Un journal médical prestigieux dénonce le manque de préparation des autorités sanitaires

Le mardi 31 mars 2020 – Dans un éditorial au vitriol, le rédacteur en chef d’une revue  médicale de référence relaie la colère des médecins face à l’incapacité du système sanitaire à faire face à l’épidémie de coronavirus.

Certains voudraient qu’en ces temps « d’Union nationale », on fasse taire, pour un temps, les critiques envers le gouvernement. Mais d’autres préfèrent ne pas attendre la fin de l’épidémie pour faire entendre leur colère face à une impréparation qu’ils jugent délétère. Un grand journal scientifique a publié ce samedi un éditorial particulièrement critique contre les autorités sanitaires et leur gestion de la crise du coronavirus.

L’auteur y rappelle que dès fin janvier, la communauté scientifique alertait sur le risque majeur de propagation en Europe de l’épidémie de coronavirus qui faisait rage en Chine. Le ministère de la santé aurait dû utiliser le temps qui lui restait pour se préparer à faire face à l’épidémie, en produisant massivement du matériel de protection et en augmentant sa capacité à tester la population comme le recommandait l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Mais les autorités sanitaires ont préféré minimiser le risque épidémie et n’ont pris que trop tard les mesures de confinement qui s’imposaient. Les hôpitaux du pays se retrouvent désormais submergés par le nombre de patients à admettre dans les services de réanimation.
L’éditorial se fait le relai des témoignages accablants des médecins en première ligne pour combattre l’épidémie. Tous expriment leur désarroi, la désorganisation totale et le manque criant de moyens. « Il n’y a aucune ligne directrice, c’est le chaos ». « Je ne me sens pas en sécurité, je ne me sens pas protégé ». « C’est un carnage, une crise humanitaire ». « Notre système de santé n’est pas digne d’un pays occidental ». « C’est criminel, nous nous sentons totalement démunis ».

Les autorités doivent s’excuser

C’est notamment le manque de masques et de matériel de protection qui est dénoncé par les soignants. Alors que le ministre de la santé affirmait, il y a quelques jours, que « le pays avait un stock suffisant de matériel de protection », les témoignages des médecins rapportent une situation bien différente. Nombreux sont ceux qui déclarent devoir acheter leur propre matériel, utiliser des masques périmés voire soigner des patients sans aucune protection. Les patients atteints du Covid-19 et non contaminés sont mélangés. De nombreux médecins sont infectés et risquent de transmettre le virus à leurs patients.

L’auteur de l’éditorial exige désormais que le gouvernement s’excuse auprès des médecins qui doivent accomplir leur devoir sans aucune protection, mettant leur santé et leur vie en danger.

Sa conclusion est lapidaire : de nombreux patients vont mourir du fait de cette impréparation, un véritable « scandale national dont l’ampleur reste à déterminer ».

Publiée dans The Lancet par son très distingué rédacteur en chef, le docteur Richard Horton, cette tribune au vitriol vise la direction du National Health Service (NHS), le système de santé britannique. Les mêmes critiques pourraient-elles être adressées aux autorités sanitaires françaises, ou à celles d’autres pays européens ?

Alors que certains états, notamment en Extrême-Orient, ont intelligemment utilisé les nouvelles technologies et le dépistage de masse pour juguler l’épidémie, les pays européens, parmi les plus riches du monde, ont minimisé le risque épidémique. Le résultat est catastrophique : les services de santé se retrouvent désemparés face à l’ampleur de la crise et les autorités sont contraintes de prononcer un confinement généralisé totalement anachronique selon certains spécialistes (notamment le Pr Raoult).
Richard Horton débute sa tribune en demandant la démission, à la fin de l’épidémie, de la direction du NHS.

Qu’en sera-t-il de notre côté de la Manche ?

QH

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Vos réactions (5)

  • Tout cela est vrai

    Le 31 mars 2020

    Des IDE d'un CHU travaillent un jour en oncologie et un autre en salle Covid, les médecins intérimaires passent d'une région hypertendue (Mulhouse) puis viennent dans des hôpitaux où il y a peu ou pas de cas déclarés.
    Des cadres ne fournissent que 2 masques chirurgicaux par journée de 8 ou 12 h, sachant que la durée de vie d'un tel masque est de 3h.
    Sans compter les sorties SMUR étiquetées Covid, qui obligent le personnel à se vêtir en protection maximum, alors qu'au final, c'est une crise d'angoisse (2 à 3 tenues utilisées pour rien).
    Les gens dans la rue qui se déplacent avec des masques FFP2 !
    Et tant d'autres dysfonctionnement.

    Dr Daniel Grandchavin

  • S'excuser ?

    Le 05 avril 2020

    Non, le gouvernement ne doit pas s'excuser. Seules les imbéciles s'excusent. Ils doivent demander à être excusés. S' excuser (soi-même) est signe d'un égocentrisme irresponsable, surtout d'une méconnaissance "hénaurme" de la langue.

