Déremboursement des anti-Alzheimer : la fronde !

Paris, le jeudi 31 mai 2018 - Le ministre de la santé, Agnès Buzyn, a confirmé le déremboursement de quatre spécialités* indiquées dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer.

Dans un communiqué, cinq sociétés savantes et organisations professionnelles médicales** regrettent cette décision et dénoncent son manque de fondement scientifique.

« Selon plusieurs méta-analyses, les médicaments symptomatiques qui pourraient ne plus être remboursés demain ont prouvé leur efficacité sur la cognition dans la maladie d'Alzheimer, la maladie à corps de Lewy et la démence de la maladie de Parkinson » soulignent les sociétés savantes tout en reconnaissant des effets à « l’amplitude modeste ». 

Elles repoussent en outre les arguments concernant la potentielle dangerosité des molécules visées et contestent la réalité d’événements indésirables graves qui n’auraient jamais été décrits dans les enquêtes de pharmacovigilance.

Elles souhaitent donc « un nouvel examen des résultats scientifiques réels des grandes études internationales avant de prendre une décision définitive qui isolerait la France et, surtout, serait délétère pour les patients français et leur entourage ».

Certains praticiens collaborant avec les organisations signataires s’insurgent aussi contre les affirmations qui sous-entendent qu’ils ne défendent ces molécules qu’en raison de liens d’intérêts.

Le président de la Fédération des entreprises du médicament, le Leem, a lui aussi mis en garde contre « des décisions à l'emporte-pièce » et le risque de « reports de prescription sur d'autres molécules dont l'efficacité ne serait pas forcément bien meilleure et la tolérance encore moins bonne ». 

* Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl
**la Fédération des centres mémoire, la Fédération française de neurologie, la Société française de neurologie, la Société française de gériatrie et de gérontologie, et la Société Francophone de psychogériatrie et de psychiatrie de la personne âgée

Frédéric Haroche

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Vos réactions (7)

  • Ouvrir le parapluie

    Le 01 juin 2018

    c'est tellement mieux de ne plus rien faire pour ces malades !
    Le scandale du médiator pour la HAS a eu comme conséquence: principe de précaution maximal, on ouvre le plus grand possible le parapluie et on botte en touche...courageuse et très médicale attitude !

    D Béranger (pharmacien)

  • A évaluer par des experts indépendants

    Le 03 juin 2018

    La seule question légitime est celle du service rendu: il ne reste plus qu'a faire évaluer par des experts indépendants (aussi bien du ministère de la santé que de l'industrie pharmaceutique, pas évident d'en trouver...) l'efficacité et la tolérance de ces traitements, pour voir s'il est justifié que l'assurance maladie continue à les rembourser, ou si ce n'est pas justifié...


    Dr Jean-Marc Ferrarini

  • Revue Prescrire en 2016

    Le 03 juin 2018

    La revue Prescrire a deja parlé de la non efficacité de ces médicaments.
    " Médicaments de la maladie d'Alzheimer
    Maladie d'Alzheimer : se concentrer sur l'aide à l'organisation du quotidien, le maintien d'activité, l'accompagnement et l'aide de l'entourage. Les médicaments de la maladie d'Alzheimer disponibles en 2016 ont une efficacité minime et transitoire. Ils sont peu maniables en raison d'effets indésirables disproportionnés et exposent à de nombreuses interactions. Il vaut mieux éviter d'y exposer les patients.

    Les premiers médicaments autorisés dans la maladie d'Alzheimer sont apparus dans la deuxième moitié des années 1990. Ils ont suscité un réel espoir. En 1998, au vu de son dossier d'évaluation, Prescrire avait conclu à un effet symptomatique modeste éventuellement utile du donépézil (Aricept° ou autre).

    Les données d'évaluation clinique se sont ensuite accumulées. Depuis des années, elles permettent de conclure que les médicaments de la maladie d'Alzheimer disponibles en 2016 ont une efficacité minime et transitoire. Ils sont peu maniables en raison d'effets indésirables disproportionnés et exposent à de nombreuses interactions.

    Aucun de ces médicaments n'a d'efficacité démontrée pour ralentir l'évolution vers la dépendance et ils exposent à des effets indésirables graves, parfois mortels. Or ils sont utilisés en traitement prolongé et impliqués dans des interactions dangereuses.

    Le donépézil (Aricept° ou autre), la galantamine (Reminyl° ou autre), la rivastigmine
    (Exelon° ou autre), des anticholinestérasiques, exposent entre autres à : des troubles digestifs dont des vomissements parfois graves ; des troubles neuropsychiques ; des troubles cardiaques, dont des bradycardies, des malaises et des syncopes, et des troubles de la conduction cardiaque.

    La mémantine (Ebixa° ou autre), un antagoniste des récepteurs NMDA du glutamate, expose à des troubles neuropsychiques tels qu'hallucinations, confusions, sensations vertigineuses, céphalées, conduisant parfois à des comportements violents, des convulsions ; des insuffisances cardiaques.

    Mieux vaut se concentrer sur l'aide à l'organisation du quotidien, le maintien d'activité, l'accompagnement et l'aide de l'entourage. Et éviter d'exposer les patients aux dangers de ces médicaments.

    Simone Milesi

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