La schizophrénie, produit d’une mauvaise connectique

Avec l’essor de l’imagerie fonctionnelle en neuropsychiatrie, une hypothèse sur la physiopathologie de la schizophrénie se trouve renforcée : cette maladie comporte une altération de la « connectique » intracérébrale (ou même en résulte). Autrement dit, elle implique des dysfonctionnements dans les échanges d’informations entre certaines régions de l’encéphale, au repos comme lors des activités. Ce modèle est étayé par plusieurs travaux convergents.

L’auteur cite par exemple une étude de JM. Ford et coll. démontrant qu’ « un manque de synchronisation dans l’activité des neurones est lié directement à l’apparition d’hallucinations auditives dans la schizophrénie ».

Une autre étude (S. Lui et coll.) évoque des « corrélations entre la connectivité fonctionnelle et la symptomatologie clinique » ainsi qu’une « diminution du volume de la matière grise dans plusieurs parties du cerveau, notamment le gyrus temporal et le cingulum antérieur ». Soulignons un point essentiel de ce travail : il porte sur des patients « antipsychotic-naive », c’est-à-dire n’ayant encore jamais été traités par des neuroleptiques et vus lors d’un épisode psychotique inaugural. Ce contexte est important, car il permet de repousser une controverse classique, analogue au paradoxe de « la poule et l’œuf », c’est-à-dire sur l’antériorité respective des phénomènes observés : sont-ils réellement préalables à la maladie, ou secondaires aux contre-mesures qu’elle suscite, en l’occurrence les traitements neuroleptiques ? Les données disponibles permettent de trancher ce débat : les anomalies anatomiques (appauvrissement de la matière grise) et fonctionnelles (dysfonctionnement de la matière blanche, déficit de connectivité inter et intra-hémisphérique) précèdent effectivement toute imprégnation par des neuroleptiques.

Ces travaux éclairent ainsi le contexte de « dysconnectivité » constituant apparemment un levier étiologique dans la schizophrénie. Cependant, il plane encore une autre aporie semblable à « la poule et l’œuf » : les dysfonctionnements concernant la matière grise (réseaux neuronaux) précèdent-ils ceux relatifs à la matière blanche (troubles de la connectivité), ou vice-versa ?

Dr Alain Cohen

Référence
Tregellas J : Connecting brain structure and function in schizophrenia. Am J Psychiatry 2009 166-2 : 134-136.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article