Vaccin, isolement, restrictions adaptées : et si la sixième allocution d’E. Macron était la bonne ?

Paris, le mercredi 25 novembre 2020 – Pour certains, c’est le discours qu’ils n’attendaient plus. Pour la sixième fois depuis le début de l’épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron s’adressait hier aux Français pour exposer la stratégie adoptée pour faire face à la situation sanitaire. Tour à tour le chef de l’État s’était fait lyrique, « disruptif » (quand il a annoncé la réouverture des écoles contre l’avis de son Conseil scientifique) ou évasif. A chaque fois, les critiques ont été nombreuses. Ces dernières se sont notamment concentrées ces dernières semaines pour regretter une impression d’impréparation du gouvernement, de décisions adoptées sans ligne directrice préalable. Hier, le Président de la République semble avoir voulu répondre à cette sensation en présentant une stratégie claire, assortie notamment d’objectifs chiffrés (5 000 contaminations pour la levée du confinement, a priori le 15 décembre par exemple) et d’étapes bien définies. Le chef de l’État a également su éviter une certaine forme d’infantilisation, objet de fortes crispations, notamment lorsqu’il a évoqué les repas des fêtes de fin d’année à propos desquels il s’est contenté d’en appeler au sens des responsabilités des Français (mais en recommandant cependant l’aération toutes les heures). Cet exercice de clarté a séduit un certain nombre de ses opposants. Ainsi, à Marseille, Samia Ghali (deuxième adjointe à la mairie) qui avait été très hostile aux choix du gouvernement concernant la fermeture des restaurants dans la cité phocéenne a salué la méthode mise en avant par le Président de la République.

Isolement des personnes infectées : équilibre entre contrainte et accompagnement pour éviter un nouveau confinement

Par ailleurs, outre les détails concernant les étapes de l’allègement du confinement et le retour très progressif à une situation plus proche de la normale qui étaient connus avant l’allocution présidentielle (qui a en grande partie confirmé les rumeurs qui circulaient), le discours a abordé des sujets majeurs, sur lesquels des réponses étaient attendus depuis longtemps. Ainsi, Emmanuel Macron a avancé : « Je souhaite que le gouvernement et le Parlement prévoient les conditions pour s’assurer de l’isolement des personnes contaminées, y compris de manière plus contraignante. Un vrai débat démocratique doit se tenir. Si nous voulons éviter un confinement, nous devons être plus contraignants à l'égard de celles et ceux qui ont le virus ». La formule peut paraitre manquer de précisions, puisque les conditions de cette contrainte n’ont pas été dévoilées. Cependant, le cadre est posé et il est également remarquable dans une période où beaucoup ont redouté une certaine forme d’autoritarisme écartant le pouvoir législatif (et donc potentiellement dangereuse pour le débat démocratique) que le rôle du Parlement soit rappelé (mais pouvait-il en être autrement compte tenu de la Constitution ?). Par ailleurs, Emmanuel Macron a en outre tenu à souligner « ces personnes seront accompagnées sur le plan matériel, sanitaire et psychologique ». Cet équilibre entre une forme de contrainte et de soutien est la formule prônée par le collectif de patients France Assos Santé auteur d’une tribune dans ce sens hier dans le Parisien (que nous avons évoquée hier) qui n’a donc pu que saluer les propos du Président de la République.

Vaccination : pas de débat sur l’obligation, mais des citoyens impliqués

De la même manière, alors que depuis quelques jours commençaient à frémir des inquiétudes à propos du risque pour la France de connaître un retard par rapport sur le démarrage de la campagne de vaccination, le Président a dessiné les grandes lignes de cette dernière. Elle pourrait commencer dès la fin du mois de décembre a-t-il assuré (probablement pour ne pas donner le sentiment d’un contre temps par rapport aux Allemands) et en tout en cas en janvier. « Les premiers vaccins, sous réserve des résultats des essais cliniques, pourront être administrés dès la validation des autorités sanitaires compétentes », a-t-il précisé. Il a affirmé encore que la vaccination ne sera pas obligatoire (semblant sur ce point fermer toute possibilité à un débat), mais qu’elle concernerait d’abord les sujets les plus fragiles. Là encore, le chef de l’État a paru répondre au souci fréquemment exprimé (y compris par le Conseil scientifique) d’une plus grande implication des Français dans les décisions. Conscient en outre des risques que la défiance vaccinale puisse être une entrave à la campagne, il a annoncé la mise en place d’un « collectif de citoyens » qui devrait permettre d’« associer plus largement la population ». Reste à préciser les modes de fonctionnement d’un tel organe, dont on sait combien les interventions peuvent être complexes à appréhender dans un cadre scientifique et alors également que l’on mesure les très grandes limites de la démocratie participative à la française où les apparences masquent mal une forme d’hypocrisie.

