AINS pour arthrose, une part considérable dans le risque de MCV

Les poussées évolutives de la maladie arthrosique sont à l’origine de symptômes plus ou moins sévères. Face à ces derniers, il est tentant de céder à la demande du patient et de prescrire des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pendant un temps limité. Cette attitude thérapeutique n’est qu’un pis-aller, compte tenu des évènements indésirables de cette classe pharmacologique, mais elle n’en est pas moins fréquente dans la pratique courante où le pragmatisme doit tenir compte des exigences de certains patients. Une étude prospective canadienne du type cas-témoins incite plutôt à freiner encore un peu plus sur les prescriptions d’AINS.

Elle a reposé sur une base de données administratives constituée en Colombie Britannique. Au sein d’une cohorte de 720 055 habitants de cette région, ont été sélectionnés 7 743 patients atteints d’une arthrose et 23 229 témoins appariés selon l’âge et le sexe. Le risque de maladie cardiovasculaire (MCV) a été estimé à l’aide du modèle des risques proportionnels de Cox sous la forme de hazard ratios (HRs). Outre ce critère global ont été examinés « individuellement » les risques de  cardiopathie ischémique, d’insuffisance cardiaque congestive ou encore d’accident vasculaire cérébral (AVC). Le rôle causal éventuel des AINS dans les associations envisagées a été exploré au moyen du modèle structurel marginal de Cox, l’exposition régulière à ces médicaments étant prise en compte à partir d’une base de données spécifique, en l’occurrence PharmaNet.

Des réticences de prescription justifiées sauf sur de courtes durées

Comparativement aux témoins, le risque de développer une MCV en cas d’arthrose s’est avéré plus élevé après ajustement selon divers facteurs de confusion potentiels : niveau socio-économique, indice de masse corporelle, hypertension artérielle, diabète, dyslipidémies, BPCO et score de comorbidité de Romano. Ainsi, le HR ajusté correspondant a été estimé à 1,23 (intervalle de confiance à 95 %,([IC95%] 1,17-1,28). Pour ce qui est des critères secondaires, les HRa ont été respectivement les suivants :

(1) insuffisance cardiaque congestive : HR = 1,42 (IC95% = 1,33-1,51) ;
(2) cardiopathie ischémique : HR = 1,17 (IC95% = 1,10-1,26) ;
(3) AVC : HR = 1,14 (IC95%, 1,07-1,22).

Le modèle structurel marginal de Cox a permis de faire la part des AINS dans les risques précédents : elle s’avère considérable, puisqu’elle a été estimée à 41 % pour ce qui est de la MCV. Pour ce qui est des risques d’insuffisance cardiaque, de cardiopathie ischémique et d’AVC, les chiffres correspondants étaient respectivement de 23 %, 56 % et 64 %.

Cette étude attire l’attention sur le risque cardiovasculaire des AINS prescrits plus ou moins judicieusement chez les patients atteints d’une arthrose symptomatique. Elle est la première à tenter de faire la part de ces médicaments dans le risque évoqué en s’aidant d’un modèle d’inférence causale qui, pour être utile, n’en a pas moins ses limites. L’hypothèse vient alimenter les réticences justifiées à recourir à cette classe pharmacologique face aux poussées évolutives, exception faite, peut-être, des traitements de durée brève quand les symptômes sont par trop invalidants, la décision devant être prise au cas par cas en intégrant le risque cardiovasculaire et le bénéfice attendu…

Dr Philippe Tellier

Référence
Atiquzzaman M et coll. : Role of Nonsteroidal Antiinflammatory Drugs in the Association Between Osteoarthritis and Cardiovascular Diseases: A Longitudinal Study.ArthritisRheumatol. 2019 ;71(11):1835-1843. doi: 10.1002/art.41027.

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Vos réactions (5)

  • Danger public

    Le 09 janvier 2020

    On sait aujourd'hui que bien peu de médications présentent un aussi faible intérêt thérapeutique et un risque aussi considéré que les AINS.
    On peut exercer une excellente médecine sans jamais en prescrire.
    Un scandale est que la publicité (télévisée notamment) leur soit autorisée.

    Dr Pierre Rimbaud

  • D'excellents médicaments

    Le 11 janvier 2020

    En désaccord total avec le Dr Pierre Rimbaud. Les AINS sont d'excellents médicaments, diabolisés à outrance ces dernières années sur des bases scientifiques faibles. Ce sont parmi les meilleurs antalgiques post opératoires, et ne pas en prescrire (hors allergie) diminue nettement la qualité de prise en charge. Je ne parle que de cures courtes (4 à 5 jours max) et sous couvert systématique d'IPP.

    Dr Pierre Gasne

  • AINS à quel prix ?

    Le 11 janvier 2020

    Pour tout médicament, il y a un prix à payer, tôt ou tard, et je cite encore le cas du Médiator°.
    Je me rappelle un slogan durant mes études :" la meilleur manière de prescrire la morphine est de ne pas en prescrire" ! Sans commentaire !
    Alors les AINS ? Bons produits, en cure courte, effets secondaires cardio vasculaires(rares), rénaux et gastriques (fréquents), parfois pneumologiques ...En pratique j'en prescrit rarement au delà de 70 ans,connaître différentes familles permet de se faire un avis sur les pires (gastralgies et peu efficaces !)... mais je trouverais idiot de s'en priver.
    Bref, on prescrit ce que l'on connaît et qu'on maîtrise, AINS ou pas.

    Dr F.Chassaing

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