Enovap : premiers pas de la cigarette électronique intelligente ?

Paris, le samedi 16 février 2019 – Aujourd’hui, selon des données (déjà un peu anciennes) du Baromètre santé 2016, la cigarette électronique est l’outil le plus utilisé dans le sevrage tabagique : les fumeurs interrogés ayant fait une tentative d’arrêt au dernier trimestre 2016 étaient ainsi 26,9 % à avoir eu recours à la cigarette électronique, quand 18,3 % avaient choisi les substituts nicotiniques. Cette préférence est probablement en partie la conséquence de la plus grande efficacité de ce dispositif par rapport aux autres méthodes. Une récente étude publiée dans le New England Journal of Medecine par des chercheurs de l’université Queen Mary de Londres (analysée et commentée par le JIM) signale en effet qu’un an après le début du sevrage 18 % de ceux ayant utilisé la cigarette électronique comme arme principale sont encore abstinents, contre 9,9 % de ceux ayant préféré des substituts nicotiniques classiques.

Ajuster la délivrance de nicotine

Les résultats de la cigarette électronique sont si encourageants que désormais un grand nombre de tabacologues voire certaines autorités sanitaires, d’abord plutôt réticentes vis-à-vis de cet "outil", le recommandent désormais presque sans réserve. Ce contexte incite aujourd’hui certains fabricants de cigarette électronique à vouloir renforcer les éléments qui ont contribué au succès de cette méthode. Ainsi, alors qu’une différence majeure avec les patchs est la possibilité pour le fumeur de "jouir "des "pics" de nicotinique, certaines recherches se concentrent aujourd’hui sur un ajustement plus fin de la délivrance de nicotine pour d’une part mieux répondre aux "besoins" de chacun et d’autre part favoriser le sevrage nicotinique.

Machine learning

Tel est notamment l’esprit d’Enovap. Cette startup qui fait partie de l’incubateur de la Technopole de l’Aube en Champagne a commencé par remporter la médaille d’or au Concours Lépine en 2014 avant de voir se multiplier les distinctions. Depuis sa fondation en effet, par l’ingénieur Alexandre Scheck, son projet suscite l'enthousiasme. Il s’agit d’associer la cigarette électronique à un système d’intelligence artificielle, "apprenant" des habitudes du fumeur, pour établir le meilleur programme de réduction nicotinique. Pour mettre au point cet algorithme, les équipes d’Enovap ont travaillé en collaboration avec le laboratoire d’informatique pour la mécanique et les sciences de l’ingénieur (LIMSI, CNRS). L’outil ainsi élaboré « permet de prédire en temps réel la concentration nicotinique la plus adaptée pour l’utilisateur selon la date, l’heure, le jour de la semaine (connus par le dispositif Enovap à tout moment) ainsi qu’éventuellement d’autres données que le dispositif obtient en temps réel » explique le dossier de presse d’Enovap. « La modélisation prédictive de la consommation de nicotine est au cœur du projet » peut-on lire encore, tandis que l’ingénieur Mehdi Ammi, qui encadre les recherches au sein du LIMSI détaille : « Elle s’appuie sur des outils de machine learning et de traitement statistique, mais aussi sur des stratégies de fusion de données et des outils de prise en compte des incertitudes de mesure ». En pratique, après un mois, l’utilisateur qui a totalement renoncé au tabac peut « activer le mode automatique » et ainsi bénéficier du programme de réduction nicotinique élaboré pour lui.

Et après la nicotine ?

Lancée en ce début février, Enovap devrait être l’objet d’une évaluation rigoureuse menée en collaboration avec l’Assistance publique hôpitaux de Paris (AP-HP). Déjà une étude pilote avec des patients volontaires (61) dans quatre établissements a confirmé l’intérêt des fumeurs pour ce dispositif, qui semblaient présenter une réelle augmentation du désir de sevrage. Désormais, une étude observationnelle de 12 mois en partenariat avec le Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) Victor Segalen va être lancée. Elle suppose le recrutement de 60 fumeurs en situation de précarité afin d’évaluer la capacité du dispositif à contribuer au sevrage tabagique. Parallèlement, Enovap est accessible sur le site de la marque et dans 200 boutiques, pour un prix relativement élevé de 129 euros… et pour ceux qui auraient réussi le sevrage nicotinique promis, le système offre sans surprise la possibilité de recourir à des liquides parfumés.

Aurélie Haroche

Référence
Dossier de presse ENOVAP, février 2019

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