (13) (médiane = 24 %, IQR 66) aient été mal rapportés.

La qualité des revues systématiques variait de modérée à extrêmement faible.

Cette analyse des études et revues systématiques confirme que les interventions d'exercice dans les domaines de la santé et de la maladie sont majoritairement mal décrites. Cela est corroboré quel que soit le modèle de rapport utilisé, même si l'exhaustivité des rapports semble légèrement plus élevée selon TIDieR que CERT.

La plupart des examens sont de faible qualité, et la rigueur des rapports ne semble pas s'être améliorée au fil du temps. Les résultats montrent que les noms et la justification de l'exercice (éléments TIDieR 1 et 2) ont été très bien rapportés, mais cela a une utilité restreinte en pratique.

En revanche, les éléments d'intervention clés, telle que la description détaillée des exercices, pour permettre la reproduction avec fidélité à l'intervention, et surtout la description détaillée de la prescription d'exercices ont été mal rapportés.

Sur la base de ces résultats, si l'exercice est un médicament, la manière dont il est prescrit et administré n'est pas claire, ce qui limite potentiellement son transfert de la recherche à la pratique clinique.

De fait, les auteurs soulignent l’importance du rôle des chercheurs et des comités de lecture des revues pour améliorer les rapports d'intervention ciblant l'exercice physique, en suivant TIDieR ou CERT, et pour encourager l'inclusion de ce type de liste de contrôle lors de la soumission d'articles ciblant les exercices.

*Slade SC, Dionne CE, Underwood M, et al. Consensus on exercise reporting template (CERT): explanation and elaboration statement. Br J Sports Med 2016; 50:1428–37.doi:10.1136/bjsports-2016-096651

**Hoffmann TC, Glasziou PP, Boutron I, et al. Better reporting of interventions: template for intervention description and replication (TIDieR) checklist and guide. BMJ 2014 ;348:g1687.doi:10.1136/bmj.g1687

Anne-Céline Rigaud

Référence
Hansford HJ, Wewege MA, Cashin AG, et coll. : If exercise is medicine, why don’t we know the dose? An overview of systematic reviews assessing reporting quality of exercise interventions in health and disease. British Journal of Sports Medicine 2022; 56: 692-700.

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Vos réactions (1)

  • Un entraînement est unique et individuel.

    Le 10 août 2022

    Croire qu'un entraînement physique est unique, identique pour tous, y compris dans un cadre pathologique, est une vision de médecins mais pas d'entraîneurs. Les entraîneurs adaptent à chacun, le cadre de l'entraînement. Il suffit d'écouter autant les sportifs que les entraîneurs pour le savoir.

    Dr Christian Trape

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