Céphalées chez l’adolescent : rarement besoin d’une imagerie !

La facilité relative d’accès à l’imagerie cérébrale, scanner et IRM, dans les services d’urgence des grands centres a conduit à une prescription croissante de ces explorations. Les céphalées se placent ainsi au deuxième rang des indications de réalisation d’un scanner crânien. Or, en ce qui concerne les enfants et adolescents se plaignant de céphalées la grande majorité a un examen neurologique normal. De plus des études rétrospectives ont montré que moins de 5 % de ces jeunes patients ont des anomalies à l’imagerie cérébrale.

Une étude prospective, cette fois, sur des patients de 6 à 18 ans souffrant de céphalées a été menée dans des services d’urgence de Rochester et Minneapolis en 2015-2016. Le recueil standardisé des données a été réalisé en temps réel. Les facteurs d’exclusion étaient l’existence d’un trauma crânien dans les 7 jours précédents, la drépanocytose, un accident vasculaire, une anomalie de la coagulation, une fièvre.

Examen neurologique anormal et céphalées récentes, de bonnes indications

Au total, 294 patients ont été enrôlés dans l’étude, 53 (18 %) ont eu un scanner ou une IRM dont 2 (0,7  %) avaient des images intracrâniennes anormales correspondant à une tumeur cérébrale. Sur les 241 restants, 126 (52 %) ont consenti à répondre à une enquête téléphonique 12 à 14 semaines plus tard : 17 (13 %) ont eu ultérieurement une imagerie cérébrale qui n’a montré aucune anomalie significative. Les observations des 115/241 sujets qui n’ont pu avoir de suivi téléphonique ont été revues : aucun n’avait d’anomalie clinique importante et aucun des 12 d’entre eux qui ont eu une imagerie n’avait d’anomalie. En analyse de régression à variables multiples, plusieurs facteurs étaient associés à une augmentation de la probabilité d’avoir une imagerie cérébrale : un examen neurologique anormal (Odds Ratio OR 11,55 ; intervalle de confiance à 95 % IC 3,24-41,22) en particulier troubles de la parole (OR 22,77 ; IC 2,6-199,4, P < 0,001), de la force musculaire, de la coordination, de la marche (P < 0,001 pour chacun), des réflexes (P < 0,003) et d’autre part le fait de ne pas avoir d’antécédent de céphalées identiques (OR 2,13 IC 1,08-4,18) et être Blanc (OR 3,04 IC 1,51-6,12) et d’avoir une assurance privée (OR 2,16 IC 1,06-4,41, P = 0,03).

Cette étude montre que l’imagerie cérébrale pratiquée pour des céphalées ne donne que très rarement des résultats positifs chez l’enfant et l’adolescent, ce qui souligne la nécessité de mieux poser les indications. Ici, l’imagerie s’est montrée contributive en cas d’examen neurologique anormal ou de céphalées récentes, ce qui rejoint les recommandations de l’Académie Américaine de Neurologie.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Cain MR et coll. : Emergency department use of neuroimaging in children and adolescents presenting with headache. J Pediatr., 2018; 201: 196-201.

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Vos réactions (4)

  • Une inflation d’examens

    Le 19 octobre 2018

    Tout à fait d’accord avec cette analyse, les guides lines neuropédiatriques précisent bien qu’en cas d’examen normal dans les céphalées migraineuses ou non chez un enfant ou adolescent le bilan d’imagerie n’est pas indiqué, sauf en cas de céphalées de novo (new daily persistent headaches).

    Hélas chaque semaine on peut voit des enfants en consultation pour céphalées arriver avec le scanner et l’IRM (oui les deux) bien normaux, au niveau national cette inflation d’examens est sans doute une goutte d’eau pour la Sécu et pourtant il n’y a pas de petites économies.
    Ces examens inutiles (que la famille peut demander en dehors de tout avis médical)peuvent être sources d’inquiétudes
    quand sont découvertes des anomalies fortuites comme un banal kyste arachnoïdien non compressif ou un kyste pinéal.

    Enfin il faut modérer ce propos car lorsque les céphalées non migraineuses chroniques quotidiennes type céphalées de tension persistent à moyen ou plus long terme l’IRM se justifie d’autant qu’en général il existe une pression de l’entourage familial contre lequel il devient difficile de résister, et malgré un examen clinique et ophtalmologique normal une lésion causale (?) peut être observée telle qu’un crâniopharyngiome de petite taille ayant échappé aux investigations, c’est exceptionnel mais possible.

    Dr Hervé Isnard, neuropédiatre Lyon

  • Une seule question oubliée

    Le 22 octobre 2018

    J'ai eu aussi un scanner pour céphalées qui à force de ne pouvoir été calmées étaient responsable de douleurs importante du rachis, perf d'antalgique, d'anti-inflammatoire, un arrêt de travail avec comme recommandation "Reposez-vous, n'allez pas jusqu'au bout de vos forces !". J'avais tellement mal que je croyais avoir une seconde méningite. A la sortie du scanner, le diagnostic tombe "Allez changer vos lunettes !". Je regarde le radiologue médusée mais les médecins du SAU renchérissent à défaut d'autre argument "S'il le dit, c'est que ce doit être ça. Reposez vous et profitez-en pour changer vos lunettes".
    Nouvelles lunettes mais toujours ces céphalées qui ont reprise depuis la perf salvatrice avec 72 heures de répit. Je vais voir mon médecin traitant : "Les nouvelles lunettes ne changent rien" et je lui raconte ma mésaventure aux urgences. Il me répond "Vous avez des personnes atteintes de migraines dans votre famille" ? "Oui, ma mère, mes soeurs, un frère..."... "Et bien voilà, c'est toujours la même question qu'on ne pose pas !"
    Et depuis que j'essaie de trouver le traitement de fond qui me calmerait sans effets indésirables notables, je prend conscience que toutes ces journées où je me retrouvais comme avec une gueule de bois, à ne pouvoir rien supporter et à avoir des difficultés à réaliser un travail intellectuel... et bien c'étaient des céphalées. Et je ne m'en suis jamais plainte auprès de mon médecin traitant... il n'y avait pas de quoi se taper la tête contre les murs de douleurs, mais cela m'a gâché quelques dizaines d'années de vie et de relation à l'autre…


    Charlaine Durand

  • Céphalées

    Le 22 octobre 2018

    Le Témoignage de Charlaine confirme que prés de 80 % des migraineux ignorent leur maladie, n’en parlent jamais à leur médecins traitants et considérent que c’est le cas de tout le monde.
    Quand lors de la consultation pour céphalées on demande aux parents d’enfants céphalagiques s’ils sont eux- mêmes migraineux, ils répondent par la négative, quand on leur demande s’ils ont des maux de tête ils répondent ‘’oui comme tout le monde.’’

    Enfin l’histoire des lunettes c’est la grande légende française, et les radiologues de Charlaine n’y ont pas échappé, en fait, le seul trouble de réfraction à la rigueur qui pourrait être impliqué dans des céphalées est une hypermétropie importante non corrigée au cours de la lecture rapprochée, et encore c’est exceptionnel, voir à ce sujet ‘’Romano PE Pediatric ophtalmic mythology Postgrad Med 1975 ; 58 ; 146- 50 : headaches in children are virtually never the result of eye problems.

    Dr Hervé Isnard, neuropédiatre Lyon

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