    Dr Vincent Bernard

  • Le "petit bout de la lorgnette"

    Le 05 avril 2020

    C'est seulement à la fin de l'article que l'on comprend qu'il s'agit du Lancet et de son directeur-éditorialiste et, qu'en théorie, ça concerne l'Angleterre et le R.U... Bien joué mais on sait bien que ça nous concerne un peu aussi, avec une pointe de polémique suggérée.
    Cela nous concerne même un peu-beaucoup mais ça ne devient intéressant que si nous consentons à ne pas nous satisfaire du "petit bout de la lorgnette".

    En effet, pour ce qui concerne les Anglais, la démolition méthodique du système de santé et sa privation de moyens a commencé sous le règne de Thatcher (1979-1990) et dans ses 3 mandats successifs, elle a eu le temps de faire du dégât, d’autant que le rouleau compresseur médico-social Anglais a poursuivi sa course sous le règne, cette fois, de Tony Blair, soi-disant Travailliste mais qui s’est plutôt révélé comme un fils caché de Thatcher…..et ainsi de suite…..

    Chez nous, le Giscardisme, renforcé par les farouches néo-libéraux de la « bande à Léo »(Madelin, Longuet, Léotard etc…) n’a pas traîné à considérer Thatcher comme une prophétesse providentielle et ensemble, ils ont poussé l’Europe et la France vers le système ultra-libéral et la mondialisation déréglementée à marche forcée.

    On aurait pu croire à un durable retour à la raison avec l’arrivée de la « gauche » en 81 mais l’accalmie fut trop courte et 14 ans de Présidence Mitterrand dont 2 cohabitations (Chirac puis Balladur) et la politique de démolition du Service Public et en particulier de la Santé a pu continuer paisiblement, à peine troublée ici ou là par quelques manifs et protestations dont il était aisé de faire croire au « bon peuple » qu’elles n’étaient que « corporatistes ». Les quelques années de gouvernement Jospin (un grand ami de Blair ! et de Schroeder ! 2 « grands »socialistes !!), n’ont surtout pas infléchi la course de la machine à broyer et les deux quinquennats qui ont suivi, encore moins….
    Et nous y voilà ! J’aimerais savoir à quel moment, dans toutes ces années où ils ont assisté, en poste, à la destruction du système de santé, où ils ont participé à la réélection des hommes politiques de tout bord qui en ont été les auteurs directs ou indirects, où certains ont été membres de ces partis et/ou le sont encore, oui j’aimerais savoir combien ont élevé la voix et mis leur démission en balance, où et quand ils ont exprimé ces cris de détresse qu’ils élèvent aujourd’hui, debout sur ce qui subsiste de ce Service, asséché de son personnel, privé de moyens pendant que le pays, désindustrialisé à l’extrême n’a plus de quoi fournir masques, respirateurs, produits pharmaceutiques indispensables dont on s’aperçoit, par une crise sanitaire sans précédent, qu’ils sont finalement des fournitures STRATEGIQUES dont il aurait fallu conserver la maîtrise souveraine.

    C’est moche, innommable, nul et on peut y accoler tous les qualificatifs que l’on voudra mais pour ma part, en toute objectivité, en dépit des aboiements de la meute, je ne parviens pas à accepter de coller toute la charge sur le gouvernement actuel dont le Président a été le premier à comprendre et déclarer qu’on était allé trop loin dans la Mondialisation et qu’il urgeait de récupérer de la souveraineté. C’est la 1ère fois que j’entends ces paroles dans la bouche d’un dirigeant au pouvoir. J’ai donc plutôt envie de lui dire : « chiche M. le Président et au boulot ! »

    Dans les années 80, alors que j’étais vice-président départemental de la FFMKR, j’ai participé, au siège du Syndicat, à Paris, à une journée de formation en « économie de santé », donnée par le Dr Claude Lepen, médecin –économiste de santé. Ce Monsieur que l’on entend beaucoup sur nos ondes et sur nos écrans ces temps-ci, dispensant ses bonnes paroles en guise de remède, nous a expliqué ce jour-là que nous avions un système de santé pléthorique et qu’il conviendrait de réduire sérieusement la voilure. A coup de statistiques il a essayé de nous convaincre de la nécessité de tout réduire (c’était pourtant déjà bien amorcé).

    Quand je l’entends aujourd’hui, il me rappelle irrésistiblement ces médecins de Molière courant chez un malade qui mourut hier pour voir ce qu’il eût convenu de faire pour qu’il ne mourût point.
    Peut-être le malade est-il mort de leurs saignées et de leurs clystères. Espérons qu’on n’attendra pas l’autopsie pour le savoir…

    H.Tilly

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