Exclusif : une majorité de professionnels de santé favorable à la suppression du DPC

Le DPC selon Rembrandt

Paris, le mardi 10 juin 2014 – Le développement professionnel continu (DPC) institué par la loi Hôpital patients santé territoire (HPST) multiplie les paradoxes. Dispositif obligatoire, son non respect n’est cependant assorti d’aucune sanction. Par ailleurs, l’organisme chargé de le mettre en place, l’OGDPC (l’Organisation gestionnaire du développement continu) créée entre autres pour éviter les interférence avec des intérêts privés dans la formation des professionnels est gangrenée par les conflits d’intérêts. En outre, cet OGDPC devait permettre aux soignants de réaliser leur formation, de la faire valider et de recevoir leurs indemnisations de façon simple. Le dispositif cependant accumule les dysfonctionnements (notamment informatiques) et la complexité du système est telle que rares sont ceux qui ont su comprendre ses enjeux et son mode d'emploi.

Le DPC garde un bastion de soutiens…

Face à ces très nombreux écueils, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a récemment remis au ministère de la Santé un rapport sur le sujet, suggérant plusieurs pistes pour l’avenir du DPC. L’IGAS considérait tout d’abord que l’on pouvait s’atteler à corriger les failles du système. Cependant, les inspecteurs soulignaient que celles-ci sont si nombreuses qu’on ne peut que s’interroger sur l’opportunité de préférer plutôt une refonte de plus grande ampleur. Interrogés sur notre site sur l’avenir du DPC, les soignants semblent cependant une proportion non négligeable à considérer que l’architecture actuelle du système pourrait être conservée et gagner en efficacité grâce à une simplification et à une réorganisation. Ainsi, 37 % des praticiens seraient favorables à une telle option tandis que 2 % d'optimistes jugent que le DPC peut être maintenu en l’état. Ainsi, bien que fortement décrié et notamment très critiqué par les syndicats, ce dispositif continue à remporter une adhésion, bien que nuancée, de 40 % des professionnels de santé.

Sondage réalisé du 14 mai au 2 juin 2014 auprès de 438 professionnels de santé

… mais la suppression tente la majorité des professionnels !

Cependant, la majorité des professionnels de santé estime que le temps est venu d’une refonte en profondeur du dispositif. Dans ses propositions, l’IGAS donnait sa préférence à un recentrage des missions de l’OGDPC sur « la formation interprofessionnelle et les priorités de santé  publique », tandis que les formations propres à chaque profession relèveraient d’organismes gestionnaires spécifiques déjà existants. Ce changement d’objectifs qui probablement entraînerait une évolution de la gouvernance de l’OGDPC n’a nullement les faveurs des professionnels de santé. Cette réforme d’envergure mais à bien des égards technique n’a été retenue que par 13 % de nos lecteurs.

Bien plus radicaux, les professionnels de santé lecteurs du JIM ont été une majorité (relative) à se prononcer plus simplement pour la suppression du DPC. Dans l’esprit de l’IGAS, une telle orientation tendrait à retransformer la formation continue en obligation déontologique. Pour 45 % des professionnels de santé, économique, facile et claire, cette solution s’impose.

De quoi le DPC est-il le nom ?

Il apparaît donc que le DPC ne fait pas totalement l’unanimité contre lui. Pour autant, la majorité des professionnels de santé ne semble nullement avoir été séduit par les arguments développés par les pouvoirs publics, vantant les mérites de ce dispositif. Une fois encore, la France est confrontée à l’échec de la mise en place d’un système de FMC simple et efficace remplissant son seul but : améliorer le niveau et la qualité des connaissances des praticiens tout au long de leur carrière afin de prodiguer les meilleurs soins possibles. Un objectif perdu de vue jusque dans l’intitulé du « DPC », ce qui explique sans doute aujourd’hui pour une part le large désaveu des professionnels.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Dépeucé

    Le 15 juin 2014

    Je me suis inscrit histoire de montrer la débilité de ce système!
    Non seulement ça n'a aucun intérêt, mais géré par Galliot de la CSMF je n'arrive toujours pas presque un an après à me faire payer les 1600 € qui me sont dus!

    Dr Georges Delamare

  • Extravagant d'être payé ?

    Le 15 juin 2014

    " Qui vous sont dus "? Mais, Dr G.Delamare, n'auriez vous rien "gagné " à cette formation ? Peut-être faut-il bien la choisir.
    Savez-vous qu'il paraît extravagant à d'autres soignants que l'on soit payé pour recevoir une formation et non l'inverse ?

    Michelle Moreau Ricaud

  • Un bidule administratif

    Le 01 juillet 2014

    L'obligation déontologique de se former et de se maintenir à niveau me paraît largement suffisante comparée à l'"usine à gaz" officielle; les sociétés savantes peuvent valider les formations scientifiques, les revues et congrès.
    Si on veut nous voir faire plus d'ateliers pratiques, de mise en condition, mise en situation, simulation, voire travaux pratiques il faut nous y inciter autrement que de manière administrative, en devant sortir le portefeuille et craindre des sanctions publiées dans le JO !Nos sociétés savantes et l'Ordre peuvent nous juger, nous accompagner, nous conseiller ; ce bidule administratif n'a aucune légitimité pour me dire si je fais bien ou pas mon travail.
    Et vous, qu'en pensez vous ?
    Dr F.Chassaing

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