Les nirvanas artificiels

Bangkok, le samedi 3 décembre 2022 – Au cœur de la jungle thaïlandaise, les moines bouddhistes vivent une vie simple tournée vers la méditation. Vêtus de leur kesas oranges, ils prient toute la journée à la recherche du nirvana. Mais cette vie en apparence ascétique n’empêche pas certains de se tourner vers les paradis artificiels.

Ce lundi, la police thaïlandaise a ainsi procédé à une descente de police dans le petit monastère bouddhiste de Bung Sam Phan, dans le centre de la Thaïlande, sans que les autorités n’aient révélé ce qui les avait conduit à s’intéresser à ce monastère. Les quatre moines, dont le responsable du monastère, ont alors été soumis à un test anti-drogue. Surprise, les quatre bonzes ont été testés positifs à la métamphétamine. L’ensemble des religieux ont donc été suspendus de leur fonction, exclus du monastère et adressés à un centre de désintoxication.

Moines bouddhistes et aviateurs nazis, même combat


La métamphétamine est une drogue extrêmement addictive qui provoque une forte stimulation mentale, empêchant celui qui en consomme de dormir pendant plus de 24 heures. Elle fut largement employée par les différentes armées engagées au cours de la Seconde Guerre Mondiale, notamment chez les aviateurs, afin de leur permettre de rester au combat le plus longtemps possible. En Allemagne nazie, elle était ainsi commercialisée sous le nom de Pervitine et appelée par les hommes de troupe « Panzerschokolade », « Fliegoerschokolade » (le chocolat des aviateurs) ou encore « pilules Hermann Göring ». En France, la métamphétamine a été vendu légalement jusqu’à la fin des années 1960 et peut être les plus âgés de nos lecteurs se souviendront du Maxiton, une métamphétamine très appréciée des étudiants avant les examens et des noctambules.

En Thaïlande, la méthamphétamine est consommée sous forme de pilules appelés « yaba » (« pilule qui rend fou » en thaïlandais), qui contient à la foi de la drogue et de la caféine. La drogue est acheminée depuis la Birmanie voisine, le plus grand producteur de méthamphétamine au monde.  Dans les rues de Bangkok, une pilule de yaba ne coute que 50 baths, soit 1,40 euros, d’où sa très grande popularité.

Désert religieux


La métamphétamine fait depuis plusieurs années des ravages dans la jeunesse thaïlandaise. Une consommation prolongée provoque en effet une tachycardie, des hallucinations, des troubles du comportement et des lésions de la cavité buccale. L’addiction à la méthamphétamine est à l’origine de nombreux drames. Le 6 octobre dernier, un policier thaïlandais de 34 ans, suspendu de ses fonctions pour son addiction à la drogue, a tué 37 personnes, dont 23 enfants, sa femme et son fils avant de se donner la mort. C’est à la suite de ce drame que le gouvernement thaïlandais a décidé de renforcer la lutte contre le trafic de stupéfiants, qui a conduit à ce coup de filet dans un monastère.

Sur un ton plus léger, le renvoi de l’intégralité des moines du monastère de Bung Sam Phan inquiète également les habitants de la région. En effet, ils sont désormais dans l’impossibilité de pratiquer le « punya », une pratique du bouddhisme consistant à réaliser des bonnes actions, notamment en donnant de la nourriture aux moines ascètes, afin d’améliorer son karma. Les autorités religieuses locales ont assuré que d’autres moines (qu’on espère moins portés sur les stupéfiants) seront envoyés au monastère afin d’éviter que la région ne devienne un désert religieux. Il n’a pas été précisé si ces nouveaux bonzes devront passer un test urinaire avant d’intégrer leurs nouvelles fonctions.

Quentin Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Met

    Le 03 décembre 2022

    Et oui, mon père, né en 1924 et décédé en 2010, homme responsable et fiable, me racontait prendre du Maxiton dans sa jeunesse, pour aller travailler après une nuit de « bringue »…
    Et vers 1975, je me souviens d’une affichette dans les locaux de l’hôpital mettant en garde contre l’association Maxiton + alcool. Donc cela devait encore se trouver.

    Dr F Viaud

Réagir à cet article