Menace de rupture de LCA sur le genou de la footballeuse

Bien des sportifs découvrent l’existence du ligament croisé antérieur (LCA) à l’occasion d’un traumatisme du genou.

La position centrale du LCA lui permet d’assurer, avec son homologue postérieur, la stabilité de l’articulation du genou en limitant le déplacement ou la rotation excessive du tibia par rapport au fémur.

Le LCA peut être lésé, voire déchiré complètement, lors d’une rotation anormale du genou, le pied restant au sol. Par exemple un brusque changement de direction, la réception d’un saut ou encore un mouvement de pivot. Autant de situations fréquemment rencontrées en sport, en particulier en football. En cas de rupture, le traitement consiste en une reconstruction sous arthroscopie, suivie d’une période de rééducation. La reprise progressive de l’activité sportive s’effectue en général entre le troisième et le sixième mois, en fonction des disciplines (précoce pour la natation ou le cyclisme par exemple) et, pendant plusieurs mois, sans compétition.

Plusieurs études ont montré une inégalité femme/homme par rapport à la rupture du LCA, avec un risque 5 à 7 fois plus élevé chez les premières. On ignore encore pourquoi : différence de contrôle neuromusculaire, hyperlaxité, imprégnation hormonale… ?

Quoi qu’il en soit, la crainte souvent exprimée après une rupture du LCA, c’est sa récidive.

Deux fois plus de récidives après ligamentoplastie si l’on reprend le sport

Afin de préciser le risque de nouvelle lésion chez des footballeuses 5 à 10 ans après une première reconstruction du LCA, une équipe suédoise a constitué une cohorte de 317 femmes jouant au football dont 222 ayant bénéficié d’une ligamentoplastie en moyenne 6,5 ans auparavant. Trois groupes ont été comparés. Parmi celles qui ont repris le football (n = 163), 42 % ont été victimes d’une récidive de la rupture, ou d’une rupture controlatérale. Chez les femmes qui n’ont pas repris le football (n = 59), les deux incidents précédents ont touché 19 % d’entre elles. Enfin, dans le groupe témoin sans atteinte initiale du LCA, 11 % ont présenté une atteinte de ce ligament. 

Les sportives retournées au football ont eu ainsi deux fois plus de risque d’une nouvelle rupture que celles qui n’ont pas repris (2,24 ; intervalle de confiance à 95 % IC : 1,27-3,93 ; p = 0,005) et quatre fois plus que le groupe témoin (3,93 ; IC : 2,23-6,91 ; p <0,001).

Enfin, deux tiers des femmes ayant eu une ligamentoplastie d’un croisé antérieur et qui ont repris le football ont eu une nouvelle lésion du genou dans les 5 à 10 ans, touchant le LCA, le ménisque ou le cartilage.

De quoi faire réfléchir, après rupture du LCA, à la reprise du football, et sans doute des autres sports avec mouvement de pivot, car les conséquences à long terme d’une nouvelle récidive pourraient s’avérer problématiques pour la santé du genou.

Dr Patrick Laure

Référence
Fältström A, Kvist J, Hägglund M : High Risk of New Knee Injuries in Female Soccer Players After Primary Anterior Cruciate Ligament Reconstruction at 5- to 10-Year Follow-up. Am J Sports Med., 2021: 3635465211044458. doi: 10.1177/03635465211044458.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • LCA

    Le 14 octobre 2021

    Le LCA ne limite rien de façon passive lors des sports en pivot-contacte. C'est un organe essentiellement proprioceptif. Dès que le genou est fléchi, ce sont les muscles périphériques qui stabilisent les genou puisque les croisés et les ligaments latéraux sont détendus. Par exemple ce sont les muscles de la patte d'oie (DI-DM-DT) qui freinent la rotation externe. Les facteurs d'inclusion d'une série de récidive doivent mentionner la technique employée (KJ- DIDT-DT4) etc..
    Et la nature et l'intensité de la rééducation.

    Dr Jean-Louis Bernard

Réagir à cet article