Entre gynécologues et sages femmes, la guerre n’a pas cessé, c'est sûr !

Paris, le  mercredi 29 juin 2016 – Chaque semaine, son nouvel épisode. La semaine dernière, le Syndicat national des gynécologues obstétriciens français (SYNGOF) paraissait déterminer à siffler les arrêts de jeu. Il s’agissait en réalité d’une fin en trompe l’œil.

Dans cette nouvelle saison des affrontements un peu plus qu’à fleurets mouchetés entre gynécologues et sages-femmes, tout a commencé avec la publication début juin des décrets élargissant les compétences des sages-femmes leur offrant notamment la possibilité de vacciner l’entourage des femmes enceintes et d’autre part de réaliser des IVG médicamenteuses. Dans ce cadre, les maïeuticiennes sont également autorisées à prescrire des arrêts de travail, détail qui a fait bondir le SYNGOF. Ce dernier s’est en effet fendu d’un communiqué rappelant que les arrêts de travail relèvent de situations pathologiques et égratignant au passage les différences de compétences entre sages-femmes et praticiens. Après une polémique houleuse, alimentée par les déclarations de la secrétaire générale du SYNGOF s’interrogeant sur la possibilité de préférer un jour de congés plutôt qu’un arrêt maladie en cas d’IVG médicamenteuse (au nom de l’accès à l’égalité salariale !), l’organisation était apparue déterminer à mettre fin à la controverse. Se déclarant très satisfait de l’élargissement de l’accès à l’IVG médicamenteuse, il nuançait ses propos initiaux et ceux de sa secrétaire générale.

Promesse pour arrêter une grève

La trêve aura été de courte durée. Le lancement, la semaine dernière, par le ministère de la Santé d’une campagne sur les compétences méconnues des sages-femmes aura été l’étincelle embrasant un feu mal éteint. Cette opération de communication était une promesse du gouvernement à l’issue de l’importante grève des sages-femmes en 2014. Elle est destinée à révéler au grand public l’étendue des missions des maïeuticiennes : de la consultation gynécologique de la femme en bonne santé à la vaccination en passant par la prescription de la contraception, la prise en charge de la femme et de son nourrisson à la sortie de la maternité, le suivi de la grossesse et de l’accouchement et la très récente IVG médicamenteuse.

La santé des femmes en péril ?

Cette belle campagne au slogan attractif, « Au moins six bonnes raisons de consulter une sage-femme », a nourri la colère des gynécologues au-delà du seul SYNGOF. Dans un communiqué publié hier, il s’associe au Collège national des gynécologues obstétriciens de France (CNGOF), à la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale (FNCGM), au Syndicat des gynécologues médicaux (SGM) et au Syndicat des gynécologues et obstétriciens libéraux (SGOL, affilié au SML) pour dénoncer « des mesures gouvernementales qui nuisent à la surveillance médicale des femmes ». Les gynécologues semblent considérer que les récentes évolutions actées par les pouvoirs publics et qui en partie sont inspirées par la volonté d’améliorer l’accès aux soins des femmes dans un contexte de pénurie de gynécologues-obstétriciens en ville méconnaissent la frontière entre physiologie et pathologie. Les gynécologues estiment notamment que les différentes mesures et la campagne « suggèrent que de consulter une sage-femme est identique en termes d’accès aux soins à consulter un médecin, alors que le niveau de formation et de compétence sont loin d’être les mêmes ». Ils soulèvent par ailleurs la question de la responsabilité médicale : « si une erreur ou une faute est commise par une sage-femme dans le parcours de soin proposé, ce sera aux médecins de corriger, réparer et le cas échéant d’en prendre la responsabilité alors que la dégénération de la situation ne sera pas de leur fait » dénoncent-ils. C’est au final la santé des femmes qui pourrait, selon eux, pâtir de cette situation, tandis qu’il n’est pour l’heure nullement certain que la question des déserts médicaux soit résolue par les récentes mesures adoptées, avancent encore les gynécologues.

Sur le terrain

Certains verront dans cette salve, qui vient s’ajouter à une longue liste de conflits entre les sages-femmes et les gynécologues ces dernières années autour des compétences des premières, une manifestation d’un corporatisme regrettable.

En tout état de cause ce climat conflictuel ne reflète sans doute pas les rapports de bonne intelligence que nourrissent au quotidien sages-femmes et gynécologues dont certains partagent même parfois les mêmes cabinets !

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (6)

  • Diviser pour mieux régner...

    Le 29 juin 2016

    ...c'est la technique de nos dirigeants et de leur cohorte de fonctionnaires. Ça a été opposer infirmières et médecins à l'hôpital, kiné et chirurgiens, sage femmes et gynécologues en promettant toujours à ceux qui s'estiment " brimés " par le pouvoir médical d'être calife à la place du calife. Et si on n'approuve pas ces évolutions c est que l'on est un conservateur donc rétrograde. On avait même fait miroiter aux infirmières une équivalence de diplôme de médecin acquis ...à l'âge !

    Peut on rappeler qu'en France l'entrée en faculté de médecine est libre et qu'il suffit de réussir sa 1ere année. Nos gouvernants s'inquiètent bien peu de la santé de leur contemporains eux qui se font soigner à l'hôpital Américain ! Pourtant seule l'alliance de nos forces est utile.

    Dr P F Diebold

  • Où vont-ils se faire soigner?

    Le 30 juin 2016

    Plutôt au Val-de-Grâce, mieux protégé et plus discret...

  • Activités des sages-femmes

    Le 03 juillet 2016

    Qu'elles pratiquent les accouchements dystociques,mettent les forceps,fassent les césariennes et on n'aura plus besoin de gynécologues-obstétriciens !

    Dr Jean-Louis Canivet

Voir toutes les réactions (6)

Réagir à cet article