Comprendre la différence de mortalité par cancer du sein entre Blanches et Noires

Le cancer du sein (KS) tue davantage les femmes noires que les femmes de toute autre race/ethnie, le surplus atteignant 40 %. Pour expliquer cet écart, on a invoqué de nombreux déterminants ; facteurs socio-économiques (FSE) exposant les femmes noires à ne pas bénéficier du traitement standard complet, médiocre accès aux soins, et enfin facteurs propres au KS des femmes noires qui ont des récepteurs hormonaux plus souvent négatifs que les autres, et notamment des récepteurs œstrogéniques (RE-). Toutefois, c’est chez les patientes RE+ que la disparité de mortalité est la plus intense entre blanches et noires. En effet la mortalité des femmes noires avec un KS RE+ est 4 à 5 fois supérieure à celles des patientes blanches de même statut hormonal.

Malheureusement, dans les essais randomisés, qui procurent un traitement identique indépendamment de la race, les femmes noires, qui représentent 14 % de la population, ne figurent qu’à hauteur de 3 % (cette sous-représentation touche aussi les Hispaniques). Pour mieux comprendre les différences de résultats du traitement, il paraît important d’inclure davantage de femmes noires dans ces essais cliniques.

Des facteurs socio-économiques mais aussi la biologie et la génétique

Une méta-analyse regroupant 8 essais thérapeutiques comparant les effets de la chimiothérapie adjuvante ou néoadjuvante (CNA) sur 9 702 femmes (89 % blanches) atteintes de KS non métastatiques, a conclu que la survie sans récidives des femmes noires était équivalente à celle des femmes blanches en cas de RE- mais beaucoup plus faible en cas de RE+, et encore davantage si la réponse pathologique après CNA avait été incomplète.

Les femmes noires seraient plus souvent triples négatives (RE-, mais aussi récepteurs négatifs à la progestérone et à l’herceptine-2) ; en revanche, la réponse pathologique complète (RPC) après CNA serait plus fréquente chez elles en cas de RE+. L’affaire se complique quand on distingue un sous-groupe de KS RE+ ayant une expression plus marquée des récepteurs hormonaux, et un meilleur pronostic et où les Noires sont nettement moins nombreuses.

La prise en compte de ce sous-groupe (individualisé depuis peu) va peut-être révolutionner la compréhension des disparités de survie du KS selon la race.

Celle-ci est en fait une interaction complexe entre des FSE et une hérédité génique. L’historique de l’ascendance et la connaissance du pays africain des ancêtres aiderait beaucoup à comprendre la biologie et l’histoire naturelle du KS des femmes noires. Par exemple, il serait intéressant de savoir si les inhibiteurs sélectifs de CDK 4/6 (tel le palbociclib) améliorent le pronostic des KS RE+ des femmes noires, surtout celles ayant reçu une CNA mais sans RPC. C’est par la biologie et la génétique, autant que par un meilleur accès aux soins, que l’on améliorera la survie des femmes noires.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Jones VC et coll. : Understanding drivers of the black-white breast cancer mortality gap: a call for more robusr definitions. Cancer 2022;28(14):2695-2697. doi: 10.1002/cncr.34243

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