Agnès Buzyn : l'interview exclusive

Paris, le lundi 29 octobre 2018 - Bénéficiant d’un a priori très positif et confirmant lors de ses premières rencontres avec les professionnels de santé sa volonté de renouer un dialogue totalement rompu lors de la mandature précédente, le ministre de la Santé, Agnès Buzyn a connu une première année contrastée. Tant en matière d’organisations des soins que de santé publique, certaines actions marquantes (abandon du tiers payant obligatoire, extension des obligations vaccinales...) n’ont cependant pas empêché sur d’autres points l’éclosion d’attentes encore non satisfaites. La stratégie de transformation du système de santé récemment présentée par le Président de la République n’a à cet égard pas pleinement convaincu tous les professionnels.

Pour évoquer les différents aspects de cette première année et pour se pencher sur les perspectives d’avenir, JIM.fr a longuement interrogé Agnès Buzyn. De l’organisation des soins hospitaliers et libéraux à la lutte contre l’alcool en passant par les violences obstétricales, un grand nombre de sujets qui concernent les professionnels de santé et leurs patients ont été abordés. Si le ministre n’a éludé presque aucune question, d’aucuns pourront regretter que certaines réponses ne soient pas totalement à la hauteur des attentes et manquent de précisions. Beaucoup reconnaîtront dans ce discours un sens aiguisé du diagnostic et une volonté d’entendre l’ensemble des doléances, mais déploreront parallèlement sur plusieurs points l’évitement de formules directes et d’engagements concrets.


JIM.fr : En quoi selon-vous, la Stratégie de transformation du système de santé permettra de redonner confiance dans leur métier et dans l’hôpital public aux professionnels de santé hospitaliers, notamment les médecins et les infirmiers ?

Agnès Buzyn :
Notre système de santé ne s’est pas adapté aux évolutions des besoins de santé de la population. Pensé pour prendre en charge les maladies aigües et les accidents, dans un pays où l’espérance de vie ne dépassait pas les 65 ans, il est actuellement confronté à un développement accru des maladies chroniques et à une population qui vit désormais beaucoup plus longtemps.

Alors que ces nouveaux besoins auraient dû impliquer une parfaite coordination et de meilleures complémentarités entre les professionnels, notre système de santé a continué de fonctionner avec d’un côté, des hôpitaux, absorbant toutes les demandes de soins et de l’autre, des professionnels de ville souvent isolés et trop peu organisés pour répondre à des situations de plus en plus complexes. Au-delà de ce problème organisationnel, les modes de financement qui favorisent la course au volume, la complexité administrative de nos organisations ou encore le manque de reconnaissance de l’investissement ont contribué à démotiver certains professionnels.

Les mesures que nous avons annoncées répondent à chacun de ces problèmes. En répondant aux besoins de santé de la population, nous améliorons en même temps les conditions d’exercice des professionnels de santé redonnant aux professionnels le temps et les moyens nécessaires pour le soin et la prévention et en revalorisant leurs parcours professionnels.

JIM.fr : Concernant les assistants médicaux, quels seront les critères de recrutement de ces assistants ? Quelle formation devront-ils avoir suivi ? Combien de temps les négociations avec les syndicats de médecins libéraux pour préciser les conditions financières et pratiques devront-elles durer dans l’idéal ?

Agnès Buzyn : La définition précise des profils et des formations des assistants médicaux sera l’un des objectifs des concertations à venir. Les assistants médicaux exerceront dans le cadre d’un exercice coordonné. Les professionnels de santé intervenant dans les soins primaires, au- delà des médecins libéraux, seront pleinement associés à ces concertations. Si la liste de leurs missions est en cours de définition, je peux néanmoins affirmer qu’ils devront être capables d’accueillir les patients, de recueillir certaines données, de pouvoir vérifier l’état vaccinal et du dépistage, de gérer la mise à jour des dossiers médicaux et de gérer l’aval de la consultation.

