Faut-il dépister les cancers du côlon avant 50 ans ?

Le cancer du côlon est la deuxième cause de décès par cancer, souvent parce qu’il est diagnostiqué trop tard. La colonoscopie, indiquée en dépistage à partir de 50 ans, a permis de réduire cette mortalité. Mais pas suffisamment. « Dans notre pratique, nous détectons régulièrement des polypes ou des cancers chez des personnes de moins de 50 ans. Les registres européens montrent également une augmentation récente et régulière des cancers du côlon chez les sujets jeunes. Nous avons donc voulu objectiver cette impression afin d’alerter sur la nécessité d’un dépistage plus précoce », explique David Karsenti (gastroentérologue à la clinique de Bercy à Charenton-le-Pont).

Analyse de plus de 6000 colonoscopies

Dans ce contexte, l’équipe du Dr Karsenti a tenté de déterminer le taux de détection par tranche d’âge des adénomes et des cancers. Cette étude prospective à laquelle ont participé les 30 gastroentérologues de l’unité d’endoscopie de Charenton a inclus tous les patients bénéficiant d’un examen colonoscopique (à l’exception des colonoscopies interventionnelles et des colonoscopies partielles) durant l’année 2016. Au total, 6027 colonoscopies ont été réalisées, dont les ¾ pour des patients de plus de 50 ans. Trente-huit pour cent des patients présentaient des symptômes, et parmis les patients de moins de 50 ans, 450 avaient des antécédents familiaux. « Il s’agissait donc d’une population tout venant, mais pas nécessairement asymptomatique, ce qui est un biais potentiel à notre étude » souligne-t-il. « De plus, la population concernée ici présente un bon niveau socio-économique. Or on sait que parmi les facteurs de risque de ce cancer, on trouve, en plus de la prédisposition génétique, l’obésité, le tabagisme, l’alcool ou encore la consommation excessive de viande rouge… »

Ces colonoscopies ont été réalisées dans de bonne conditions puisque seuls 6,2% avaient une préparation sous-optimale et 99% ont eu une intubation jusqu’au cæcum. Le taux de détection de polypes, le plus souvent de type tubulaire ou villeux a été de 34,1% pour les 2054 colonoscopies positives (pour 3914 lésions). Le taux de détection des adénomes a été de 32,1%, celui des polypes de plus de 1 cm de 7,9% et celui des cancers de 3,6%, loin d’être négligeable donc...

Une augmentation majeure des diagnostics après 45 ans

L’analyse par tranche d’âge (par tranche de 5 ans à partir de 30 ans) montre une augmentation de 400% du taux de détection d’un néoplasme chez les patients âgés de 45 à 49 ans par rapport à la tranche des 40-44 ans. Ce taux était même plus élevé de 9% que celui des patients âgés de 50-55 ans. Par ailleurs, et sans surprise, le taux de détection a augmenté ensuite régulièrement avec l’âge.
Le même constat, à savoir une augmentation substantielle d’incidence à partir de l’âge de 45 ans, a été fait pour les autres lésions. Cette augmentation d’incidence se retrouve autant chez les patients sans risque majeur que chez les patients à risque.

« In fine, quel que soit le risque, quelle que soit la lésion, il existe clairement une ligne de démarcation en incidence à partir de l’âge de 45 ans, constate David Karsenti, et cette ligne de démarcation indique clairement que nous devons nous concentrer aussi sur les patients âgés de 45 à 50 ans. Elle nous a conduits à proposer à présent de manière systématique une colonoscopie de dépistage dans notre service dès l’âge de 45 ans. »

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Karsenti D, et coll. Adeboma detection rate according to age : colonoscopy screening should start at 45 year old. Abstract#OP023. 25th UEGWeek, Barcelone 28 octobre – 1er novembre.

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