Fausse médecin, fausse institutrice, vraie malade ?

Lyon, le samedi 1er octobre 2022 – Usurpatrice en série, le cas de Samantha Avril interroge les psychiatres.

L’affaire a fait grand bruit dans le petit village de Taponas, 927 âmes seulement, à 50 km au nord de Lyon. Samantha Avril, la nouvelle institutrice remplaçante de l’école primaire de la commune, engagée seulement six jours auparavant, était en réalité un imposteur. Elle a été mise à pied le 23 septembre dernier, après qu’une de ses collègues a découvert sa réelle identité dans la presse.

Car la fausse institutrice n’en était pas à son coup d’essai. Le 22 septembre, les journaux locaux relataient en effet que la faussaire avait déjà essayé d’intégrer l’institut de professorat de Macon, en usurpant l’identité d’une étudiante portant le même nom que celui de son mari. Mais c’est un autre cas de fraude qui a fait connaitre cette faussaire en série.

Elle auscultait par-dessus les vêtements


Il y a deux ans, Samantha Avril avait en effet réussi à exercer pendant quatre mois en tant que médecin généraliste à la maison de santé de Montceau-Les-Mines en Saône-et-Loire, bien qu’elle n’ait jamais fait d’étude de médecine. A l’aide d’un faux diplôme de médecine acheté sur Internet pour 200 euros, elle avait réussi à s’inscrire au tableau du conseil de l’Ordre du département en mai 2020 et à obtenir une vraie carte professionnelle, profitant de la désorganisation liée à la crise sanitaire.

A la maison de santé où elle avait été engagée, elle comptait une patientèle de 1 200 personnes et était rémunérée 5 000 euros par mois.

Mais la médecine est un art difficile à improviser. Son comportement erratique intrigue rapidement (?) confrères et patients : elle prend la tension et ausculte par-dessus les vêtements et prend des heures pour interpréter le moindre bilan de santé. Les mauvais diagnostics se multiplient : à une femme qui consulte pour un hématome au genou, elle diagnostique une embolie pulmonaire et une phlébite ; pour de violentes douleurs thoraciques, elle conclut à une crise d’angoisse (il s’avèrera qu’il s’agissait d’un infarctus du myocarde !).

La fausse médecin est-elle une vraie malade ?


Malgré ces signaux d’alarme, il faudra quatre mois pour qu’un de ses confrères ait la présence d’esprit de vérifier si le Dr Avril a bien soutenu une thèse de médecine et de découvrir le pot aux roses. En septembre 2020, la faussaire est donc arrêtée et mis en examen.

L’enquête révélera que la fausse médecin avait également essayé (sans succès) de se faire engager comme infirmière en 2017. Après deux séjours en détention provisoire, elle est libérée en janvier dernier en attente de son procès. Mais sa récente tentative de se faire passer pour une institutrice devrait sans doute lui valoir de retourner en cellule.

L’affaire de la fausse médecin a suscité l’émoi dans la région, beaucoup se demandant comment l’Ordre des médecins avait pu faire preuve d’autant de légèreté. Plusieurs anciens « patients » de la fausse Dr Avril ont d’ailleurs porté plainte contre le conseil de l’Ordre départemental pour négligence.

Mais au-delà de cette polémique, c’est la personnalité même de la délinquante qui intrigue. Son avocat l’affirme : elle n’est pas guidée par l’appât du gain mais par une envie pathologique d’aider les autres. « Incontestablement elle est malade, elle est soignée depuis 2012, diagnostiquée schizophrène, elle entend des voix qui lui disent que dans la vie il faut aider les autres ».

Samantha Avril aurait, dans sa jeunesse, suivi des études d’infirmière, sans succès, avant d’être internée à deux reprises. Mais peut être n’est-ce qu’un moyen d’éviter de faire face à des sanctions pénales qui pourraient s’avérer lourdes. En effet, deux des patients qu’elle a pris en charge lorsqu’elle exerçait illégalement la médecine sont décédés. Si le lien de causalité avec ses erreurs médicales est avéré, Samantha Avril pourrait être poursuivie pour homicide involontaire.

Nicolas Barbet

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