Infirmières : une place centrale

JIM.fr : Outre le rappel du déploiement des infirmières de pratique avancée, le rôle des infirmières a été peu évoqué ? Qu’attendez-vous de ces professionnelles dans la nouvelle organisation ?

Agnès Buzyn : La place des infirmiers est au contraire centrale, dans la réforme « Ma Santé 2022 ». Ils vont en effet avoir un rôle essentiel dans la constitution des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et dans la création des maisons de santé.
 
Parce que sortir de l’exercice isolé peut amener une meilleure qualité de vie au travail, l’exercice en groupe, avec différentes professions, va permettre la mutualisation de certaines fonctions.

De plus, la pratique avancée que vous mentionnez est un progrès majeur pour les infirmiers et plus largement, l’ensemble des auxiliaires médicaux. Elle permettra à la fois, d’améliorer l’accès aux soins, la qualité des parcours des patients, de réduire la charge de travail des médecins sur des pathologies ciblées et de permettre aux professionnels paramédicaux de développer leurs compétences vers un plus haut niveau de maîtrise.

Le travail de l’infirmier en pratique avancée (IPA) sera donc pleinement reconnu et c’est pour faire avancer la reconnaissance et les connaissances de la profession d’infirmiers que la recherche dans ce domaine va être renforcée.

La transformation de notre système de santé ne pourra se faire sans un engagement collectif de tous les acteurs, professionnels et patients. C’est pourquoi je compte sur les infirmiers pour s’y investir et être force de propositions.

JIM.fr : Une partie des médecins estime que la prise en charge s’est significativement dégradée dans les services d’urgences. Qu’en pensez-vous ? Quelles seront les mesures adoptées prioritairement pour améliorer la prise en charge des appels au SAMU ?

Agnès Buzyn :
Les difficultés rencontrées sont intimement liées à l’augmentation soutenue de l’activité : je rappelle que les passages dans les services d’urgence ont doublé en l’espace de 10 ans et qu’en moyenne, plus de 20 millions d’appels aux SAMU-centres 15 sont recensés chaque année. Ponctuellement, des problèmes d’effectifs se posent, notamment en période estivale ou hivernale.

C’est pourquoi ces périodes font l’objet d’une préparation soutenue par les acteurs – ministère mais aussi agences régionales de santé et, bien sûr, professionnels – pour assurer la continuité et la qualité de l’accueil.

Nous avons tiré les enseignements du rapport d’inspection de l’IGAS que j’ai immédiatement demandé après le drame de Strasbourg et choisi de rendre public. A l’époque, j’ai également chargé les représentants des urgentistes ainsi que le conseil national de l’urgence hospitalière de me faire des propositions pour la formation des professionnels des SAMU et pour l’amélioration de la qualité de la réponse. Ces propositions m’ont été rendues et sont actuellement à l’étude par les services du ministère. Elles seront par la suite enrichies par des conclusions de la mission conjointe IGAS-IGA en cours pour mieux articuler le secours à la personne, l’aide médicale urgente et réinterroger l’ensemble des numéros d’urgence en France.
 
JIM.fr : Que comptez-vous faire pour désengorger les urgences ?

Agnès Buzyn : Ce que nous voulons c’est d’une part réorganiser notre offre de soins en ville en renforçant l’exercice coordonné, tout en développant des soins de qualité et de proximité pour décharger les urgences des demandes qui ne devraient pas leur incomber normalement.

« Beaucoup vont aux urgences faute d’avoir pu obtenir un rendez-vous chez un généraliste »

J’ai conscience que beaucoup de personnes vont aux urgences parce qu’ils ne parviennent pas à avoir un rendez-vous chez un médecin généraliste. Ces problèmes sont réels et c’est pour cela que les réformes de Ma santé 2022, comme la mise en place des assistants médicaux, la pratique de l’exercice coordonnée ou les IPA vont permettre de libérer du temps médical et ainsi d’accueillir plus de patients.

Mais aussi à rappeler que nous attendons également que les citoyens soient aussi plus raisonnables. C’est-à-dire qu’ils doivent se rendre aux urgences seulement lorsque cela est nécessaire.

