Cancer bronchique : dépistage ne rime pas avec sevrage

L'intégration des mesures incitant à l’arrêt du tabagisme dans le cadre des programmes de dépistage du cancer bronchique reste un défi. À l'heure actuelle, dans certains pays comme le Canada mais aussi la France, une aide téléphonique sous la forme de conseils personnalisés est proposée aux personnes qui la réclament dans une démarche personnelle ou qui sont adressés par un professionnel de santé. Qu’en est-il quand les demandeurs y sont incités dans le cadre d’un programme de dépistage du cancer bronchique ?

Une étude de cohorte rétrospective canadienne a examiné trois groupes de patients dans les contextes évoqués. Dans plusieurs provinces du Canada, le dépistage systématique du cancer bronchique a été mis en œuvre, de sorte que la question précédente s’y pose plus souvent qu’ailleurs et mérite une réponse. Les données basales (informations sociodémographiques, antécédents de tabagisme et de troubles mentaux) et les intentions plus ou moins fermes d'arrêt de l’addiction (stade et volonté de changement, recours antérieur à des programmes de sevrage et tentatives de sevrage) ont été pris en compte. Le critère d’efficacité principal était défini par le taux d’abstinence autodéclaré (au moins trente jours) six mois après le contact téléphonique.

Arrêt du tabagisme dans 12 % des cas seulement


Au total, chez tous les participants, ce critère a été atteint dans 30 % des cas, une éventualité plus rare chez les 76 fumeurs qui ont été orientés vers l’accompagnement téléphonique dans le cadre du dépistage du cancer bronchique, soit 12 % (intervalle de confiance à 95 % IC 95% : 5-19). Le taux de succès a été plus important dans les deux autres groupes : c’est chez les 165 participants adressés par les professionnels de santé qu’il a été le plus élevé, soit 42 % (IC 95 % : 35-50). Les 176 fumeurs qui ont sollicité par eux-mêmes l’aide téléphonique au sevrage tabagique ont connu un taux de succès intermédiaire et ont constitué un groupe témoin.

Après ajustement en fonction des covariables et des facteurs de confusion potentiels (âge, sexe, niveau socio-éducatif, intensité du tabagisme), par rapport à ce groupe, le taux de succés s’est avéré deux fois plus élevé en cas d’incitation par un professionnel de santé (odds ratio ajusté ou ORa: 2,12, IC 95%: 1,29–3,51), et trois fois plus faible dans le cadre du programme de dépistage (ORa: 0,34, IC 95%: 0,15–0,76).

L’accompagnement téléphonique isolé semble être d’un intérêt limité quand le fumeur y recourt dans le cadre d’un programme de dépistage du cancer bronchique. Le profil psychologique dans ce cas est bien différent de celui des participants adressés par un professionnel de santé ou de ceux qui sont volontaires. De ce fait, l’aide au sevrage tabagique se doit d’être personnalisée et adaptée, au point de faire partie intégrante de chaque programme de dépistage du cancer bronchique, indépendamment de l’accompagnement téléphonique standard et des motivations du participant, dans la mesure du possible.

Dr Philippe Tellier

Référence
Ankita Ghatak A et coll. : Smoking Cessation by Phone Counselling in a Lung Cancer Screening Program: A Retrospective Comparative Cohort Study. Can Respir J., 2022 ; 21 avril : 5446751. 21. doi: 10.1155/2022/5446751.

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