Combien coûte un pénis ?

Nantes, le samedi 6 janvier 2023 – Régulièrement, les juges sont confrontés au problème de ce que les juristes appellent le « pretium doloris », le prix de la douleur, c’est-à-dire à la meilleure manière d’indemniser celui qui a souffert physiquement et intimement. Difficile en effet de quantifier, en monnaie sonnante et trébuchante, la souffrance de celui qui a perdu un proche ou qui est devenu infirme à la suite d’un accident. Le 21 décembre dernier, les juges du tribunal administratif de Nantes ont ainsi été confrontés à un problème épineux : celui d’évaluer le prix de la perte d’un pénis.

La source de ce qui pourrait être une banale affaire d’erreur médicale, si son objet n’était pas si particulier, remonte à 2014. Chez la victime, alors âgé de 30 ans, est diagnostiqué un carcinome sur la peau de la verge. Une opération chirurgicale a lieu au CHU de Nantes pour retirer la tumeur. Malheureusement, l’urologue n’a pas réalisé une ablation assez large, conduisant à la propagation de cellules cancéreuses. « J’ai de la haine envers ce médecin, il a joué à la roulette russe avec moi » s’exprime l’homme interrogé par les journalistes de France Bleu.

Un million d’euros pour un pénis

C’est le début du calvaire pour le patient, qui subit de vives douleurs à la verge. « J’étais complètement fou, il y a même un moment où j’ai voulu me la couper moi-même, c’est ma femme qui m’en a empêché, j’avais le cutter, la bétadine et je me préparais mon truc dans le garage » raconte la victime. Après plusieurs années de souffrance, il se résout à se faire amputer totalement le pénis en 2017, pour éviter la prolifération du cancer. « C’était soit la mort, soit ça » explique l’infortuné énuque.

Depuis, une expertise médicale a confirmé que l’urologue nantais qui l’avait opéré en 2014 avait bien commis une erreur dans sa prise en charge et c’est pourquoi le tribunal administratif de Nantes a logiquement retenu ce 21 décembre des « manquements fautifs de nature à engager la responsabilité du CHU de Nantes ». L’erreur de l’urologue a fait perdre au patient « 70 % de chance d’éviter la récidive du carcinome ayant conduit à une ablation totale de la verge » peut-on lire dans le jugement.

Mais en termes d’indemnisation, c’est bien la taille qui compte et c’est avec une grande colère que le demandeur en justice a découvert que les magistrats nantais ne lui avaient accordé que 61 376 euros là où il en demandait 976 000. « Nous faisons appel et nous gagnerons, je ne leur permettrais pas de m’humilier » a déclaré à la sortie du tribunal la victime, qui tient apparemment en très haute estime sa virilité.

Des énarques énuques  

L’avocat du démembré, Maître Georges Parastatis, a vivement critiqué la faiblesse de l’indemnisation accordé par les juges. « Cet homme a subi une première mort psychologique par la faute médicale et une deuxième aujourd’hui par ce jugement dénigrant pour la dignité humaine » a-t-il déclaré aux journalistes dans une emphase propre aux avocats. Il a ainsi dénoncé « l’absence de liberté intellectuelle » des magistrats dans ce dossier « atypique ». En effet, pour évaluer le prix de la perte d’un pénis, les juges se sont contentés d’appliquer des barèmes préexistants quelque peu technocratiques. Ils ont ainsi accordé 12 000 euros pour les « souffrances endurées », 16 000 euros pour le « déficit fonctionnel permanent » et 31 500 euros pour le « préjudice sexuel ».

« Les magistrats administratifs ont considéré que le pénis d’un homme de 33 ans ne vaut pas plus que 61 000 euros » a commenté Maître Parastatis. « L’Etat peut songer à les remplacer par des robots ou des logiciels qui appliqueront les nomenclatures d’indemnisations préétablies par des énarques ». Des énarques énuques sans doute.

L’homme émasculé a tout de suite déclaré son intention de faire appel et son avocat espère que « la cour d’appel regardera ce dossier de manière plus humaine et non intellectuellement rigide ».

Mieux vaut en effet ne pas être trop rigide dans une affaire de pénis.

Quentin Haroche

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Vos réactions (2)

  • Où sont les eunuques ?

    Le 07 janvier 2023

    Je suis outrée par le ton carabin de cet article. Il n'y a pas besoin d'une grande imagination pour comprendre les conséquences d'une telle amputation sur les fonctions sexuelles et urinaires, à 30 ans. Oui, la compensation des juges est chiche.
    Et l'ironie n'est pas de mise.

    Dr P Eymard

    Dr Pascale Eymard


  • Salle de garde

    Le 09 janvier 2023

    Tout comme le Dr Eymard, le ton de cet article est inapproprié...

    Dr P Gassmann

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