Etre malade, ce n’est pas prendre des vacances : les propos du Premier ministre irritent certains médecins

Paris, le mercredi 29 août 2018 - Si les déclarations d’Édouard Philippe concernant le financement des arrêts de travail de moins de huit jours ont su décrisper les représentants du patronat, échaudés à l’idée que les entreprises puissent devoir assumer une partie des sommes liées à ces arrêts, elles ont ravivé les tensions chez les médecins libéraux. Ces derniers ont été régulièrement ciblés ces dernières années, notamment par la presse mais aussi par les Caisses d’Assurance maladie, comme trop prompts à accepter de prescrire des arrêts dits de "complaisance". Cette conception est fortement combattue par les professionnels de santé qui ont fréquemment rappelé que l’évocation d’une « fatigue persistance » ou d’une « lassitude » sont des signaux qui doivent inciter à la prise en charge. Or, en semblant assimiler arrêt maladie et jour de congés, Édouard Philippe a paru s’inscrire dans cette perspective. « En trois ans, le nombre de journées indemnisées est passé de onze à douze par an et par salarié du privé. C’est comme si notre pays avait instauré un jour de congé supplémentaire » a calculé le Premier ministre dans le Journal du Dimanche.

Suspicion désagréable

La comparaison a été immédiatement épinglée par l’Union française pour une médecine libre qui s’interroge : « Le Premier ministre sous-entend-t-il une défiance à l’égard des médecins dans leur dispensation (complice) des arrêts de travail et à l’égard des patients dans leur demande (injustifiée) ? ». L’UFML s’indigne d’un tel rapprochement et insiste en rappelant que les médecins « prescrivent des arrêts de travail (…) mais ils ne prescrivent pas de congés ». La Fédération des médecins de France (FMF), MG France et le Syndicat des médecins libéraux (SML) ont également regretté cette assimilation entre arrêt de travail et jours de congés, qui paraît dénier la légitimité des cessations d’activité et qui fait l’économie d’une réelle réflexion sur la raison de la progression des arrêts.

Mais il s'agissait peut-être simplement d'une erreur de langage involontaire...

Léa Crébat

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Vos réactions (17)

  • Être malade ce n’est pas prendre des vacances

    Le 29 août 2018

    Une erreur de langage involontaire, ça s’appelle un lapsus, or un lapsus est toujours porteur de sens. En l’occurence le soupçon paraît éminemment clair.

    Danielle Ruffet

  • Ne nous voilons pas la face

    Le 02 septembre 2018

    D’un autre côté, ne nous voilons pas la face. Les arrêts de maladie de complaisance çà existe, et certainement pas de façon minime…

    Dr André Clavel

  • Droit à l'arrêt

    Le 02 septembre 2018

    Personne n'ignore le "droit à l'arrêt" dans la mentalité de certains de nos patients du Service dit publique...il ne faut pas non plus se voiler la face. Si un patient se dit fatigué il nous faudra plus d'énergie de temps passé à le lui refuser et lui expliquer pourquoi. Sans parler des jours de carence intouchables qui favorisent les cours arrêts tout le monde connaît le problème.

    Dr Anne-Yvonne Pasquier

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