Détermination du statut HER 2 : une obligation de résultat pour les pathologistes ?

Le 20 octobre dernier, le laboratoire Roche conviait les pathologistes franciliens à un atelier pratique sur le cancer du sein. Les pathologistes sont en effet impliqués en première ligne dans la pose de l’indication d’un traitement à l’Herceptin chez les femmes porteuses d’un cancer du sein, la surexpression par les cellules tumorales de l’oncorécepteur HER2 étant mise en évidence par immunohistochimie (éventuellement confirmées par FISH dans les cas litigieux).

 

Cette journée visait avant tout à souligner l’importance d’un calibrage correct des techniques immunohistochimiques au sein de chaque laboratoire afin de réduire au maximum le nombre de faux positifs (surexpression sans amplification réelle du gène HER2) et de faux négatifs.

 

Surévaluer l’expression tumorale de HER2 peut inutilement induire la prescription d’Herceptin. Or ce traitement est coûteux (30 000 euros par an) et présente, en outre, une toxicité cardiaque qui contre-indique la chimiothérapie par les anthracyclines. Ce qui constitue une perte de chance importante pour les patientes. De même, une sous-évaluation de l’expression d’HER2 par la tumeur fait passer la patiente à côté d’une thérapie ciblée novatrice.

 

Rappelons que le statut immunohistochimique HER 2 d’une tumeur est gradé selon un score allant de 0 à 3+, et que seuls les scores 3+ (marquage fort et complet de plus de 10 % des cellules tumorales) sont considérés comme positifs et induisent le traitement. Les cas 2+ (positivité faible) doivent être explorés en FISH, en utilisant une sonde HER2 couplée à une sonde centromère 17, afin d’éviter les cas de surreprésentations (faux positifs en FISH).

 

Pour valider sa propre technique immunohistochimique, il est recommandé d’avoir des témoins pour chaque score et d’y avoir recours pour chaque manipulation.

Les glandes normales peuvent être utilisées comme témoins négatifs (0 et 1+) et les maladies de Paget du sein ou les carcinomes intracanalaires de haut grade comme témoins positifs (3+).

Les témoins 2+ peuvent être obtenus auprès des centres de référence. Un bloc multitissulaire témoin vérifié par FISH peut aussi être utilisé.

 

Une fois le bon calibrage obtenu, on peut être sûr que les vrais 3+ correspondent à une forte amplification (15 copies du gène HER2 au minimum par noyau) tandis que les vrais 2+ auront moins de 10 copies. La fixation tissulaire doit être courte (moins de 48 heures) et les blocs conservés à 20- 25 °C. La technique peut aussi être évaluée a posteriori par les statistiques du laboratoire. Les cas positifs représentent 15 à 30 % de tous les carcinomes mammaires infiltrants, et parmi eux, 25 % des carcinomes canalaires de plus de 2 cm, moins de 5 % des carcinomes lobulaires, 30 % des cancers des femmes de moins de 35 ans, et 30 % des cancers inflammatoires. La surexpression de HER2 est l’apanage des cancers de haut grade (25 % des cancers SBR 3 et quasiment 0% des cancers SBR1).

 

Dr Hélène Kafé

Références
« Ateliers pratiques d’anatomie pathologique : évaluation du statut HER 2, théorie et pratique. » Symposium organisé par les laboratoires Pharma-Roche, le 20 octobre à Paris.
Intervenants : J-Y Pierga , Institut Curie, Paris ; E-C Antoine, Clinique Hartmann, Neuilly-sur-Seine ; J Couturier, Institut Curie, Paris ; A Vincent-Salomon, Institut Curie, Paris ; J-M Guinebretiere, Centre René Huguenin, Saint-Cloud ; M-C Mathieu, Institut Gustave Roussi, Villejuif ; O Languille-Mimoune, laboratoire privé, Paris ; L Arnould, Centre JF Leclerc, Dijon ; P de Cremoux, Institut Curie, Paris.

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