Exclusif : forte adhésion des professionnels de santé au déploiement d’infirmières de pratique avancée

Paris, le lundi 16 juillet 2018 – Le ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a confirmé la semaine dernière la publication imminente d’un décret finalisant la création d’un nouveau métier : infirmier de pratique avancée (IPA). Après trois ans d’expérience, les infirmiers le souhaitant pourront suivre une formation universitaire supplémentaire de deux ans qui leur permettront d’accéder au grade d’IPA. Ils bénéficieront de compétences et de responsabilités élargies. Ils ont « vocation à exercer au sein d’une équipe coordonnée par un médecin : cela pourra être en établissement de santé, en structure de soins primaire en ambulatoire (dont les maisons ou centre de santé pluriprofessionnels) ou encore en assistance d’un médecin spécialisé » a précisé la semaine dernière le ministère de la santé dans le cadre de son bilan de son plan d’amélioration d’accès aux soins. Ce texte a par ailleurs souligné que les interventions des IPA se feront dans le cadre d’un « protocole d’organisation arrêté au sein de l’équipe ». Dès septembre, les premières formations seront accessibles avec pour objectif de former 500 IPA avant la fin du quinquennat.

Une avancée réelle pour l’accès aux soins

L’élaboration du décret a, on le sait, suscité de multiples critiques de la part d’une part des infirmières regrettant pour la majorité que le texte ne leur offre pas le degré d’indépendance espéré et d’autre part des médecins redoutant un transfert de compétences pas assez maîtrisé. Aujourd’hui, même si le libellé définitif n’est pas encore disponible (la publication reste imminente), les esprits paraissent apaisés. Ainsi, après avoir redouté au printemps que le rendez-vous ne soit « manqué », l’Ordre des infirmiers se félicite désormais de la publication du décret, sans oublier ses revendications d’hier. « Même si les textes auraient pu aller plus loin en donnant davantage d’autonomie aux futurs infirmier(e)s, la création de ce nouveau professionnel de santé constitue une réelle avancée pour la profession et surtout pour l’amélioration de l’accès aux soins » saluait ainsi le président de l’Ordre, Patrick Chamboredon dans un communiqué publié la semaine dernière.

Des infirmières enthousiastes, des médecins favorables mais prudents

Le sondage réalisé sur notre site du 13 mai au 13 juin suggère une appréciation proche de la part de l’ensemble des professionnels de santé. Le déploiement d’IPA suscite en effet l’adhésion de 65 % des professionnels de santé, alors que seuls 30 % se déclarent défavorables à cette évolution, tandis que 5 %, soucieux peut-être d’avoir plus de certitudes concernant le détail du dispositif, ont préféré ne pas se prononcer. Sans surprise, on constate des différences marquées en fonction des professions, même si chez tous les professionnels de santé, une majorité plébiscite les IPA. Ainsi, chez les infirmières, on frôle l’unanimité avec 87 % de ces dernières qui se déclarent en faveur du déploiement des IPA. Difficile de déterminer si l’opposition affichée par 11 % des infirmières est liée au contour du projet ou au principe même de "super infirmière". La part de médecins adhérant au dispositif est plus faible que chez les infirmières (54 %), mais on relève néanmoins une majorité confortable, tandis que la proportion de praticiens hostiles ne dépasse pas 40 %. Ce sont les pharmaciens qui sont les moins nombreux à se féliciter du système (51 %). On relève par ailleurs chez les pharmaciens, par rapport aux autres professions, une forte proportion d’indécis (18 % vs 1 % chez les infirmières et 4 % chez les médecins), qui pourrait être le témoin d’une interrogation sur la possibilité pour les officinaux de partager (voire d’assumer à leur place) une partie des nouvelles compétences des IPA.

Sondage réalisé sur JIM du 13 mai au 14 juin 2018

De la théorie à la pratique

Si certains auraient pu espérer une adhésion plus massive des médecins aux IPA, la majorité qui se dessine est de bon augure ; d’autant plus que l’on compte probablement parmi les opposants, des praticiens s’inquiétant d’abord des modalités de mise en œuvre et qui pourraient être rassurés une fois le dispositif effectif. Ces résultats qui signalent la force des rapports de coopération qui existent déjà entre médecins et infirmières (et tout en même temps la persistance d’une défiance) confirment en effet que c’est la pertinence du dispositif qui sera la clé de sa réussite, afin que la bonne idée ne se transforme pas en usine à gaz ou en source de conflits dommageables pour les patients.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (6)

  • Infirmier praticien et infirmière praticienne

    Le 16 juillet 2018

    Bonjour,
    Je prends connaissance de tous les articles qui me sont acheminés par courriel du JIM .fr et j'apprécie beaucoup. Toutefois je lis avec stupéfaction vos titres ainsi que les titres de paragraphes uniquement au féminin dans certains ca et cela me fait revivre la dure bataille qu'il a fallu mener au Québec il y a 40 ans et encore demeurer vigilants surtout à cause « d'infirmières ultra-féministes pures et dures » qui avaient décidé de complètement ignorer les infirmiers dans TOUS les textes avec la mention idiote: le féminin inclus le masculin. FAUX. Imaginez si l'on avait fait l'inverse soit de tout écrire au masculin en ignorant les infirmières ? Alors ça aurait été des sorties à n'en plus finir dans les rues...et quoi encore comme moyen de manifester ou de faire pression ?
    Sourtout ne jouez pas ce jeu et soyez inclusives-inclusifs partout dont dans vos textes, en début de paragraphes car les façons de faire en écriture existent bel et bien (infirmier(ère) ou infirmière -infirmier ect,). Ne devenez pas supérieur aux hommes ou aux femmes mais tendez vers l'égalité-équité car la profession infirmière a déjà assez de division au sein de ses troupes peu importe où elle se retrouve depuis fort longtemps.
    Bonne chance et surtout la pratique avancée en soins infirmiers fait partie de l'avenir si l'on veut vraiment aider, mieux soigner la population et surtout continuer à apprendre afin de parler le même discours que les autres professionnels dont les médecins et autres.
    Michel Tanguay
    ex-infirmier clinicien spécialisé en neurologie à la retraite - Québec

  • La montagne et la souris

    Le 16 juillet 2018

    Lorsqu'on voit ce que sont les pratiques avancées aux USA ou en Irlande,le projet français est presque une insulte à la face des infirmiers français.

    J. Métais, IDE

  • Des compétences spécifiques

    Le 18 juillet 2018

    Certes, les anglo-saxons ont été largement pionniers dans la conceptualisation et la mise en place des pratiques infirmières. Cependant, ces dernières années, il semble que le Canada n'est plus cet Eden du soin infirmier... Et j'ai lu récemment un article sur le fait que le système de santé canadien faisait contrôler les infirmières par des médecins qui recevaient une rémunération pour cela... Je pense que si on valide des compétences et que le cadre est posé, cela ne devrait pas se faire ainsi. Cependant je suis d'accord que s'obstiner à positionner les infirmiers en format "tutelle" n'est pas tolérable... Notre profession a des savoirs et des compétences spécifiques et la loi nous reconnaît la responsabilité de nos actes CQFD.

    C. Duval

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