Il peut y avoir des séquelles sur le scanner thoracique deux ans après une Covid sévère

A l’heure actuelle, au moins six cent millions de patients se sont remis tant bien que mal de la Covid-19 dans le monde. Beaucoup ont eu des atteintes des « organes-cibles de l’infection », en premier lieu (et de loin) des poumons et on peut s’interroger sur leur conséquences à long terme.

Rares sont en effet les études prospectives à avoir abordé le sujet, et celles qui l’ont fait ont abouti à des résultats divergents, en soulignant que la prévalence des séquelles de fibrose un an après l’épisode respiratoire aigu oscillait entre 8,3 % et 84 %. Une telle dispersion des résultats s’explique par la faiblesse des effectifs étudiés et la gravité variable de l’état des patients inclus dans ces études. Selon d’autres sources, la capacité de diffusion de l’oxyde de carbone (DLco) restait diminuée (< 80 %) dans 26 % à 33 % des cas, ce qui est en faveur d’anomalies interstitielles persistantes.

La sémiologie radiographique résiduelle inclut, en général à la sortie du milieu hospitalier, les anomalies suivantes : opacités en verre dépoli, réticulations sous-pleurales, formations kystiques, bronchectasies par traction, images en rayons de miel, bandes parenchymateuses ou encore distorsions de l’architecture pulmonaire. Autant de signes qui s’observent au demeurant dans les maladies interstitielles pulmonaires. La fibrose pulmonaire sous-pleurale a une certaine valeur pronostique car elle signe une forme plus grave, volontiers évolutive. Selon une méta-analyse récente, ce signe et les opacités en verre dépoli seraient détectables chez environ un patient sur cinq, une année après la phase aiguë de la Covid-19.

Mais qu’en est-il au-delà ? C’est à cette question que répond une étude de cohorte longitudinale réalisée en Chine dans laquelle ont été inclus 144 patients (âge médian, 60 [extrêmes 27-80] ans; hommes : n = 79)   victimes d’une forme sévère de la maladie, ceci entre le 15 janvier et le 10 mars 2020. A trois reprises, respectivement 6, 12 et 24 mois après les premiers symptômes de la maladie, ont été réalisés un scanner thoracique et des explorations fonctionnelles pulmonaires.

Les anomalies tomodensitométriques décrites plus haut ont été classées en deux catégories, selon l’existence ou non d’une fibrose. Deux groupes ont été constitués selon que ces dernières persistaient ou disparaissaient. La comparaison intergroupe a reposé sur des tests statistiques simples : χ², test exact de Fisher et test-t de Student.

Des anomalies détectables dans près de 40 % des cas avec parfois de la fibrose

Le scanner effectué au bout de deux années de suivi a révélé des anomalies de l’interstitium pulmonaire dans 39 % des cas, avec une fibrose près d’une fois sur quatre (23 %). Chez les 88 autres patients (61 %), le scanner s’est complètement normalisé. Au fil du temps, l’incidence des anomalies a régressé, passant de 54 % au sixième mois à 49 % au 12e mois et à 39 % au 24e mois (p = 0,001). La persistance d’anomalies tomodensitométriques a été associée à l’existence environ deux fois plus fréquente de symptômes respiratoires, soit 34 % versus 15 % en cas de normalisation du scanner (p=0,007). Il en a été de même pour la diminution de la DLco, de fait 43 % vs 20 %, p = 0,004). Si l’on analyse les formes avec fibrose persistante (versus absence de fibrose), les chiffres diffèrent, la fréquence des symptômes respiratoires étant près de trois plus élevée (45 % vs 17 %, p = 0,03), à l’instar de la diminution de la DLco (60 % vs 22 %, p = 0,005).

Dans cette étude longitudinale, n’ont été inclus que des patients atteints d’une forme sévère de la Covid-19, nécessitant une hospitalisation, en l’occurrence au début de la pandémie en Chine. Dans ces formes cliniques, deux ans après le début de la maladie, il persiste des signes d’atteinte interstitielle chez près de quatre patients sur dix, incluant une fibrose près d’une fois sur quatre, avec un retentissement fonctionnel hautement significatif. Un suivi prolongé de ces formes cliniques est donc pleinement justifié, compte tenu de leur pronostic incertain à plus long terme.

Dr Philippe Tellier

Référence
Xiaoyu Han et coll. : Longitudinal Assessment of Chest CT Findings and Pulmonary Function in Patients after COVID-19. Radiology. 2023 ; publication avancée en ligne le 14 février. doi: 10.1148/radiol.222888.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article