Traitement par sildénafil : les comportements sexuels à risque montent en puissance !

Le 27 mars 1998, la FDA a donné son agrément au sildénafil (Viagra) dans le traitement du dysfonctionnement érectile (DE). La popularité a atteint des sommets en peu de temps et, selon des estimations sérieuses, il aurait été prescrit à plus de 16 millions d'hommes depuis sa mise sur le marché, tout au moins d'après les statistiques officielles qui ne prennent pas en compte le petit commerce parallèle qui s'est organisé sur Internet autour de la petite gélule bleue et de ses successeurs tels le taladafil et le vardenafil. Véritable phénomène de société, le sildénafil a quelque peu dépassé son but, car s'il était initialement destiné à un usage médical dans le cadre d'une pathologie bien définie, ordonnance et bilan préalable à l'appui, force est de reconnaître que certains sujets l'utilisent désormais pour améliorer leurs performances sexuelles, toute impuissance mise à part.

Le sildénafil est volontiers pris par les homosexuels de sexe masculin et une revue de la littérature internationale montre que les comportements sexuels à risque s'en trouvent quelque peu encouragés. Ainsi sur 14 études publiées entre janvier 1999 et juillet 2004, sept sont édifiantes. En effet, plus de 10 % (extrêmes, 10 ... à 32 %) des homosexuels mâles reconnaissent utiliser le sildénafil lors des rapports sexuels. Chez les utilisateurs, la fréquence des rapports anaux non protégés avec un partenaire dont la sérologie HIV est inconnue ou discordante apparaît très élevée : l'odds ratio (OR) correspondant est compris entre 2,0 à 5,7 fois (moyenne, 3,9) par rapport aux non utilisateurs.

Le risque correspondant à l'utilisation du sildénafil et au diagnostic de maladies sexuellement transmissible (MST) chez les homosexuels séropositifs est de 1,92 (p=0,05). Chez les sujets récemment contaminés par le HIV, la prise de sildénafil est 2,5 fois plus élevée (IC 95 % , 1,1-4,1 )...

Le sildénafil semble favoriser les comportements à risque chez les homosexuels qui l'utilisent non pour traiter une impuissance mais pour améliorer leurs performances sexuelles. Il existerait notamment une association indépendante entre la consommation de ce médicament et l'augmentation du risque de transmission des MST, incluant les infections à HIV. Les données publiées sont encore peu nombreuses, mais le phénomène est suffisamment inquiétant pour que des mesures spécifiques soient envisagées à court terme.

Dr Philippe Tellier


Swearingen SG et coll. : "Sildenafil use, sexual risk behavior, and risk for sexually transmitted diseases, including HIV infection." Am J Med 2005; 118: 571-577. © Copyright 2005 http://www.jim.fr

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