Un rôle pour les mutations du gène de la filaggrine dans la survenue de certaines allergies alimentaires

Il est reconnu depuis de nombreuses années qu'un défaut des gènes (FLG) codant pour la filaggrine, protéine majeure de la barrière épidermique, joue un rôle majeur dans l'étiologie de l'eczéma atopique et des maladies allergiques associées des voies respiratoires. Toutefois, l’implication d’anomalies de FLG dans les allergies alimentaires (AA) reste discutée. Kalb et coll. se sont penchés sur les mutations de FLG avec perte de fonction de la filaggrine pour voir si elles étaient associées à des réactions allergiques à divers aliments et avaient pour conséquence un effet potentiel sur la persistance des AA précoces.

Parmi 890 enfants atteints d'AA précoces confirmées au cours de l'étude allemande GOFA sur la génétique des AA, des données longitudinales étaient disponibles pour 684 d’entre eux. Tous les enfants ont été cliniquement « caractérisés », y compris leurs réponses allergiques à des aliments spécifiques, et génotypés pour les 4 mutations les plus courantes associées à une perte de fonction de la filaggrine : R501X, 2282del4, R2447X et S3247X. Les associations entre les mutations de FLG et les AA ont été analysées par régression logistique en utilisant la cohorte de l'étude multicentrique allemande comme population témoin.

Un plus grand risque de persistance de l’allergie à l’œuf et au lait de vache


Les mutations de FLG sont apparues associées à des AA à divers aliments, notamment l'œuf de poule, le lait de vache, l'arachide, la noisette, le poisson, le soja, la noix de cajou, la noix et le sésame avec des estimations de risque similaires. Les effets sont restés significatifs après ajustement pour la présence d’un eczéma. Fait intéressant, les mutations de FLG étaient associées à une augmentation du risque d'évolution persistante de l'AA à l'œuf et au lait de vache.

En utilisant les tests de provocation par voie orale (TPO) pour le diagnostic des AA, cette étude démontre que les mutations avec perte de fonction de la filaggrine prédisposent à la persistance des AA à l'œuf et au lait de vache, et doivent être prises en compte dans l'évaluation du développement de la tolérance.

Plusieurs études, citées ci-dessous, ont déjà souligné qu'une perte de fonction des gènes codant pour la filaggrine était associée à des AA cliniquement symptomatiques et potentiellement sévères. Ces faits ont été bien établis pour l'arachide par l'étude LEAP (Learning About Peanut Allergy) à la faveur d'une perte de la fonction barrière de la peau chez les nourrissons atteint d'eczéma atopique et vivant dans un environnement familial avec consommation d'arachide, et avec des allergènes abondamment détectés dans la poussière de maison du domicile.


Pr Guy Dutau

Références
Kalb BK et coll. : Filaggrin loss-of-function mutations are associated with persistance of egg and milk allergy. J Allergy Clin Immunol., 2022; 150(5): 1125-34.
Van Ginkel CD et coll. : Loss-of-function variants of the filaggrin-gene are associated with clinical reactivity to foods. Allergy 2015; 70(4): 461)4: 461-4.
Garnier L, Bienvenu J, Lombard C, Bienvenu F, Viel S : Les prédispositions génétiques dans l'allergie alimentaire. Rev Fr Allergo 2017; 457(3):222-4.

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