Remboursement de la margarine enrichie en phystostérols : du beurre dans les épinards de l'agro-alimentaire ?

Paris, le mardi 13 décembre 2005 - Un sondage réalisé sur notre site au printemps dernier révélait que les produits enrichis en stérols végétaux bénéficient d'une opinion favorable des professionnels de santé. L'enquête révélait en effet que près de 68 % des professionnels de santé conseillent à leurs patients hypercholestérolémiques la consommation de stérols végétaux, notamment sous forme de margarine. Pourtant, à l'heure où le géant de l'agro-alimentaire Unilever et la compagnie d'assurance MAAF ont annoncé la mise en place d'un partenariat destiné à la prise en charge par la mutuelle des produits de la ligne Pro-Activ, le principal syndicat de médecins généralistes, l'Union nationale des omnipraticiens français (UNOF) ne peut retenir sa colère. Dans la lettre hebdomadaire du 6 décembre dernier, les responsables de l'UNOF s'interrogent, usant comme à l'accoutumée d'un style inimitable : « Il y a à peine quinze jours, ces mutuelles hurlaient au loup parce qu'elles allaient participer pour 18 € au dessus de facturation de 91 € pour les soins donnés aux malades. Là, elles s'apprêtent à financer des produits dont la réalité scientifique de l'efficacité est loin d'être prouvée et, si c'était le cas, ne sont pas prescrits par des médecins. S'il suffit maintenant de manger des yaourts « anti-cholestérols » pour continuer à se gaver pendant les repas, vive les mutuelles et vive leur approche de la Santé ! ». La colère de l'UNOF est partagée par l'UFC que choisir, qui dès l'annonce du contrat signé entre MAAF et Unilever dénonçait une « instrumentalisation scandaleuse de la santé à des fins purement marketing ». Pour l'organisme protecteur des consommateurs, il ne fait guère de doute que l'opération est trompeuse, semblant affirmer que la seule prise de produits enrichis en phytostérols permet une diminution du risque cardiovasculaire.

L'analyse d'Ambroise Martin de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) cité par le Monde il y a quelques jours est plus nuancée. Concernant l'efficacité des produits dans la ligne des aliments Pro-Activ, Ambroise Martin confirme qu'il est « scientifiquement prouvé qu'ils font baisser le taux d'hypercholestérolémie en agissant par inhibition de l'absorption de cholestérol ». Cependant, le spécialiste rappelle d'abord que la consommation doit être importante (deux grammes par jours pour une réduction de 10 à 15 % du taux de cholestérol) et qu'il est impératif de suivre un régime alimentaire parallèlement. « Ces produits ne peuvent intervenir qu'en complément de mesures nutritionnelles et parfois d'un traitement médicamenteux », résume le professeur de nutrition Philippe Moulin également cité par le Monde. Concernant le remboursement des yaourts par les mutuelles, le médecin s'amuse : « Les mutuelles majoreront-elles un jour les cotisations de ceux qui achètent du beurre ? ».

L'ironie légère des responsables des agences santé et l'ire des syndicats et associations de consommateurs ne devraient guère émouvoir les compagnies d'assurance et les groupes d'agro-alimentaire. A hauteur de 40 euros par an, les consommateurs hollandais des produits Pro Activ peuvent déjà, sur présentation des codes barres, se faire rembourser leur margarine préférée par leur compagnie d'assurance VGZ. Un coup de pouce pour l'enseigne Unilever qui connaît déjà un chiffre d'affaires de 80 millions d'euros grâce à la gamme Pro-Activ qui représente 80 % des parts de marché des aliments « anti » cholestérol. Demain, MAAF se lancera dans une même aventure, avant que Danone et les AGF ne présentent en janvier 2006 un programme similaire. © Copyright 2005 http://www.jim.fr

L.C.

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