Le cupping est-il un exercice illégal de la médecine ?

Paris, le samedi 7 décembre 2019 - Le génie du marketing consiste souvent à faire du neuf avec du très vieux. Le 12 novembre dernier, plus d’un million de personnes sont venues « aimer » une publication Instagram de Karim Benzema où le footballeur se photographiait en pleine pratique de "cupping".
Derrière cette appellation à la fois mystérieuse et moderne se cache en réalité une pratique très ancienne : l'application de ventouses.

A l’heure actuelle, la communauté scientifique semble extrêmement réservée sur l’intérêt thérapeutique de la méthode qui n'est plus recommandé par la Faculté depuis les années 50 (époque à laquelle elle était semble-t-il encore pratiquée en URSS comme le montre les récits de la mort de Joseph Staline) . Toutefois, de nombreux espaces en France proposent de réaliser cette pratique. S’agissant d’une méthode impliquant la manipulation du corps, la question mérite d’être posée : peut-elle être laissée entre toutes les mains ? 

Le contentieux des médecines non conventionnelles

La pratique des "médecines" non conventionnelles en France est à l’origine d’un contentieux en développement.

En effet, à l’heure actuelle, les médecines alternatives (acupuncture, médecine traditionnelle chinoise, l’hypnose…) ne font l’objet d’aucun encadrement législatif. Du fait de ce flou, de nombreuses personnes n’hésitent pas à "poser leur plaque" au risque de se voir poursuivre pour exercice illégal de la médecine.

Le précédent de l’hypnose

Pour l’article L.4161-1 du Code de la Santé Publique, l’infraction d’exercice illégal de la médecine ne peut être caractérisée que si une personne réalise « habituellement » des actes propres à la médecine, à savoir « l'établissement d'un diagnostic ou le traitement de maladies ».


Or, pour les juridictions, les pratiques alternatives impliquent nécessairement une « démarche de diagnostic », définie comme le fait « d’examiner des personnes » en vue de « déterminer l'organe malade à partir des symptômes décrits » et ceci « afin de mettre en œuvre un traitement ».

C’est sur ce fondement que la Cour de Cassation, dans un arrêt du 21 septembre 2004, a pu confirmer la condamnation prononcée contre une personne ayant pratiqué l’acupuncture sans diplôme de médecin.

Des premières condamnations pour "l’hijama"

Les juridictions ont eu l’occasion de se pencher sur la pratique des ventouses, ou du moins sur une pratique issue du Moyen-Orient similaire faisant appel aux ventouses : l’hijama.

Ainsi, le Tribunal de Chartes le 5 décembre 2016 a pu condamné à six mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende une personne pratiquant l’hijama (avec incision). Plus proche de nous, le 29 novembre 2019, le Tribunal correctionnel de Bobigny a prononcé une condamnation similaire, estimant que cette pratique ne pouvait être exercée que par un médecin.

Quelles conséquences ?

On peut s’interroger sur le développement des pratiques alternatives dont l’efficacité scientifique est plus que contestée. A l’heure actuelle, la pratique du cupping ne pourrait donc être réalisée que par une personne titulaire d’un diplôme en médecine.

Mais faut-il considérer cette situation comme satisfaisante ? En effet, il peut sembler étonnant de considérer qu’un médecin peut se livrer, sous prétexte qu’il y est habilité, à une technique médicalement douteuse. 


Charles Haroche

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Vos réactions (3)

  • Pas de ventouse périnéale !

    Le 07 décembre 2019

    C'est l'équivalent des saignées et des sangsues. Ça décongestionne un peu le patient et son portefeuille. Moins de risque de brûlure ou d'infection avec les ventouses à chiottes que je préconise : 4 par côté et une sur le vertex des chauves. Pas de ventouse périnéale, risque de descente d'organe et autres catastrophes difficiles à nettoyer. Je prends un petit K30.

    Dr Pierre Castaing

  • Nil novi sub sole

    Le 09 décembre 2019

    J'ai le souvenir, étant petit enfant, de mon père se faisant poser des "ventouses scarifiées"=hijamalors de crises d'asthme (circa 1955)....

    "Clysterum donare, Postéa seignare, Ensuita purgare" (Molière, Le Malade imaginaire)
    Sans oublier les bains de siège froids pour le mal saint Fiacre.

    Dr Michel Clément

  • Petit rappel

    Le 13 décembre 2019

    Les allemands, médecins, doivent être de sacrés farceurs, aux yeux de M.Haroche puisqu il existe des services consacrés aux "médecines alternatives" en CHU avec même des "professeurs" et chef de service pour le domaine.

    Dr Christian Trape

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