Candidats jugés par sept experts de santé publique : Mélenchon décroche un 20/20

Paris, le mardi 11 avril 2017 – Dans le Monde du 26 février, sept personnalités phares dans le domaine de la santé publique (le professeur Gérard Dubois, pneumologue ; le docteur Irène Frachon, cardiologue ; le professeur Claude Got, très investi dans la sécurité routière ; le professeur Serge Hercberg, père du Programme national nutrition santé ; le professeur Catherine Hill, épidémiologiste ; le professeur Albert Hirsh, pneumologue  et Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière) publiaient dans le Monde une tribune rappelant l’importance de l’engagement des candidats à l’élection présidentielle dans le domaine de la santé. Les auteurs insistaient sur la nécessité de rompre avec ce qu’ils nomment la « financiarisation » de ce secteur. Considérant comme décevant le bilan du quinquennat qui s’achève, ils appelaient notamment les candidats à s’exprimer sur cinq thèmes majeurs : le tabac, l’alcool, le surpoids, la sécurité routière et la promotion des médicaments. Concernant les quatre premiers axes, ces sept spécialistes remarquent en effet que « Si la santé des Français s’améliore, il reste toujours un nombre considérable de morts évitables ». Le tabac, l’alcool et les « aliments transformés » y contribuent pour une large part, ainsi que l’insécurité routière.

Mélenchon premier de la classe, Fillon bon dernier

A partir de ce constat, ces personnalités impliquées dans le domaine de la santé publique ont établi vingt propositions sur ces cinq thèmes, propositions pour un grand nombre inspirées des résultats observés dans la littérature scientifique, même si certaines préconisations n’échappent pas à des présupposés idéologiques. Ces mesures à prendre ont été soumises aux candidats à l’élection présidentielle. En fonction de leurs réponses,  une "note" leur a été attribuée. La méthode de notation est simple: l’adhésion à la proposition permet de gagner un point, le refus ou la nuance trop marquée valent zéro. Les résultats viennent d’être publiés aujourd’hui par les sept experts sur leur site. Jean-Luc Mélenchon est le grand vainqueur de cette consultation, puisqu’il a affirmé être en accord avec toutes les mesures avancées. A l’inverse, François Fillon fait figure de mauvais élève, puisqu’il obtient un très faible deux sur vingt.  Entre les deux, Benoît Hamon décroche la note très honorable de 15, suivis dans un mouchoir de poche de Marine Le Pen (8) et d’Emmanuel Macron (7). A noter que Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade, seuls candidats « ectopiques » selon la dénomination retenue par les sept experts ayant accepté de répondre à cette sollicitation, obtiennent respectivement 13 et 12.

Les candidats refusent de voir inscrit « L’alcool est dangereux pour la santé » sur les bouteilles

Sur le tabac, François Fillon, Benoît Hamon et Marine Le Pen refusent de s’engager sur un paquet de cigarettes à 10 euros dès 2017. A contrario, les cinq premiers candidats dans les sondages à l’exception de François Fillon sont d’accords pour s’opposer « à tout financement par l’industrie du tabac d’une activité publique ou privée ne relevant pas directement de la production et de la distribution ». A propos de l’alcool, si Mélenchon fait (comme d’habitude) un sans faute, Benoît Hamon le succède de peu, en étant favorable à l’indication de la quantité d’alcool sur chaque bouteille, à la taxation de l’alcool au gramme d’alcool pur et à l’absence complète de publicité. A l’inverse, Fillon, Macron et Le Pen refusent toutes les mesures concernant l’alcool (à l’exception de l’indication de la quantité d’alcool qui retient l’attention d’Emmanuel Macron). On observe notamment qu’à l’exception de Mélenchon, ils rejettent l’idée de transformer l’avertissement actuel « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé » par le plus clair « L’alcool est dangereux pour la santé ».

Améliorer la sécurité routière : pas d’excès de vitesse des candidats

Les mesures préconisées concernant la lutte contre la sédentarité et le surpoids font plus souvent consensus : la mise en place du logo nutritionnel 5C et le financement de l’activité physique recueillent l’assentiment de tous les candidats. Mais l’idée d’autoriser la publicité en  fonction de la qualité nutritionnelle des aliments est repoussée (sauf encore une fois par Jean-Luc Mélenchon) et la possibilité d’adapter la taxation à cette même qualité nutritionnelle ne séduit que Benoît Hamon. En matière de sécurité routière, on constate des réticences à restreindre la vitesse chez François Fillon, Marine-Le Pen et Emmanuel Macron et à augmenter le nombre de radars (Benoît Hamon s’y oppose également). Améliorer la qualité du dispositif de retrait des points, considéré par les experts comme déficients, est plébiscité par Benoît Hamon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Enfin, concernant la promotion des médicaments, François Fillon et Emmanuel Macron font cause commune en rejetant à la différence des trois autres les mesures visant à interdire la visite médicale, à mieux réglementer la formation continue et à interdire la promotion des produits (hors médicaments) dont l’efficacité n’a pas été prouvée. Seule l’idée d’intégrer les associations d’usagers dans les instances liées aux médicaments fait l’unanimité (ou presque, puisque François Fillon n’y adhère pas).

