OPNA, on pourrait demander aux pharmaciens…

 Récemment, était analysé sur ce site un article du British Medical Journal consacré à l’excès de prescriptions inappropriées chez les personnes âgées ou OPNA. En écho à cette publication, les auteurs rappellent que cette tendance fait le lit d’effets indésirables médicamenteux voire d’hospitalisations pour iatrogénie dans les cas plus sévères. Les séniors représentent en effet un public particulier, caractérisé par sa fragilité et sa faible participation aux essais cliniques thérapeutiques.

C’est justement d’un essai clinique singulier dont il est question ici : D-PRESCRIBE teste une intervention éducative des pharmaciens dans la lutte contre la sur-prescription chez les aînés. Menée au Québec entre février 2014 et septembre 2017, l’étude s’est clôturée en février 2018 sur des résultats éclairants.

Après randomisation - à l’échelle des pharmacies- le groupe interventionnel regroupait 248 patients, tandis que le groupe contrôle en comptabilisait 241. Ces derniers devaient être âgés d’au-moins 65 ans pour être inclus. De même, ils devaient être détenteurs d’une ordonnance présentant une des quatre classes médicamenteuses suivantes : sédatifs-hypnotiques, antihistaminiques de première génération, glyburide ou AINS.

Une recommandation à la « dé » prescription

L’action testée dans le bras interventionnel reposait sur une expérience particulière. Les pharmaciens étaient encouragés à envoyer aux patients une brochure explicative et éducative visant à les éclairer sur l’intérêt de réduire leur consommation médicamenteuse. Plus précisément, cette brochure indiquait en quoi la prescription était inappropriée, les possibles alternatives thérapeutiques et, pour ceux prenant des sédatifs-hypnotiques, un protocole de sevrage illustré. En parallèle, le pharmacien adressait au médecin à l’origine de l’ordonnance un argumentaire pharmaceutique factuel pour recommander la « dé » -prescription. Cette « pharmaceutical opinion » représente, au Québec, un acte légal et remboursable destiné à faciliter la communication entre médecin et pharmacien. Dans le groupe contrôle, les pharmaciens agissaient de manière habituelle.

L’évaluation en aveugle a retrouvé un avantage significatif à ce type d’intervention. En effet, après 6 mois, 43 % des patients (et leur médecin, par ricochet) ayant bénéficié de l’intervention éducative des pharmaciens n’avaient pas de nouvelles prescriptions inappropriées, contrairement à 12 % dans l’autre bras. Cette différence était d’autant plus marquée dans la classe des sédatifs-hypnotiques (43,2 vs 9 %). Ces résultats corroborent ceux de différentes études ou méta-analyses antérieures, dans des domaines variés : diabète, HTA, antibiotiques (1). Un argument supplémentaire, donc, pour renforcer la complémentarité entre deux professions au service des patients.

Dr Justine Diehl

Référence
Martin P, Tamblyn R, Benedetti A, Ahmed S, Tannenbaum C : Effect of a Pharmacist-Led Educational Intervention on Inappropriate Medication Prescriptions in Older Adults: The D-PRESCRIBE Randomized Clinical Trial. JAMA. 13 nov 2018;320(18):1889‑98.

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Vos réactions (1)

  • Evidence

    Le 12 décembre 2018

    C'est une évidence et le rôle des pharmaciens:vérifier que l'ordonnance est conforme à l'AMM et aux posologies prescrites par le médecin, sauf cas particuliers explicités par lui.

    Dr Jean-Louis Canivet

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