Normandie : un médecin soupçonné d’avoir provoqué la mort de cinq patients

Le Havre, le 6 décembre 2019 - Un médecin généraliste de la région du Havre est accusé d’avoir administré du midazolam, un puissant sédatif, à ses patients, provoquant la mort de cinq d’entre eux. Il a été mis en examen.

Les habitants d’Angerville-la-Martel, en Seine-Maritime, ne s’imaginaient sans doute pas que leur petite ville (1 000 habitants seulement) se retrouverait au cœur d’un fait divers d’une telle importance. Le 13 novembre dernier, le médecin généraliste de la cité a été mis en examen pour « administration de substances nuisibles ayant entrainé la mort sans intention de la donner sur personne vulnérable ». Il est accusé d’avoir administré du midazolam à plusieurs de ses patients, provoquant la mort de cinq d’entre eux. Il encourt vingt ans de réclusion criminelle.

Pas d’intention de tuer selon la justice

Le midazolam est un puissant sédatif utilisé pour placer des patients en fin de vie en sédation profonde lorsqu’il est décidé, conformément à la loi Leonetti, de mettre fin au traitement : c’est ce qu’on appelle couramment l’euthanasie passive. Hors de tout protocole légal, le mis en cause aurait administré ce médicament à des patients souffrant d’affections lourdes, notamment des cancers. Durant l’enquête, les corps de plusieurs de ses patients ont été exhumés et des traces de midazolam ont été retrouvées chez cinq d’entre eux, âgés de 64 à 90 ans au moment de leur décès. Le médecin aurait présenté le midazolam aux malades et à leurs familles comme un « somnifère léger ».

Le mis en cause s’est procuré le médicament grâce à l’aide de son épouse, anesthésiste, qui a également été mise en examen pour complicité d’homicide et abus de confiance. Le généraliste nie avoir voulu pratiquer des euthanasies, il n’a, selon lui, administré le midazolam que pour apaiser les souffrances de ces patients. L’intention de tuer n’a d’ailleurs pas été retenue par le juge d’instruction. Selon le procureur de la République du Havre, le débat porte sur le lien de causalité entre l’utilisation du midazolam et la mort des victimes : « Est-ce que ce médicament a entrainé la mort ou a participé à l’accélérer ? Ou est-ce que ça n’a pas eu de conséquences ? Il va y avoir des expertises très pointues » a expliqué le magistrat.

Interdiction d’exercer

En attendant la fin de l’instruction, la cour d’appel de Rouen a prononcé une interdiction d’exercer à l’encontre du médecin généraliste. Son avocat s’est pourvu en cassation contre cette décision. « C’est une mesure sévère et disproportionnée » explique Maitre Routel. « Pour mon client, après plus de 30 ans d’exercice, il est très difficile de ne pas retourner travailler ». L’avocat a également affirmé à la presse que le couple de médecins avait reçu des messages de soutien de plusieurs centaines de personnes : « Ce sont des gens très appréciés et mon client a énormément de patients dans un secteur particulièrement touché par la désertification médicale ».

Cette affaire fait écho à un autre cas potentiel d’utilisation illégale de midazolam à Besançon, où vingt résidents d’un Ephad sont décédés dans des circonstances troubles. Une enquête en recherche des causes de la mort a été ouverte en février dernier et est toujours en cours.

Quentin Haroche

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Vos réactions (2)

  • Midazolam

    Le 07 décembre 2019

    L'incompétence de ceux qui ont accusé ce médecin d'avoir provoquer la mort de patients est insondable.

    Le midazolam est une des plus faibles benzodiazépines. Il permet de provoquer une légère somnolence et, surtout, une amnésie bien venue chez ces patients

    En Belgique nous l'utilisions pour les endoscopies et pour les techniques douloureuses comme les ponctions médullaires.

    Une benzodiazépine n'est pas un neuroleptique, ce que semble ignorer les grands experts qui ont le culot de poursuivre un des rares médecins à faire sérieusement son travail.

    Un petit recyclage des ces grands "EXPERTS" parait s'imposer

    Dr Guy Roche, ancien interniste et maître de stages

  • Midazolam en phase terminale

    Le 30 décembre 2019

    D'usage fréquent en milieu hospitalier, le Midazolam supprime l'angoisse de la mort imminente associé à la morphine pour minimiser les douleurs. C'est une association très efficace. Elle ne précipite pas la mort des patients, mais la rend moins cruelle.
    On ne voit donc pas pourquoi son usage serait restreint à l'hôpital, compte tenu des fermetures de lits ou d'hôpitaux de proximité et des sous-effectifs médicaux dans les territoires.
    Mais il faut former les généralistes à son usage, pour trouver la dose qui permet au patient de fermer les yeux, ce qui nécessite une voie veineuse stable, et des tubulures compte-gouttes, voire des seringues électriques programmables.
    Enfin, comme en établissement, on doit expliquer à la famille ce qu'on fait, obtenir son accord et bien dire que c'est un somnifère mais surtout le meilleur anxiolytique.

    Dr Marie-Paule Cabrol

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