Didier Raoult accusé d’expérimentations sauvages

Marseille, le lundi 25 octobre 2021 – Selon Mediapart, une expérimentation non-autorisée et dangereuse sur le traitement de la tuberculose aurait été menée à l’IHU de Marseille par les services du Pr Didier Raoult.

Didier Raoult de nouveau dans la tourmente. Le célèbre directeur de l’IHU, qui devrait quitter ses fonctions à l’été 2022, est accusé par le journal d’investigation Mediapart d’avoir mené des expérimentations interdites sur un nouveau traitement de la tuberculose, provoquant de graves complications chez certains patients. L’essai, débuté en 2017, consistait à administrer à des patients atteints de la tuberculose, généralement des personnes très précaires (migrants, sans domicile fixe…), un cocktail de quatre antibiotiques. Deux d’entre eux, la sulfadiazine et la minocycline, ne font pas partie de la liste des antibiotiques recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour lutter contre la tuberculose.

L’objectif du professeur Raoult aurait été de trouver un traitement plus simple et rapide que celui actuellement recommandé en France, qui dure en règle générale six mois. Le problème est qu’aucune étude ni aucun élément scientifique ne permet de présager de l’efficacité contre la tuberculose de deux des antibiotiques utilisés par les services de l’IHU. « Ce traitement ne correspond à aucune recommandation internationale » explique le Pr Vincent Jarlier, directeur du Centre National de Référence des mycobactéries. Par ailleurs, on sait depuis son introduction en thérapeutique dans les années 40 que la sulfadiazine peut se cristalliser dans les urines et provoquer des calculs urinaires pouvant entrainer une anurie. Selon Mediapart, au moins trois participants à l’essai ont dû être opérés en urgence pour traiter cet effet secondaire.

L’ANSM n’a jamais autorité l’essai

Autre élément à charge contre le professeur Raoult, les services de l’IHU n’auraient jamais eu la moindre autorisation pour mener cette étude. En 2019, deux ans après le début de l’essai, l’IHU a transmis une demande d’autorisation de son protocole à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Dans sa réponse, l’Agence souligne le peu d’utilité et de justification de l’essai ainsi que le manque de rigueur scientifique du projet de l’IHU. « Aucun argumentaire scientifique n’est apporté sur le choix des molécules, l’association, la posologie et la durée du traitement envisagés » indique à l’époque l’ANSM. L’IHU décide alors de retirer sa demande d’autorisation, mais semble pourtant avoir poursuivi son expérience au moins jusqu’en mars 2021. La loi interdit pourtant de mener des expériences médicales à risque sur la personne humaine sans autorisation de l’ANSM.

Depuis 2019, des signalements par des médecins de patients tuberculeux mal traités dans la région de Marseille se multiplient. L’ANSM a confirmé avoir mené une enquête qui a permis d’établir que l’IHU avait mené des essais en violation de la « législation encadrant les recherches impliquant la personne humaine ». Des sanctions disciplinaires pourraient être prises et des poursuites pénales sont également envisagées, la violation de la législation sur les expérimentations humaines étant passible d’un an d’emprisonnement.

Ni Didier Raoult, ni ses principaux adjoints n’ont pour l’instant fait la moindre déclaration sur ses accusations, ni accepté de répondre aux journalistes. Mais certains des médecins de l’IHU, qui témoignent anonymement auprès de Médiapart, n’ont pas de mots assez durs pour décrire la situation. « Didier Raoult utilise des patients précaires et souvent étrangers comme des cobayes, c’est inhumain » accuserait l’un d’eux.

Quentin Haroche

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Vos réactions (11)

  • Raoult testerait donc hors de toute éthique élémentaire !

    Le 25 octobre 2021

    Cette affaire est terriblement grave pour la 'star du bon peuple naïf' depuis 18 mois.
    Depuis, ce personnage se permet de défier continuellement : le bon sens élémentaire, ses pairs et autres professionnels de santé, de multiples 'influenceurs' (politiques, media...).
    Il est désormais grand temps de stopper cette folle course 'à l'échalote' qui n'a que trop duré !
    Il y a bien longtemps qu'un homologue du 'privé' aurait été écarté de la scène publique !...
    A l'ANSM donc d'engager l'accusation de façon à ce que les service compétents puissent prendre les mesures adéquates.

    ACR (pharmacien industriel)

  • Etonnant !

    Le 26 octobre 2021

    Décidément ce grand professeur a quitté la rampe depuis quelques années. Après la chloroquine miracle, des antibiotiques mineurs, testés on se demande bien pourquoi, sur une maladie à traitement difficile et long (ce qui est le principal problème). Surprenant...sans parler de la méthode dont ce monsieur connait pourtant très bien l'illégalité.
    Il dirige encore l'IHU ? Etonnant!

    Dr Astrid Wilk

  • Salut les balances !

    Le 26 octobre 2021

    Atmosphère. Une taupe profonde remue la boue secrète chez l'ennemi de l'humanité.
    Ça couine chez les belles âmes parisiennes, ah ma chère, quelle horreur, et il se met les doigts dans le nez, pensez...

    Et le tuberculose. Les comités centraux qui sont légion sont consultés sur les traitements orthodoxes hors desquels il n'y aurait que des essais thérapeutiques (mdr).

    Ah, le monstre meridional n'a pas suivi les préceptes des messieurs-dames. Au pilori, au trou, aux galères, on vous l'avait bien dit.
    On se demande bien où est la boue, et la paille, et la poutre, et aussi la nausée.
    Le délation dégueulasse est elle une morale ?
    Ceux qui l'encourage, accumulant scoop sur scoop, qui se dégonflent au fil de l'eau, font un bien mauvais calcul.

    Dr Gilles Bouquerel

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