Contradictions et méconnaissances chez Marine Le Pen

Les réponses fournies par les candidats et ces comparaisons permettent aux experts quelques commentaires globaux sur chacun. A propos de François Fillon, ils notent que « les questions thématiques sont souvent traitées globalement, avec des propos généraux qui n’expriment pas nettement l’accord ou le désaccord ». Certains pourraient alors être tentés de considérer qu’avec une interprétation plus favorable de ses réponses, la note de François Fillon aurait pu être légèrement meilleure. La position de Benoît Hamon est pour sa part qualifiée « d’intermédiaire ». Sur Marine Le Pen, les spécialistes jugent que sa ligne « ne présente pas de rupture avec les idées développées depuis la création de ce mouvement ». Au-delà de l’appréciation générale des auteurs, la lecture de ses réponses dénote une propension fréquente à la contradiction (voire à la méconnaissance des sujets ?). Ainsi, concernant le tabac, Marine Le Pen s’oppose au passage du prix du paquet à 10 euros dès 2017 tout en admettant que « augmenter le prix de 10 % fait baisser la consommation de 4 % » et en affirmant immédiatement après que la « très grande majorité des consommateurs ne modifie pas ses habitudes, suite à une augmentation de prix ». Des déclarations pour le moins contradictoires ! Même phénomène en ce qui concerne la publicité sur l’alcool. Elle indique qu’elle souhaite un retour à l’esprit de la loi Evin, « c'est-à-dire l’interdiction de la publicité pour les boissons alcooliques sur les supports qui s’imposent à tous », précise-t-elle. Mais dans la phrase d’après elle évoque une « exception (…) faite pour le vin qui fait partie de notre patrimoine gastronomique ». Enfin, à propos de la vitesse, sur les routes, elle n’hésite pas à affirmer qu’il n’existe pas de corrélation entre vitesse maximale et mortalité. « C’est une notion établie depuis une cinquantaine d’années. Quand la France a instauré une limitation de vitesse à 120 km/h au moment du premier choc pétrolier en décembre 1973, la mortalité a été divisée par deux. La comparaison de l’accidentalité de la France et de l’Allemagne n’est pas un argument utilisable, car les deux réseaux routiers ont des longueurs différentes, et la densité de la population dans les deux pays est également différente », taclent les responsables de ce programme. Ces derniers jugent encore que sa proposition « d’évaluer l’efficacité de chaque radar pour le maintenir ou le déplacer est une mesure qui repose sur une notion dépassée ».

L’ambiguïté déstabilisante de Macron

Concernant Emmanuel Macron, l’impression des auteurs est celle d’une fréquente (et dérangeante ?) ambiguïté. Celle-ci est épinglée à plusieurs reprises. A propos de l’abaissement de la vitesse maximale sur les voies sans séparation des sens de circulation (de 90 km/h à 80 km/h), les sept experts notent par exemple que sa réponse est « ambiguë ». « La baisse de limitation des vitesses peut constituer une piste de progrès en la matière. Mais elle n’est pas la seule. Les accidents peuvent aussi survenir à des vitesses moindres, le cœur du problème étant l’éducation au respect des vitesses » assure le leader d’En Marche. Mais les sept spécialistes démontent : « Tous les accidents font intervenir la vitesse. La courbe du risque lié à la vitesse commence à zéro km/h et les constats de terrain, qui ne sont pas des théories construites par des raisonnements, prouvent que la mortalité croît beaucoup plus en proportion que la vitesse. Compter sur "l’éducation au respect des vitesses » est un espoir dépourvu de réalisme" jugent-ils.  D’une manière générale, les spécialistes estiment que « L’inquiétude reste vive quand une formulation se rapproche de nos propositions, sans aller jusqu’à affirmer un accord dépourvu d’ambiguïté ». Enfin, concernant Jean-Luc Mélenchon, les auteurs admettent que son adhésion totale à leur programme a constitué une surprise (sans noter que cette adhésion n'est pas nécessairement une garantie d'action).

Exercice délicat

Intéressante, cette démarche ne suscite pas moins quelques réserves. D’abord, parce qu’on ne peut pas totalement exclure un certain parti pris. Les auteurs admettent qu’ils n’avaient pas « d’idée préconçue sur ce que pourraient être les réponses d’Emmanuel Macron » ce qui suggère en filigrane qu’ils en nourrissaient pour d’autres candidats. Par ailleurs, l’interprétation des réponses des candidats, par ceux-là même qui ont construit les  propositions peut induire des biais. Enfin, ce classement des candidats par des experts indépendants, qui en préambule de leur projet rappellent qu’ils ne sont pas des « décideurs politiques » et qu’ils doivent jouer le « rôle d’intermédiaire » fera peut-être sourciller certains. Mais cet exercice a au moins le mérite de mettre à jour les engagements de chacun et les différences majeures entre les candidats sur des préconisations concrètes.



L’analyse du groupe sur les cinq principaux candidats 

Aurélie Haroche

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Vos réactions (6)

  • Pour donner une thèse à un âne, il suffit de trouver 4 ânes avec une thèse

    Le 11 avril 2017

    Cette aphorisme n'est pas gentil pour les ânes mais le panel qui décerne ces notes remporte la palme de l'expertise médiatique franco-française auto-proclamée qui ne dispose d'aucune crédibilité, ni scientifique ni médicale.
    B. Bihain

  • Les "Experts " !

    Le 16 avril 2017

    Je me méfie du terme "Expert" depuis que, lors de la grande crise du pétrole de 1975, tous les grands experts internationaux soutenaient qu'il n'y avait plus que pour quinze ans de réserve de pétrole sur la planète !
    Apparemment le panel des sept "experts" ne connait que peu de chose des problèmes de la médecine libérale exercée en cabinet !

    Dr Ph.Lévy

  • Pas plus experts que quiconque

    Le 17 avril 2017

    Les experts! Rien que la lecture des noms de certains de ces "fameux experts" fait autant sourire que pleurer car cela montre à quel point la "com", la partialité ont envahi les médias. Comme l'a dit, un intervenant du forum, il n'y a pas beaucoup d'experts qui savent ce qu'est le (pseudo) libéralisme dans et de cette profession.

    Dr Christian Trape

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