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L’auto-agressivité, un indicateur de comportement suicidaire

Publié le 28/06/2011 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

En apparence, il semble que des tentatives de suicide (TS) constituent, pour un risque ultérieur de suicide, des antécédents de plus grande gravité que de « simples » gestes d’automutilation. Cependant, The American Journal of Psychiatry rappelle que même ces comportements d’auto-agressivité (sans TS proprement dite) doivent attirer l’attention, car ils peuvent représenter des signes d’appel. Des études ont montré en effet que ces conduites auto-agressives indiquent la permanence d’idées suicidaires, au même titre que des TS avérées. L’auteur envisage au moins trois mécanismes possibles à l’origine de ce phénomène :

–Regroupées sous le terme de « violences délibérées contre soi-même », l’automutilation et la TS seraient en fait deux avatars (ou deux niveaux d’intensité) d’un même contexte pathologique : une conduite autodestructrice.
–Même de nature distincte, ces deux troubles du comportement se rejoindraient finalement dans le partage d’effets identiques où le sujet suscite des préjudices contre lui-même.
–Enfin, les conduites auto-agressives pourraient, d’une façon ou d’une autre, prédisposer à des comportements effectivement suicidaires.

Selon une étude récente [1], cette valeur de « signal d’alarme » de l’auto-agressivité concerne en particulier les adolescents dépressifs où elle se révèle même, paradoxalement, un « meilleur indicateur » de risque suicidaire ultérieur qu’un antécédent de TS dans l’anamnèse ! Malgré cette convergence entre TS et automutilation, certaines nuances cliniques et para-cliniques semblent toutefois exister :

–Bien que l’auto-agressivité comme le suicide puissent comporter en commun « un désir d’influencer autrui » (chantage affectif, appel à l’aide), cette dimension d’interaction socio-familiale paraît plus fréquente chez les adolescents réellement suicidaires que chez ceux se « contentant simplement » de gestes auto-agressifs.
–Et du point de vue neurobiologique, ces deux troubles du comportement auraient des connotations différentes : si l’altération de la neurotransmission est « bien documentée dans les conduites suicidaires », on a montré que l’automutilation est associée plutôt à « des niveaux plus faibles de CSF opioïdes » (Colony Stimulating Factors, facteurs de stimulation proches des cytokines) [2] et « un plus grand nombre de récepteurs µ-opioïdes. »

[1] Étude ADAPT (Adolescent Depression Antidepressants and Psychotherapy Trial)

[2] http://www.chups.jussieu.fr/polys/histo/histoP1/POLY.Chp.2.4.html



Dr Alain Cohen


Brent D : Nonsuicidal self-injury as a predictor of suicidal behavior in depressed adolescents. Am J Psychiatry, 2011 ; 168 : 452-454.


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