CHU de Grenoble : le plan parviendra-t-il à briser l’omerta ?

Grenoble, le mercredi 9 mai 2018 - En septembre dernier, plusieurs centaines de médecins de l’Isère adressaient une lettre ouverte au ministre de la Santé à propos de la dégradation de l’hôpital public. Ils évoquaient, en particulier, un « management destructeur et contre-productif qui met à mal tous les personnels y compris les médecins hospitaliers ». Cette missive, était le premier acte de la crise retentissante et paradigmatique qu’allait connaître le CHU de Grenoble.
 
Quelques semaines plus tard, un jeune et brillant neurochirurgien se suicidait dans cet hôpital et cette autolyse entrainait la rédaction, en urgence, d’un rapport du médiateur national Édouard Couty. Ce dernier a mis en avant dans ce document les effets délétères des méthodes de gestion au sein de ce centre, esquissant le portrait d’une direction déconnectée des préoccupations des soignants, manquant d’humanité et favorisant la maltraitance.

Enfin, en avril dernier, un documentaire reposant sur des interviews de médecins et d’infirmiers du CHU mettait encore en avant ces problématiques.

Ces alertes ont étonné (plus que choqué) la direction. Ainsi, interrogée par la presse locale, Jacqueline Hubert s’est inscrit en faux : « il n’y a pas d’omerta. Il n’y en a jamais eu » a-t-elle fait valoir, se défendant, une nouvelle fois, d’être une « harceleuse ». Ella a également regretté la « sévérité » du rapport, source de souffrance supplémentaire selon elle. 

Malgré ces protestations que certains pourraient qualifier de déni, sommée de réagir, la direction du CHU de Grenoble a finalement présenté, vendredi dernier, un plan d'action pour l’amélioration de la qualité de vie au travail. 

400 mesures pour une crise

L'élaboration de ce plan (fort de 400 propositions !) aura nécessité des « mois de rencontres, de dialogue et de concertation avec les hospitaliers » a expliqué le CHU dans son invitation adressée aux médias.

Un dialogue parfois « rude et rugueux » selon les dires du Pr Jean-Pierre Zarski, président de la commission médicale d'établissement (CME).

Durant son intervention, Jacqueline Hubert a pointé trois générateurs de stress qui « pourrissent » le quotidien : les ruptures d’approvisionnement, les non-remplacements d'agents et la gestion de l’aval des urgences.

La directrice générale a ainsi annoncé un plan de « fluidification de l’approvisionnement » et le renforcement du pool de paramédicaux (infirmières et aides-soignantes).

Concernant les urgences, le plan prévoit de mettre en place cet été un système d'informatisation du pilotage des lits, une sorte de « bed management », qui selon les observateurs serait l’un des moyens les plus efficaces pour résoudre les problèmes spécifiques de ces services. Pour soulager les équipes, la direction compte également s'appuyer sur la nouvelle maison médicale de garde, située dans l'enceinte de l'hôpital, où des médecins généralistes soignent des patients chaque week-end (le samedi de 12 heures à minuit et le dimanche et jours fériés de 8 heures à minuit) depuis le début de l'année.

Le programme fait par ailleurs de la formation managériale un autre point fondamental. Ainsi, deviendra-t-elle obligatoire pour les médecins appelés à prendre la tête d'un service.

Pour évaluer les résultats de ces différentes mesures, les conseils de services vont être « rétablis » et la direction s’engage à aller rencontrer « une fois par an » chaque pôle du CHU pour « un contact direct ».

En outre, chaque service sera doté d’un baromètre dédié à la qualité de vie au travail qui établira un état des lieux annuel, à partir de juin 2018. Il sera complété d’un dispositif d’alerte sur les risques psychosociaux.

Au-delà de l’évaluation de ces troubles, des médiateurs seront chargés de s’occuper « des situations de souffrance ».

Ces annonces n’auront pas manqué de laisser interdits de nombreux représentants syndicaux présents, tant ils estiment que la crise actuelle ne se résorbera que par un plan national et non par l’administration d’un traitement ponctuel dont, d’autre part, ils doutent déjà de l’efficacité.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (3)

  • Pouvoir administratif à l'hôpital .

    Le 13 mai 2018

    Depuis la loi Bachelot l'administration à tous les pouvoirs à l'hôpital. Tous les contre pouvoirs ont été supprimés ou réduits à peau de chagrin, en particulier le contre pouvoir médical de la CME. La direction a les pouvoirs de promotion et de salaire: "soutenez moi, soutenez ma politique, et vous aurez une promotion, un avantage salarial... sans que l'avis de la CME ne soit sollicité et à fortiori pris en compte.

    C'est la direction qui, dans les faits, décide seule, de la nomination des responsables de service, des chefs de pôle, des choix de la politique médicale de l'hôpital ..."

    Sans une réforme complète des pouvoirs à l'hôpital, sans le contrôle du pouvoir des soignants sur la direction administrative, aucune amélioration n'est à attendre. Le seul contre pouvoir actuellement efficace est le pouvoir judiciaire qui intervient suite à des dysfonctionnements majeurs, notamment ceux ayant conduit à des plaintes de patients ... ou de praticiens de l'hôpital.

    Professeur Marcel Voyer
    Ancien chef de service et ancien président de la CME de l'Institut de Puériculture et de Perinatalogie de Paris

  • Montre moi ton CV...

    Le 13 mai 2018

    ... je te dirai qui tu es.

    https://www.reseau-chu.org/fileadmin/reseau-chu/docs/dg/cv_jacqueline_hubert.pdf

    Ecole de Rennes (Mini ENA "manageriale"), Science pipo, enseignement "universitaire" dans des "écoles de commerce"...

    Où est t-il question de vraies connaissances du réel là dedans?

    Dr YD

  • Une réponse paradoxale

    Le 15 mai 2018

    Proposer comme solution à la crise du CHU de Grenoble une formation au management obligatoire pour les médecins devenant chef de service est pour le moins paradoxal, puisqu'un des éléments de la maltraitance du personnel soignant (rappelé dans l'article qui mentionne la lettre adressée en septembre 2018 à Mme Buzyn par maintenant plus de 1300 médecins hospitaliers) est justement le mode de management délétère et contre-productif qui sévit depuis plusieurs années dans les hôpitaux.

    C'est du "rien plus 10%", alors qu'il faudrait rétablir des contre pouvoirs efficaces, collégiaux (en commençant par redonner des pouvoirs décisionnels aux instances comme la CME) et arrêter de diminuer les moyens humains hospitaliers.

    Dr Claire Gekiere, psychiatre hospitalier en Savoie

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