Un risque infectieux accru pour les enfants nés par césarienne

Le taux des naissances par césarienne, variable selon les pays, mais de l’ordre de 20 %, est en augmentation. Les indications sont les détresses fœtales ou les obstacles prævia mais aussi les césariennes antérieures, les craintes sur le statut fœtal et les souhaits de la mère. La césarienne est associée à une morbidité immédiate maternelle et néonatale significative. Les risques à long terme comprennent en particulier les pathologies respiratoires. Les conséquences éventuelles sur les maladies infectieuses ne sont pas connues.

Des obstétriciens et pédiatres de l’Université de Soroka ont procédé à une étude rétrospective à partir du seul centre tertiaire du sud d’Israël. Les enfants retenus étaient des singletons nés entre 1991 et 2014, mais étaient exclus les cas de malformations, de pathologie intra-utérine ou obstétricale. Par césarienne programmée (ou électives CE) était entendu une intervention non urgente liée à une césarienne antérieure, la présentation ou la demande maternelle.

Pendant la période considérée, il y a eu 138 910 accouchements remplissant les critères, 13 206 par CE (9,5 %), 125 704 par voie basse (91,5 %). Le groupe CE différait par un âge maternel moyen plus élevé (30,5 vs 27,7 ans), la parité plus importante, l’âge gestationnel (38,2 semaines vs 39,3), les scores d’Apgar à 1 mn < 7 (10 % vs 3,5 %), les poids de naissance < 2 500g (7,3 % vs 4 %) [P < ,001 pour tous ces paramètres].

Une association significative même après ajustement

Toutes les hospitalisations en pédiatrie jusqu’à l’âge de 18 ans ont été évaluées. Durant la période de suivi (médiane 10,22 ans), 13 054 enfants ont été hospitalisés pour pathologie infectieuse : 12 % des enfants nés par CE, 9,1 % de ceux nés par voie basse : risque relatif RR 1,36 (intervalle de confiance à 95 % IC 1,28-1,43). Les taux d’incidence pour la 1ère hospitalisation infectieuse étaient à 15,22/1000 personnes-an après CE et 9,06 après naissance par voie basse (Kaplan-Meier log rank P < 0,001). Les infections plus fréquentes après CE étaient les méningites (P = 0,018), les infections urinaires (P = 0,014), infections à staphylocoques et streptocoques (P = 0,002), à VRS et toutes les bronchiolites (P < 0,001) et otites (P < 0,001). En revanche, il n’existait pas de différences concernant les hépatites, les infections à Gram négatif et fungiques, herpès, varicelle et autres infections virales et les pneumonies. L’association entre naissance par césarienne et morbidité infectieuse à long terme demeurait significative après ajustements en fonction des différents facteurs de comorbidité (RR 1,18 IC 1,11-1,25, P < 0,001).

Les enfants nés par césarienne élective ont donc une augmentation du risque d’hospitalisation pour pathologie infectieuse, en comparaison de ceux nés par voie basse.

Pr Jean-Jacques Baudon

Références
Wainstock T et coll. : Term elective cesarean delivery and offspring infectious morbidity. A population-based cohort study. Pediatr Infect Dis J., 2019; 38: 176-180.

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Vos réactions (1)

  • Des usages méconnus du placenta

    Le 11 février 2019

    "Le microbiote placentaire produit certaines substances et vitamines nécessaires au développement du fœtus."

    C’est un fait assez connu quoique peu étudié. Le placenta contiendrait-il des hormones utilisables dans diverses affections et même des antibiotiques également utilisables ? De fait, certaines femmes aux USA même - nouvelle mode - mangent leur placenta. Pourquoi ?

    Les hormones

    En ce qui concerne les hormones, le placenta sécrète, chacun le sait, les hormones nécessaires au maintien de la grossesse et au développement fœtal. Lesquelles ?

    1) Les hormones protéiques

    La plus utilisée est l'H.C.G. ou hormone gonadotrophique chorionique, glycoprotéine sécrétée par les cellules du syncytiotrophoblaste qui prennent progressivement le relais du corps jaune de grossesse. Sa sécrétion précoce assure le maintien du corps jaune et stimule la stéroïdogenèse. À partir de la troisième semaine, le taux dans les urines de 24 h atteint 10 000 U.I. Ultérieurement, le taux urinaire est de 100 000 U.1. /24 h.

    Moins connu est l'H.C.S. ou hormone chorionique somato-mammotrophique. Elle est décelable à partir de la 5éme-7éme semaine et augmente régulièrement jusqu'à la 36ème/37ème semaine. Le rôle de l'hormone lactogène placentaire (HPL) dont la structure est très proche de l'Hormone de croissance (GH) et dont elle compense le déficit dans le sang circulant maternel est mal connu. Le diabète gestationnel n’a pas fait l’objet de nombreuses recherches dans son aspect régressif ? Or il apparaît classiquement entre la 24e et la 28e semaine d'aménorrhée, correspondant à la sécrétion de l'hormone lactogène placentaire (HPL) par le placenta, responsable d'insulino-résistance chez la mère.

    Peu connu : la S.P.1. ou « specific pregnancy β1 glycoprotein », hormone également sécrétée par le syncytiotrophoblaste dans le plasma maternel dès la deuxième semaine. Elle a été utilisée comme test précoce de grossesse sans même savoir quel est son rôle. Elle augmente jusqu'à la fin de la grossesse.

    2) Les hormones stéroïdes

    Progestérone : la sécrétion placentaire prend le relais de celle du corps jaune gravidique à partir de la onzième semaine et augmente progressivement pendant toute la gestation.

    Oestrogènes : la sécrétion placentaire ne devient importante qu’à partir de la douzième semaine de grossesse. Auparavant, la sécrétion œstrogénique du corps jaune est faible et dépend d'une stimulation placentaire. Cela permet d'exercer une surveillance biologique des œstrogènes urinaires en début de grossesse : une excrétion urinaire > 100 μg/24 h signifie que la femme est enceinte (le taux atteint 500 μg/24 h à partir de la douzième semaine). Y aurait-il un usage méconnu ?

    Les substances aux effets antibiotiques

    En ce qui concerne la possibilité de trouver dans le placenta des substances pourvues d'un effet antibiotique, je voudrais signaler mon vécu personnel dans un hôpital dépourvu (certains mois) d'antibiotiques (PENISTAPH dans les années 60) contre le staphylocoque doré en particulier des ostéomyélites répandues à cette époque.

    Ce moyen était l'application, sur les abcès de jambes ouverts avec séquestres osseux, de placenta frais, issu dans l’heure, de la maternité toute proche du service de chirurgie infantile. A ma connaissance, ce sujet n'a jamais été évoqué. J’étais VAT. Mon patron n’a jamais pris le temps de m’expliquer d’où venait sa conception originale. Quelqu’un aurait-il eu connaissance de cette pratique ?

    Dr JD

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