JIM.fr : Estimez-vous qu’une loi spécifiquement dédiée à la psychiatrie hospitalière  soit  nécessaire ? Quelle mesure vous semble essentielle dans ce domaine ?

Agnès Buzyn : J’ai déjà eu l’occasion de réaffirmer la priorité gouvernementale donnée à la psychiatrie et à la santé mentale. J’ai présenté en juin dernier, une feuille de route, comportant 37 mesures concrètes pour renforcer la prévention des troubles psychiatriques, la lutte contre les inégalités territoriales d’accès aux soins, la pertinence et la qualité des soins.

Ma santé 2022 a réaffirmé ces priorités. D’ici juillet 2020, des projets territoriaux de santé mentale (PTSM) seront obligatoirement mis en œuvre pour organiser le lien avec les soins de premier recours via le réseau territorial de proximité porté par les CPTS et les hôpitaux de proximité. Parallèlement, nous allons également investir davantage dans la formation. Les stages en santé mentale pendant les études de médecine générale vont être augmentés pour qu’à terme, chaque étudiant en médecine générale ait une expérience dans le champ de la psychiatrie.

Enfin pour lutter plus efficacement contre la stigmatisation, nous avons pris la décision d’assurer une meilleure information du grand public parce que nous pensons qu’il est tout autant prioritaire d’accompagner la psychiatrie que de changer le regard de la société sur les souffrances mentales.
 
JIM.fr : Que répondez-vous à ceux qui redoutent que la suppression des ECN entraîne une rupture d’égalité entre les étudiants ? Comment  schématiquement  s’organisera le nouveau mode de classement des étudiants pour leur accès à l’internat ? Quelle sera la part de l’examen national dans le classement final de l’étudiant ?

Agnès Buzyn : Les critères actuels ne sont plus pertinents pour l’exercice ultérieur des métiers, qu’ils soient médicaux ou soignants.

Si le numerus clausus est un levier puissant de régulation de la démographie médicale, celui- ci n’est plus du tout adapté. La suppression, viendra en complément de celle – déjà annoncée – des ECN pour les étudiants qui entreront en 4ème année en septembre 2019.

Actuellement, quelque 8 400 étudiants se répartissent chaque année dans les différentes spécialités médicales à l’issue des ECN. Là encore, cet examen – essentiellement théorique – apparaît très éloigné des réalités du terrain et des compétences que devront mobiliser les médecins dans leur pratique future. De façon plus globale, le 2ème cycle des études médicales sera réorienté autour d’une pédagogie plus ouverte sur les différents modes d’exercice et sur la préparation du projet professionnel.

JIM.fr : Concernant la mise en place de paniers de soins devant améliorer l’accès aux aides auditives, aux soins optiques et dentaires, quelle solution envisagez-vous pour éviter l’augmentation des cotisations des mutuelles, considérée comme inévitable par ces dernières ?


Agnès Buzyn : Nous avons fait le 100% santé justement pour permettre à chacun et chacune d’entre nous d’avoir accès à des soins de qualité sans reste à charge, parce que ce n’était pas acceptable de voir toutes ces personnes qui, encore aujourd’hui refusent de s’équiper en lunettes, prothèses auditives et dentaires.

RAC : les complémentaires se sont engagées à maîtriser leurs cotisations

C’est justement pour qu’il n’y ait pas d’effets sur les tarifs des complémentaire que la mise en œuvre de la réforme a été échelonnée sur trois ans.

De plus, les complémentaires santé ont été pleinement associées aux négociations pour obtenir le 100% santé. Les complémentaires santé se sont engagées à maitriser les cotisations. J'entends que cet engagement soit respecté. J’y veillerai lors du prochain comité de suivi qui aura lieu au mois de décembre.