Si le discours d’Emmanuel Macron a donc positivement surpris une partie des observateurs (mais sans faire taire un certain nombre de ses opposants habituels et sans être exempt des failles que nous évoquons ici) et s’il s’est montré très exhaustif sur un grand nombre de détails, un important travail pédagogique demeure cependant pour le Premier ministre qui doit tenir demain une conférence de presse. Il aura notamment pour charge de préciser la façon dont pourrait s’orchestrer le débat parlementaire sur la question de l’isolement (et quels choix pourront être discutés par les élus) et de se montrer également plus explicite sur la campagne de vaccination (alors que désormais les pré-commandes passées par l’Europe doteraient la France théoriquement de 270 millions de doses, soit un nombre très largement supérieur à ce qui serait nécessaire pour immuniser toute la population !). Il devra également répondre aux critiques qui commencent à prendre de l’ampleur concernant le très strict protocole dans les commerces (avec l’obligation de réserver 8 mètres carrés par client) ou le fait que la jauge prévue dans les lieux de culte ne tienne pas compte du volume du lieu d’accueil (30 personnes dans une cathédrale comme dans une minuscule chapelle). De fait, ni le chef de l’État ni le gouvernement ne se sont totalement corrigés d’une prédilection pour les dispositifs proches de l’absurde et s’écartant de la logique scientifique. Enfin, en dépit des gages qu’ils ont voulu donner au respect du débat démocratique, le gouvernement et plus encore le chef de l’État ne peuvent échapper à la persistance d’une critique majeure sur le sentiment de décisions dictées par un seul homme ; ce qu’illustre le recours si systématique au Conseil de défense et ce qui est en ligne avec notre cinquième république aux relents parfois monarchiques.

Un allègement du confinement en trois étapes pour éviter une troisième vague
A partir du 28 novembre :

  • Réouverture des commerces non « essentiels » avec un protocole sanitaire très strict (8 mètres carrés par client)
  • Possibilité de se promener pendant 3 heures par jour et jusqu’à 20 kilomètres autour de chez soi
  • Maintien des attestations
  • Télétravail et restriction des déplacements et réunions non essentiels toujours imposés ou recommandés

A partir du 15 décembre si le chiffre de 5 000 contaminations par jour est atteint :

  • Levée du confinement (et donc possibilité de voyager d’une région à l’autre), mais mise en place d’un couvre-feu à partir de 21 heures (sauf le 24 décembre et le 31 décembre)
  • Réouverture des cinémas, théâtres et musées avec un système « horodatage » pour s’adapter au couvre-feu
  • Appel au sens des responsabilités des Français concernant les rassemblements de fin d’année
  • L’ouverture des stations de ski repoussée début janvier

A partir du 20 janvier, si la situation sanitaire ne s’est pas dégradée :


  • Réouverture des restaurants et bars
  • Reprise de l’ensemble des cours en présentiel dans les lycées (et quinze jours plus tard dans les universités)
  • Le sort des discothèques toujours en suspens.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (5)

  • Tsunami en vue

    Le 25 novembre 2020

    Non la 6eme allocution n’est toujours pas la bonne (!)à moins que le coronavirus ait décidé de migrer sur une autre planète fatigué et dépité de ses hôtes humains !
    Un réveillon du jour de l’an sans couvre feu ...un réveillon du jour de l’an tout court : qui peut croire que les français ivres de vin de champagne vont respecter quelque distanciation sociale ?
    Moi je les voie déjà déambuler la nuit dans Marseille insouciants,insoumis ...
    Et le sport d’hiver parlons en : donc il faudra que chacun fasse son casse croute pour cause de bars et restaurants fermés ...bon la j’arrête car mes fuites urinaires pour fous rire s’aggravent....
    Bon vent à tous, et vive la 3ème vague : tsunami en vue.

    Dr Patricia Erbibou

  • Régression

    Le 25 novembre 2020

    Manifestement l'épidémie régresse rapidement en France. On peut espérer que cela permettra de décider un nouvel assouplissement bien avant le 15 décembre. Cela permettrait une fin d'année quasi normale, sauf sans doute pour les pensionnaires et le personnel des maisons de retraite, les plus frappés.

    JP Moreau, épidémiologiste en retraite

  • Inconciliable

    Le 25 novembre 2020

    Comment concilier un isolement "contraint" avec le fait que faute de personnel des hôpitaux demandent aux soignants C+ peu symptomatiques de venir travailler?

    Dr A. Muller

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