Dépister les troubles médicaux qui compromettent les capacités d’apprentissage

En France, un enfant passe près de 8 ans de sa vie à l’école primaire. La tranche d’âge 4 - 12ans est critique pour la santé générale d’un enfant et pour son développement social et éducatif.  

De nombreuses études font état de « barrières médicales à l’apprentissage » (BMA) faisant référence à des situations pathologiques qui, lorsqu’elles ne sont pas prises en charges, interférent avec les capacités des enfants à apprendre et réussir à l’école. Ces BMA comprennent en particulier les difficultés visuelles et auditives, un asthme non contrôlé, des problèmes mentaux et comportementaux, la faim, les douleurs dentaires. 

Ces troubles entrainent chez les enfants des difficultés pour lire au tableau, pour s’exprimer oralement, sont à l’origine de difficultés émotionnelles avec une faible estime de soi, de retards de développement ou encore à de difficultés de concentration; des jours de classes sont manqués pour des rendez-vous chez les médecins et le dentiste ; le sommeil est léger avec fatigue à l’école…

Pour autant et malgré les recommandations de l’American Academy of Pediatrics, 19 % des enfants âgés de 6-11 ans aux Etats-Unis n’ont pas bénéficié de leur consultation annuelle chez leur médecin traitant en 2017. Des chercheurs se sont penchés sur les sites internet des Départements de Santé et d’Education de 51 états des Etats-Unis afin de déterminer lesquels demandent une évaluation médicale obligatoire des enfants lors des inscriptions à l’école primaire, et quelles sont les BMA incluses dans cette évaluation.

On oublie la faim…

Or, ils ont constaté qu’aucun État n’exige une évaluation médicale obligatoire concernant les 7 MBA citées ci-dessus avant l’entrée à l’école. Moins de la moitié des Etats (49 %) demandent des examens médicaux complets de leurs élèves, mais seuls 12 Etats utilisent un formulaire spécifique. Aucun des formulaires ne mentionne la faim.

Sur les 51 % des États ne réclamant pas d’examen médical complet scolaire, les examens médicaux les plus couramment demandés étaient : visuel (80 %), auditif (75 %), dentaire (24 %). 

L'absence de directives imposées concernant des dépistages réguliers de problèmes médicaux représente une occasion manquée d'identifier les enfants atteints de BMA. Sans mandat de l'État, ni de formulaires médicaux-type et identiques à fournir aux médecins, les enfants continuent d'être exposés à des pathologies non soignées, qui peuvent compromettre leur réussite scolaire. 

Les écoles pourraient également mettre en place des campagnes de dépistage gratuites au moment des inscriptions ou alors, demander des certificats médicaux auprès du médecin traitant de l’enfant à titre d’élément indispensable à l’inscription. 

D’un point de vue de Santé Publique et des coûts, il y a évidemment des limites à ce qu'un système scolaire peut faire en termes de dépistage direct et de suivi médical, mais l'investissement dans cette voie peut avoir un fort retour à travers la réduction du taux d’absentéisme des élèves, des redoublements, l'amélioration des résultats et l'augmentation des réussites scolaires. 

La législation et un financement appropriés seront nécessaires pour que les écoles puissent offrir efficacement de tels services aux élèves qui en ont besoin. Cela sera particulièrement important pour les écoles ayant un pourcentage élevé d'enfants vivant dans des milieux socio-économiques pauvres, car ils ont généralement de plus grands besoins médicaux et les accès aux soins les plus médiocres.

Dr Béatrice Ruiz

Référence
Gracy D et coll. : Missed opportunities: Do states require screening of children for health conditions that interfere with learning? PLoS ONE 2018 ; 13(1): e0190254. DOI: org/10.1371/journal.pone.0190254

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Vos réactions (2)

  • Dépistage des BMA

    Le 23 mai 2018

    Il existe en France une visite médicale pour les enfants en grande section de maternelle effectuée par le médecin scolaire et qui dépiste les troubles médicaux qui compromettent les capacités d'apprentissage.
    Une réserve est à émettre sur les capacités des familles à suivre les problèmes repérés pour améliorer la situation scolaire mais pas seulement...

    P.Renard

  • Il a existé un service de Santé Scolaire...

    Le 23 mai 2018

    Aurions-nous oublié qu'en France il a existé un service de Santé Scolaire avec médecins et infirmières très bien formés au dépistage, notamment des risques de troubles des apprentissages?

    Malheureusement, depuis plusieurs années les moyens et objectifs ont été modifiés, notablement réduits et réorientés vers des actions individuelles pour justifier sans doute à terme la suppression du service...

    Réfléchir à l'intérêt de la population et des enfants ne serait pas inutile avant de prendre certaines décisions.

    Dr Janick Jaffres

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