Allergie alimentaire : physiopathologie et implications thérapeutiques

L’allergie alimentaire se caractérise par une réaction développée contre des protéines allergéniques présentes dans un aliment. Identifier les voies de sensibilisation aux allergènes alimentaires et comprendre les mécanismes clés de régulation de l'immunité de la muqueuse digestive sont ainsi essentiels pour prévenir et guérir les allergies alimentaires comme cela peut se faire notamment par le biais de l’induction de la tolérance orale ; cette dernière étant définie par une suppression locale et systémique active des réponses cellulaires et humorales spécifiques d’un antigène suite à son administration préliminaire par voie orale.

La question reste cependant posée de savoir ce qui provoque les allergies alimentaires et comment cela se déroule. Une question à laquelle Karine Adel-Patient a tenté de répondre en rappelant que si l’allergie alimentaire résulte d’une exposition gastro-intestinale aux protéines, 78 à 100 % des enfants allergiques à l’arachide développent des symptômes à la première ingestion connue. Ce constat a ainsi suscité l’hypothèse d’une sensibilisation cutanée préalable que semblent conforter les données de cohorte dans lesquelles les enfants allergiques à l’arachide à l’âge de 5 ans ont dans de nombreux cas une dermatite atopique sévère avant l‘âge de 6 mois, ou le fait que, dans le foyer d’enfants allergiques à l’arachide, cette légumineuse est retrouvée dans l’environnement domestique (matelas, poussière, …).

Sur le plan fondamental, on a pu constater chez les allergiques à l’arachide que les cellules T circulantes envoient des signaux d’adressage cutanés vers les cellules inflammatoires et immunitaires. Ces patients présentent aussi souvent des défauts de perméabilité cutanée marqués entre autres par un déficit génétique lié à une mutation du gène de la filaggrine. Les données expérimentales chez l’animal ont montré de leur côté qu’une sensibilisation est possible suite à des expositions par voie cutanée avec déclenchement d’une allergie alimentaire. Dans ces conditions, on comprend mieux les résultats des données de la cohorte BASELINE qui a montré qu’un défaut de barrière cutanée dès les premiers jours de vie est prédictif d’une allergie alimentaire à deux ans, y compris chez les enfants qui ne développeront pas de dermatite atopique (1). « Il existe donc clairement un mécanisme de sensibilisation par voie cutanée, conclut Karine Adel-Patient. Mais il ne faut pas oublier non plus qu’une sensibilisation par voie orale est possible également et est favorisée par un grand nombre de facteurs inflammatoires et de facteurs altérant la barrière intestinale. »

Cellules dendritiques et intégrine αvβ8: quel(s) rôle(s) dans l’induction de tolérance ?

Au sein de la muqueuse, les cellules dendritiques, que l’on considère comme de véritables sentinelles de l’immunité, jouent un rôle crucial dans la survenue d’une tolérance ou d’une immunité et dans la polarisation de la réponse T: Th1, Th2, Th17 et T régulateurs (TReg). Ces cellules dendritiques se répartissent au niveau intestinal en diverses sous-populations exprimant des marqueurs phénotypiques différents: CD103, CD11b, CD172a/SIRPalpha et CX3CR1 dont certains seraient fondamentaux dans la mise en place de la tolérance alimentaire aux antigènes alimentaires. Une atteinte du fonctionnement de ces cellules dendritiques pertubera
l’équilibre délicat entre immunité et tolérance, ce qui laisse sous-entendre, selon Bertrand Evrard (Clermont-Ferrand), que des interventions ciblées sur certaines de ces cellules (on pense ici aux probiotiques, mais pas uniquement) devraient permettre à l’avenir d’améliorer les traitements et protocoles d’induction de tolérance par immunothérapie orale (2).

Si la tolérance orale repose sur la capacité des cellules dendritiques à présenter les antigènes collectés dans la muqueuse intestinale, leur différentiation en périphérie est dépendante du TGF-β, une cytokine régulatrice qui doit être activée pour exercer ses fonctions. Chez la souris, c’est l’intégrine αvβ8 (les intégrines sont des récepteurs transmembranaires hétérodimériques) qui joue ce rôle. De manière plus spécifique, Helena Paidassi et coll. (CIRI, Lyon) a montré que l’expression de la sous-unité β8 de cette intégrine est restreinte à la population des cellules dendritiques exprimant le marqueur CD103, celles qui ont la capacité préférentielle d’induire des réponses TReg dépendantes du TGF-bêta. Cette intégrine αvβ8, qui est présente dans les cellules dendritiques de la muqueuse intestinale, joue donc un rôle essentiel dans le maintien de la tolérance orale via les TReg. De quoi développer des voies thérapeutiques alternatives en la prenant pour cible ? (3).

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Références
1. Adel-Patient K. La peau ou l’intestin comme site de sensibilisation ?
2. Evrard B. Les cellules dendritiques de la muqueuse
3. Paidassi H. Les cellules lymphoïdes innées de la muqueuse digestive.
12ème Congrès Francophone d’Allergologie (Paris): 25-28 avril 2017.

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