Peut-être un risque accru de maladie CV sous testostérone

Le traitement hormonal substitutif (THS) chez l’homme souvent âgé ne peut être envisagé que face à une baisse significative des taux plasmatiques de testostérone. Le déficit androgénique lié à l’âge (DALA) fait partie des indications potentielles du THS au masculin, pour peu que les symptômes allégués soient compatibles avec son diagnostic et que le patient soit demandeur. La présence de signes cliniques d’hypogonadisme est facultative, mais ces derniers, quand ils existent, facilitent la décision médicale. Le rapport bénéfice/risque d’un tel traitement reste sujet à caution, car les études de cohorte prospectives nécessaires à son évaluation sont rares.

A cet égard, il faut signaler une étude britannique du type cas-témoins qui a reposé sur une vaste base de données, en l’occurrence l’UK Clinical Practice Research Datalink à partir de laquelle a été constituée une cohorte composée d’hommes âgés de plus de 45 ans, recrutés entre 1995 et 2017. Dans tous les cas, les taux plasmatiques de testostérone étaient bas, alors qu’il n’existait aucun signe d’hypogonadisme ou d’affection testiculaire d’une autre nature. L’objectif était de rechercher une association entre la prise de testostérone et le risque de maladie cardiovasculaire en calculant les hazard ratios (HR) correspondants et leurs intervalles de confiance à 95 % au moyen du modèle des risques proportionnels de Cox. Les évènements cardiovasculaires majeurs pris en compte – AVC, accident ischémique transitoire (AIT) ou encore infarctus du myocarde (IDM)- ont été combinés pour constituer le critère de jugement principal.

Augmentation maximale au cours des deux premières années de traitement et chez les 45 à 59 ans

Au total, le nombre de sujets inclus s’est élevé à 15 401. Au cours d’un suivi de 71 541 sujets-années, le critère de jugement principal a concerné 850 patients, ce qui correspond à une incidence globale annuelle de 1,19 (intervalle de confiance à 95 %, IC 95 %, 1,11-1,27) pour 100 sujets.

La comparaison des exposés et des non exposés à la testostérone montre que la prise régulière de cette hormone est associée à une augmentation modeste mais significative du risque d’ECVM, le HR correspondant étant en effet estimé à 1,21 (IC 95 %, 1,00-1,46). Le risque s’avère maximal au cours des 6 à 24 premiers mois du traitement avec un HR de 1,35 (IC 95 %, 1,01-1,79), mais aussi dans une tranche d’âge bien précise, 45-59 ans, le HR étant alors de 1,44 (IC 95 %, 1,07-1,92).

Cette étude cas-témoins suggère donc que le risque d’ECVM serait quelque peu majoré au cours des deux années qui suivent le début de ce THS. Des résultats à confirmer qui peuvent néanmoins inviter à une certaine prudence dans le recours à un tel traitement, notamment quand le lien entre les symptômes et les données biologiques est difficile à établir…

Dr Philippe Tellier

Référence
Loo SY et coll. : Cardiovascular and Cerebrovascular Safety of Testosterone Replacement Therapy Among Aging Men with Low Testosterone Levels : A Cohort Study. Am J Med., 2019 ; 132(9): 1069-1077.e4. doi: 10.1016/j.amjmed.2019.03.022.

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Vos réactions (1)

  • Stéroïdes sexuels dans l'andropause. Pas de contradiction

    Le 10 décembre 2019

    Les recommandations de prise de stéroïdes sexuels au cours de l'andropause varient chez les cardiologues en 50 ans. Encore que !

    Je me souviens d'une publication des cardiologues des VETERANS américains qui administraient du PREMARIN (œstrogènes naturels obtenus par sondage vésical des juments gravides) qui mettait en évidence une diminution remarquable de la mortalité par infarctus du myocarde.

    Ce résultat est resté longtemps inexpliqué. En fait l'exemple de la mort d'un PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE à l'Elysée (FF) montre bien que l'acte sexuel chez un coronarien est fort répandu et que cette façon de mourir est rarement relatée : "
    A t'il sa connaissance demande le prêtre appelé pour l'extrême onction? Non elle est sortie par une porte dérobée lui répond le valet de chambre".

    Sous PREMARIN ce danger s'estompait en fait puisque sous PREMARIN les vaillants VETERANS étaient tous devenus impuissants.

    Je cite : "La comparaison des exposés et des non exposés à la testostérone montre que la prise régulière de cette hormone (la testostérone) est associée à une augmentation modeste mais significative du risque d’ECVM."

    Le cancer de la prostate pourtant fréquent à cet âge (70 % à 70 ans) n'est pas évoqué.

    Voilà une bonne explication à 50 ans d'intervalle !

    Dr JD

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