Un regard libre sur la contrainte en psychiatrie

Interview d'Adeline Hazan, magistrate, Contrôleur général des lieux de privation de liberté


Chapitres


Lieu de soins, l’hôpital psychiatrique est également parfois un « lieu de privation de liberté » où peuvent être mis en œuvre hospitalisation sans consentement, contention, isolement…A ce titre, le CGLPL (Contrôleur général des lieux de privation de liberté), institution fondée en 2008, est habilité à inspecter ces établissements et à interpeller les autorités sanitaires sur d’éventuelles dérives constatées.

Ainsi, il y a quelques semaines, le CGLPL a fait la une de la presse grand public et professionnelle en publiant un rapport signalant d’inquiétantes atteintes aux droits fondamentaux des patients hospitalisés en psychiatrie au CHU de Saint-Etienne.

Alors qu’Adeline Hazan, actuel CGLPL, vient de remettre son bilan d’activité qui relève une violation encore trop fréquente des droits des patients et l’irrespect récurrent des nouvelles lois concernant le recours à l’isolement et à la contention, le JIM a recueilli sa parole, libre, sur l’internement psychiatrique.

Réagir

Vos réactions (3)

  • Loi de 2011 et mesure de Péril Imminent

    Le 06 avril 2018

    Je suis psychiatre. J'ai constaté que la loi de 2011 a effectivement entrainé une augmentation des hospitalisations sous contrainte, notamment les mesures de Péril Imminent.

    Ces mesures peuvent être mises en place par n'importe quel médecin (excepté les psychiatres de l'établissement d'accueil, qui ne sont donc pas à l'origine de cette augmentation), et ce sans l'accord d'un quelconque proche de la personne. Un seul certificat suffit.

    Les urgentistes y ont recours de façon massive car "c'est plus simple, ça va plus vite, c'est plus pratique". Les services SOS médecins, et des généralistes également.

    Aux médecins psychiatres qui travaillent au sein des services d'urgence et de liaison, et qui reçoivent les patients en Peril Imminent dans les hôpitaux psychiatriques de rappeler et de marteler que c'est une mesure d'EXCEPTION !

    Dr Julie Rendu

  • Idéologie

    Le 08 avril 2018

    Les magistrats savent tout et se mêlent de tout, c'est un des cotés déraisonnable de notre époque"!
    Le soin aux malades mentaux et la psychiatrie sont des chose difficiles.
    Cette femme qui ignore tout des malades, de la maladie et des soins explique ce qu'il faut faire et ne pas faire.

    Ça me rappelle l'époque , après 68, lorsque DERIDA, DELEUZE et FOUCAULT entre deux manifs pour soutenir POL POT, nous expliquaient la mélancolie et la schizophrénie, eux qui n'avaient jamais vu un malade (sauf peut être ALTHUSSER).

    Dr Louis-Pierre Jenoudet

  • Se couvrir sur le plan médico-légal

    Le 09 avril 2018

    Les propos de Mme Adeline Hazan me paraissent tout à fait pertinents et bien ancrés dans la réalité des soins sous contrainte.
    En tant que président de la CDSP de mon département, je constate effectivement une augmentation conséquente du nombre de patients en soins sous contrainte qui est tout à fait en rapport avec les lois sécuritaires votées en 2011. Nous ne sommes plus vraiment dans le soin et la thérapeutique, mais dans le contrôle et la surveillance de patients pré-supposés instables, voire dangereux.

    Je pense que les psychiatres sont amenés, du fait de la responsabilité supplémentaire qu'il leur est conférée par cette loi, en bonne partie, à se couvrir sur le plan médico-légal. D'où cette augmentation.
    De plus cette loi surenchérit le travail administratif des médecins ; ce qui gêne leur travail thérapeutique et d'accompagnement des malades, dans une période de pénurie des effectifs.

    Il y a eu des établissements qui ont fait des expériences originales intéressantes, dans le respect du patient : par exemple l'hôpital Charcot, à Plaisir (78), ouvert en 1960, année de la fameuse circulaire sur les secteurs, où le principe de la non-fermeture des pavillons était la règle, entre autres.
    Quant à l'isolement, il devrait effectivement être l'exception. Je l'ai prescrit que deux ou trois fois en 20 ans de carrière hospitalière.
    Pour ce qui est de l'interdiction de visites des familles pendant les premiers jours d'hospitalisation, cela reste pour moi, en dehors de cas exceptionnels de conflits intra-familiaux ou de violences intra-familiales, une hérésie ; car il est fort utile de travailler en partenariat, non seulement avec le patient, mais aussi avec ses proches, sous peine de mettre le patient en conflit de loyauté entre les médecins hospitaliers et sa famille.

    Cette interdiction suggère l'idée d'un rapport de pouvoir entre les professionnels de santé, qui pense mieux faire et plus savoir, et les familles ; ce qui n'est pas judicieux. Si les psychiatres ont des compétences en matières de maladies mentales, les familles et les patients ont des compétences personnelles et familiales ; et c'est l'alliance de ces deux types de compétences qui peuvent espérer une efficacité thérapeutique à terme.

    Dr Thierry Loloum, psychiatre.

Réagir à cet article