JIM.fr : A propos du tiers payant, vous semblez souhaiter que les médecins se convertissent d’eux- mêmes à cette pratique, pourtant rejetée par une grande partie des praticiens libéraux. Quelles incitations pourriez-vous mettre en place pour atteindre cet objectif ? Pouvez-vous confirmer que le tiers payant généralisé ne sera pas imposé aux professionnels de santé avant la fin du quinquennat ?

Agnès Buzyn : Plutôt que d’avoir choisi une méthode contraignante, nous avons préféré mettre en place des outils capables de faciliter et fiabiliser le tiers payant, aussi bien sur la part obligatoire que  complémentaire.  Dès  que  cette  condition  sera  remplie,  les  professionnels  de  santé l’appliqueront, et ce prioritairement pour les patients qui en ont le plus besoin.

C’est dans cet objectif qu’une concertation, réunissant professionnels de santé, représentants des éditeurs de logiciels et de l’assurance maladie complémentaire pour définir les moyens d’un déploiement facilité du tiers payant, a été organisée en 2018.

Sur la base de ces travaux, il a été convenu que les outils développés par l’assurance maladie obligatoire soient diffusés auprès des professionnels de santé et que ceux développés par les éditeurs de logiciels le seront d’ici mi-2019 au plus tard.

JIM.fr : Quel est le premier bilan de l’extension de l’obligation vaccinale ?

Agnès Buzyn : Aujourd’hui, il est encore un peu tôt pour dresser un premier bilan de la réforme et juger de son impact. Nous aurons des premiers éléments sur les couvertures vaccinales pour les enfants nés en 2018 au cours du second semestre 2019.

Cependant, nous observons déjà avec satisfaction, une hausse de la confiance des Français dans la vaccination avec plus de trois personnes sur quatre (78 %) qui se disent favorables à la vaccination en général selon les données du Baromètre santé mené par Santé publique France. C’est 3 points de plus qu’en 2016.

JIM.fr : Comment va se dérouler la prochaine campagne de vaccination ? Pourquoi avoir prolongé l’expérimentation de la vaccination antigrippale par les pharmaciens ? Que peut-on attendre pour la suite ?

Agnès Buzyn : Avec les 7 Ordres des professionnels de santé, nous venons de signer le 18 octobre dernier, une charte pour encourager les professionnels de santé à se faire vacciner. Les acteurs de la santé sont donc pleinement mobilisés pour nous aider à faciliter le parcours vaccinal et pour renforcer la communication des comportements préventifs auprès des patients.

De plus, l’expérimentation de la vaccination antigrippale par les pharmaciens pour faciliter le parcours vaccinal, mise en place pour la campagne 2017-2018 a été marqué par un fort engouement des pharmaciens et une satisfaction des patients. Au total, 2 696 pharmacies (57% des pharmacies des 2 régions) et 5 026 pharmaciens ont participé à cette expérimentation. Le nombre total de vaccinations s’est élevé à 159 139, dont la majorité a été effectuée sur des patients de plus de 65 ans.
 
Nous avons décidé pour la saison 2018-2019, d’étendre cette expérimentation à deux régions supplémentaires, l’Occitanie et Hauts de France. Par ailleurs, comme recommandé par la Haute Autorité de santé dans son avis du 25 juillet dernier, la cible vaccinale  est élargie aux primo-vaccinants et aux femmes enceintes dès cette année. Cela concerne les pharmaciens expérimentateurs des 4 régions mais aussi l’ensemble des infirmiers qui vaccinent contre la grippe saisonnière depuis plusieurs années.

La généralisation de l’expérimentation pour la France entière est prévue dans le cadre du PLFSS 2019 et sera effective dès la campagne de vaccination antigrippale 2019/2020.

Plus largement et afin d’optimiser et diversifier les opportunités vaccinales, la HAS a été saisie afin qu’elle se prononce sur la possibilité pour l’ensemble des professionnels de santé non médecins (infirmiers, pharmaciens, sages-femmes,…) de pratiquer d’autres vaccinations comme celles contre la rougeole ou les rappels DTP. Les conclusions doivent être rendues  en 2019

JIM.fr : De nouveaux dispositifs pour prévenir les pénuries de vaccin sont-ils à l’étude ?


