L’inclusion des troubles psychosomatiques dans le DSM est
l’objet de controverses, en raison de leur connexité avec d’autres
affections comme les états anxieux ou dépressifs. En toute rigueur,
le terme « somatisation » devrait en effet être réservé aux
troubles organiques liés exclusivement à une étiologie psychogène.
Mais il n’est pas toujours aisé de l’affirmer en pratique car les
pathologies sont volontiers imbriquées, avec des interactions
réciproques entre les influences somatiques et psychiques. C’est le
cas, par exemple, lors de certaines affections cardiovasculaires
comme l’infarctus du myocarde où le rôle du stress est déterminant,
au moins à titre de ce qu’il est convenu d’appeler un « élément de
comorbidité ».
Pour éclaircir ce débat en vue d’une prochaine révision du
célèbre DSM, GA Fava et coll. proposent de remplacer le terme
galvaudé de « somatisation » par le concept de « facteurs
psychologiques affectant des conditions médicales identifiées ou
redoutées ». Malgré la lourdeur de cette périphrase, cela
permettrait d’élargir le champ du « psychosomatique » sur ses deux
versants constitutifs (« l’identifié » pouvant correspondre à
l’organique avéré et le « redouté » au psychopathologique), sans
focalisation excessive sur cette opposition classique entre la
dynamique du « fonctionnel » et celle de « l’organique ».
Enfin, pour redéfinir le phénomène de conversion, les auteurs
proposent de s’appuyer sur des travaux (américains) éprouvés
(Engel, 1970), retenant certains critères rigoureux : ambivalence,
personnalité théâtrale, et aggravation de la symptomatologie par
contrainte psychologique à l’insu du patient. Leur intention est
d’offrir « une solution aux insuffisances de la classification
classique des troubles psychosomatiques, sans méconnaître les
syndromes cliniques qui l’ont inspirée ». En conformité avec
l’évolution de la nosographie où cette médecine psychosomatique
devrait enfin être reconnue comme une sous-spécialité à part
entière.
Dr Alain Cohen
Fava GA et coll. : “Issues for DSM-V : Psychological factors affecting either identified or feared medical conditions, a solution for somatoform disorders.” Am J Psychiatry 2007 ; 164 : 1002-1003.
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"Vous avez dit psychosomatique ?"
Le 25 août 2007
Incroyable !
Le Pr. Charcot, dans sa tombe depuis Août 1893, (114 ans ce mois-ci), se retournerait, s'il lisait cet article. Il nous dirait : "C'est incroyable, qu'au XXIème siècle, avec votre connaissance neurophysiologique, grâce à vos neurosciences cognitives, embrassant la compréhension du mécanisme de fonctionnement de l'ordinateur, vous en soyez encore à la séparation du corps et de l'esprit, inimaginable que vous n'ayez pas encore compris que votre Unité Centrale, gérait dans le même temps des données à la fois physiques, affectives, mentales, et qu'il n'y a rien là de pathologique.
La façon d'être bien est aussi "heureusement", psychosomatique, c'est-à-dire, harmonieusement vécue physiquement et psychiquement, dans le même temps et il n'y a pas de quoi en faire une maladie.
Lorsque l'on soigne quelqu'un, même quand on lui serre la main, que l'on soit "psy" ou "somato", la relation humaine, est toujours automatiquement à la fois physique, affective, mentale.
On ne soigne pas uniquement le corps ou uniquement l'esprit : c'est une vision totalement moyen-âgeuse.
Jean-Pierre Missistrano
"Vous avez dit psychosomatique ?"
Le 27 août 2007
Merci au Dr Missistrano pour sa saine réaction...
Merci aussi pour la référence à notre fine clinique française. Gardons nous sereinement mais solidement de l'américanisation de notre pensée...
Dr Jean-Pierre Fresco
"Vous avez dit psychosomatique ?"
Le 28 août 2007
Tout à fait d'accord avec notre confrère: la dualité corps-esprit, chère à la religion, n'est plus de mise dans la clinique moderne !
Dr Nicole Sergent
"Vous avez dit psychosomatique ?"
Le 28 août 2007
Le problème des troubles fonctionnels n'est pas celui des exceptionnelles maladies psychosomatiques vraies avec lésion.
La dépression prise comme une maladie neurobiochimique à expression multisystémique est la clé étiologique, alors que l'analyse des mécanismes se perd dans une complexité actuellement redoutable. L'association statistique aux signes classiques de la dépression et l'effet d'un traitement bien conduit permet de rapporter à la dépression de très nombreux troubles comme je l'ai décrit dans mon livre : La dépression et son traitement Aspects méconnus. L'Harmattan paris 2005.
Bernard Maroy
"Vous avez dit psychosomatique ?"
Le 28 août 2007
Il est également probable que le Pr Freud rigolerait dans sa barbe. Vous avez dit "conversion"?
Yves Darlas
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