Pour combler les déficiences sur les carences en fer

Il est estimé que 30 % de la population souffre d'une anémie principalement liée à un déficit en fer. Malgré une prévalence élevée dans les pays développés, ces déficits sont sous-estimés en raison de l'absence d'harmonisation internationale pour les tests diagnostiques et des seuils, ou de l’interprétation lors de maladies inflammatoires.

Pour optimiser la prise en charge des patients, il est indispensable de différentier carence absolue et carence fonctionnelle. La carence absolue est une diminution du stock total en fer, conséquence d'un apport insuffisant (personnes âgées, malnutrition, malabsorption) ou une perte sanguine. La ferritine est le marqueur du stock en fer de l’organisme.

Le déficit fonctionnel est un défaut de transport du fer du lieu de stockage (foie, macrophages) avec un stock adapté. L'assimilation de fer par les précurseurs érythroïdes est insuffisante. La cause principale est l'inflammation, se traduisant par une production augmentée de ferritine.

Interpréter le taux de ferritine selon qu’il y a ou non inflammation

Ainsi, un taux normal de ferritine n’exclut pas une carence d’apport et lorsqu’une carence martiale est associée à une inflammation, interpréter le taux de ferritine devient plus ambigu.

L'HAS en 2011 a publié un rapport indiquant que le diagnostic de carence martiale nécessite le dosage de la ferritine et que dans certains cas de pathologies inflammatoires, le dosage de la ferritine doit être associé à l’évaluation du coefficient de saturation de la transferrine (CST).

Le fer est essentiellement lié à cette protéine de transport, la transferrine dont la synthèse augmente lorsque les stocks sont bas. Le dosage du fer en tant que tel n’est pas utile. Ses variations nycthémérales n’en font pas un bon marqueur.

Le CST est un reflet de la quantité disponible de fer circulant et est un meilleur indicateur (que la ferritinémie) de la quantité de fer disponible pour l'érythropoïese.
Le CST est aussi un bon indicateur des réserves en fer et un taux < 16 % confirme une anémie par déficit en fer qu'elle soit absolue ou fonctionnelle.
Une concentration de ferritine sérique < 100 µg/L et un CST bas sont observés dans les carences absolues tandis que la ferritine est normale voir même augmentée et le CST bas en cas de carence fonctionnelle.
Le calcul du CST est dépendant du dosage du fer et de la transferrine. Ainsi, les variations de l’un ou l’autre des 2 paramètres modifie le résultat du CST.

Les auteurs de cet article ont fait une revue de la littérature sur 41 publications afin de préciser les bénéfices potentiels du recours au seul CST comme critère diagnostique des carences en fer.

Ferritine et CST en première intention et des seuils de ferritine différents selon le contexte

Des recommandations internationales en 2017 préconisent un seuil de ferritine à 100 µg/L en cas  de MICI, d’insuffisance rénale chronique ou d’insuffisance cardiaque chronique.

Les recommandations de la société Européenne de cardiologie de 2018 stipule que la ferritine et le CST doivent être mesurés conjointement et la Société Européenne de Médicine Oncologique  définit la carence en fer par un taux de ferritine < 100 µg/L si le CST est normal ou compris entre 100 et 299 µL/L si le CST est < 20 %.

Ainsi, les auteurs concluent que le diagnostic de déficit en fer passe par la mesure conjointe de la ferritine et du calcul du CST qui apparaissent être le meilleur reflet de la quantité de fer disponible pour l'érythropoïse médullaire.

Dr Sylvie Coito

Référence
Cacoub et coll. Using transferrin saturation as a diagnostic criterion for iron deficiency : A systemic review. Crit Rev Clin Lab Sci. 2019 Dec;56(8):526-532. doi: 10.1080/10408363.2019.1653820. Epub 2019 Sep 10.

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Vos réactions (2)

  • Déficit fonctionnel en fer

    Le 10 décembre 2019

    On omet souvent un dernier secteur quand on veut étudier le métabolisme du fer :
    - la ferritine est le secteur du stockage
    - le coefficient de saturation est le secteur du transport
    - les marqueurs de l'érythropoïèse correspondent au secteur fonctionnel : la Tcmh est le premier paramètre à baisser en cas de déficit en fer qu'il soit lié à une diminution du stock, ou à un syndrome inflammatoire. Dans ce dernier cas, le VGM a tendance à être moins diminué que dans le 1er cas.
    Par ailleurs, pas d'interprétation de la ferritine sans CRP surtout chez les personnes âgées.

    Dr B. Lanson

  • Anémie et endométriose

    Le 11 décembre 2019

    De nombreux troubles gynécologiques comme les règles hémorragiques et pathologies comme les fibromes et l’endométriose s’accompagnent de carences sévère en fer (chronique) chez les patientes voir d'anémie. Rares sont faites les analyses pour en comprendre l’étiologie.

    Si les causes chez certaines patientes paraissent parfois évidentes, il n’en demeure pas moins que ni les analyses ni la prise en charge ne sont suffisantes et satisfaisantes pour les patientes.

    Il ne faut pas croire qu’une simple prise de progestatifs ou un complément en fer (souvent mal toléré) va résoudre une carence ferriprive marginale ou non d’une pathologie dont la science ignore encore tout.

    L’endométriose (qui touche 1 à 2 femmes sur 10 !) est une maladie dont la physiopathologie est inconnue (surtout en France) et le tableau clinique incomplet faute de recherche (et d’interêts) de la part des gynécologues.

    Les carences en fer et l’anémie ont des répercussions sur la santé des femmes très importantes et à long terme. La qualité de vie s’en trouve particulièrement diminuée.

    Il est urgent de revoir sa copie en matière de prise en charge des pathologies gynécologiques et plus globalement en matière de santé des femmes.

    D.

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