Agnès Buzyn : La France a mis en œuvre des mesures de prévention des ruptures renforçant désormais les obligations et la responsabilité pesant sur les acteurs de la chaîne du médicament, de l’entreprise pharmaceutique aux pharmacies d’officine. Le dispositif juridique élaboré, dès 2016, permet de lutter contre les ruptures d’approvisionnement à l’échelle nationale et de garantir l’accès de tous les patients à leur traitement. Les titulaires d'autorisation de mise  sur le marché et les exploitants de ces médicaments, sont contraints d’élaborer et de mettre en œuvre des plans de gestion des pénuries pour les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur comme les vaccins, et de les soumettre à l’ANSM. Les plans de gestions des pénuries obligatoires sont en cours d’évaluation.

Syndrome d’alcoolisation fœtale : vers une signalétique plus forte !

JIM.fr : Votre politique de lutte contre le tabac est largement saluée. Vis-à-vis de l’alcool, certains regrettent une action plus timorée concernant notamment la publicité, les messages de santé publique, l’encadrement des prix. Quel gage pourriez-vous donner aux spécialistes pour les rassurer en la matière ?

Agnès Buzyn : Sur l'alcool, j'ai deux priorités absolues. D'abord, la lutte contre l'alcoolisation foetale. Un enfant par jour naît avec une malformation. Je veux une signalétique plus forte avec un logo femme enceinte sur toutes les bouteilles contenant de l'alcool.

Ensuite, je suis également très mobilisée contre le « binge drinking » des jeunes. Ceux qui sont hospitalisés pour un coma éthylique devront faire l'objet d'un suivi psychologique obligatoire. Je compte beaucoup sur la mise en place du service sanitaire, avec une meilleure information donnée par les étudiants en santé dans les collèges et les lycées sur les méfaits de l'alcool. L'enjeu, c'est d'abord l'éducation, l'information, la prévention. Les dangers liés à l'alcool restent sous-estimés par la population. Nous sommes aussi en train de retravailler  les seuils repères de consommation d'alcool avec les agences sanitaires, qui sont aujourd'hui trop élevés.
 
JIM.fr : Êtes-vous personnellement favorable à un déremboursement des médicaments homéopathiques ? Plus globalement, estimez-vous nécessaire une plus grande sensibilisation aux dangers potentiels des pratiques non validées par la science ?

Agnès Buzyn :
Notre système de solidarité nationale doit reposer sur une évaluation répétée des stratégies thérapeutiques qui sont promues. Il s’agit d’un enjeu essentiel pour permettre à nos concitoyens de bénéficier continument des meilleures prises en charge, tout en concentrant l’investissement collectif sur les thérapeutiques les plus utiles et les plus efficaces. Ce cadre général doit s’appliquer à l’ensemble des médicaments. À cet égard, l’absence d’évaluation conclusive par la HAS des spécialités homéopathiques prises en charge n’apparait pas justifiée. C’est pourquoi j’ai demandé à la Haute Autorité de santé d’évaluer les médicaments homéopathiques.

Repérer les pratiques non conventionnelles prometteuses et celles potentiellement dangereuses

Le point commun des pratiques non validées par la science, appelées parfois « médecines alternatives » est, qu’elles ne sont pas reconnues, au plan scientifique, par la médecine conventionnelle et de ce fait ne sont pas enseignées au cours de la formation initiale des professionnels de santé. Le ministère, en lien avec un groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles finance un programme pluriannuel d’évaluation de ces pratiques dites non conventionnelles, visant à déterminer si celles-ci reposent sur un concept scientifique et ainsi repérer les pratiques non conventionnelles prometteuses et celles potentiellement dangereuses.

JIM.fr : Quelle mesure préconiseriez-vous pour lutter contre la défiance grandissante d’une partie de la population vis-à-vis de la parole scientifique et médicale ?

Agnès Buzyn : La parole scientifique ne pourra regagner la confiance des citoyens qu’à condition que nous parvenions ensemble, pouvoirs publics, professionnels de santé, chercheurs à garantir aux patients un bon accès aux informations dont ils ont besoin, avec transparence et sincérité. Pour lutter contre cette situation nous allons continuer de promouvoir des sites d’information en santé fiables comme le site vaccination-info-service, agir pour prévenir les conflits d’intérêts et enfin, dénoncer et sanctionner les émetteurs d’informations délibérément fausses.

JIM.fr : Estimez-vous que la crise du Lévothyrox légitime une libéralisation de la communication directe des laboratoires aux patients concernant les médicaments ?

Agnès Buzyn : Si la communication directe des laboratoires aux patients n’a pas vocation à être libéralisée, les méthodes et les outils utilisés par les autorités de santé doivent évoluer comme nous l’a préconisé le rapport de la mission « Information et Médicaments », qui m’a été rendu le 3 septembre dernier.

Pour améliorer l’information des patients sur les médicaments, j’ai donc décidé de centraliser toute l’information sur le médicament au sein du service public d’information en santé, disponible sur sante.fr et d’actualiser la base de données publiques des médicaments pour permettre des recherches par pathologie et classe thérapeutique.

Renforcer le recours à la simulation au cours des études médicales

JIM.fr : Quel regard portez-vous sur les récentes polémiques concernant "la violence obstétricale" ?

Agnès Buzyn :
L’ampleur des témoignages atteste du fait qu’il ne s’agit pas de faits isolés et cela n’est pas tolérable. Face à cette situation contraire à nos valeurs, une des réponses concrètes est elle aussi contenue en germe dans la transformation du système de santé. La formation par simulation, introduite de manière systématique dans les cursus de tous les étudiants en santé, permettra de faire progresser la qualité de la formation des médecins et des soignants, en leur permettant d’aborder toutes les situations selon l’axiome « jamais la 1ère fois sur un patient ».

Je veillerai à ce que cette première réponse ne soit pas la seule. En tout état de cause, je me félicite que cette approche – par définition sans le moindre risque pour le patient – puisse bénéficier en premier lieu à des femmes placées en situation de vulnérabilité du fait de leur état ou de leur pathologie.

Interview réalisée par Aurélie Haroche
 

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Vos réactions (3)

  • Problème de la disparition des laboratoires de biologie médicale

    Le 04 novembre 2018

    Notre ministre ne parle pas de la situation des laboratoires de biologie médicale ni de l'évolution de cette profession. En effet grâce à l'effet conjugué de l'accréditation imposé par l'état et d'un dizaine de baisses de tarifs imposés par la sécu, les laboratoires de biologie se font racheté par des fonds spéculatifs. Il reste environ 800 laboratoires pour 4200 en 2007. Cela ne se voit pas car les disparus ont été transformé en centre de prélèvements. Les prélèvements d'ailleurs se promènent de plus en plus loin (qualité ?) et les résultats rendus de plus en plus tard. Nous voudrions connaitre les projets pour les jeunes ?

    Dr Philippe Loisel (vieux biologiste)

  • Phrase creuse

    Le 04 novembre 2018

    "JIM.fr : Que comptez-vous faire pour désengorger les urgences ?

    Agnès Buzyn : Ce que nous voulons c’est d’une part réorganiser notre offre de soins en ville en renforçant l’exercice coordonné, tout en développant des soins de qualité et de proximité pour décharger les urgences des demandes qui ne devraient pas leur incomber normalement"

    Ca veut dire quoi cette phrase creuse ? Cela fait des années que l'on lit ce genre de phrases qui n'engagent personne et ne veut rien dire.

    Jean-Claude Plessier

  • Une proposition

    Le 06 novembre 2018

    A la prochaine convention on pourrait exiger que les libéraux aient la même protection juridique que les hospitaliers et qu'ils paient les RCP. Autrefois ils ont bien accepté de payer les ASV.

    Dr Jean Doremieux

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