Exclusif : les professionnels de santé veulent qu’on les oblige à se vacciner !

Paris, le jeudi 2 février 2017 – La grippe actuelle devrait compter parmi les épidémies marquées par une mortalité plus élevée que la moyenne. La période hivernale est certes toujours à l’origine d’un plus grand nombre de décès mais il a été recensé, au cours du mois de décembre 2016 et des deux premières semaines de janvier, 11 400 morts supplémentaires par rapport à l’année dernière. Si la responsabilité de la grippe dans cette situation démographique devra être précisée ultérieurement, quelques éléments confirment cependant la gravité de l’épidémie que nous connaissons aujourd’hui. « Le taux de demande d’hospitalisation suite à une consultation en médecine générale pour syndrome grippal reste élevé, légèrement supérieur à 3 % » indique par exemple le Réseau Sentinelles. Les semaines qui viennent pourraient toutefois connaître l’accalmie : si le « caractère inhabituel de la dynamique de l’épidémie »  permet difficilement d’appliquer les modèles de prévision habituels et de déterminer le moment du passage du pic, quelques signaux suggèrent une régression de la grippe. Ainsi « Les nombres hebdomadaires de passages aux urgences et d’hospitalisation sont en forte diminution chez les personnes de 65 ans et plus », note Santé Publique France.

Des syndicats prudents face au risque de culpabilisation des soignants et à l’absence de preuves scientifiques solides

Pas totalement inhabituelle (des épisodes semblables ont été signalés depuis le début du siècle et régulièrement au cours du précédent), l’épidémie, par l’engorgement qu’elle a entraîné dans certains hôpitaux déjà surchargés par la pénurie de lits, a provoqué son lot de polémiques (elles aussi récurrentes). La question de la vaccination des professionnels de santé, comme mesure rempart, a notamment été largement abordée, alors que la couverture varie entre 25 et 30 %. L’Ordre des médecins et le Directeur général de la Santé (DGS) ont ainsi clairement plaidé pour que l’obligation vaccinale des soignants, un temps caressée puis abandonnée, soit rediscutée. Les syndicats de médecins et d’infirmières se montrent le plus souvent prudents face à une telle mesure et invitent surtout à ne pas culpabiliser les soignants. D’autres, comme hier le Syndicat national de jeunes médecins généralistes (SNJMG) invitent en outre à s’appuyer sur les preuves scientifiques. De fait, les études démontrant de manière certaine l’efficacité de la vaccination des personnels soignants en termes de diminution de l’incidence et de la mortalité manquent, comme l’avait confirmé le Haut conseil de la Santé publique.

Les professionnels de santé majoritairement favorables à la vaccination des… professionnels de santé !

Ces incertitudes scientifiques et la timidité des syndicats n’empêchent pas les professionnels de santé de largement adhérer au principe d’une obligation de la vaccination contre la grippe des soignants. Un sondage réalisé sur notre site révèle ainsi que 64 % y sont favorables, tandis que 20 % y sont opposés. Par ailleurs, 15 % plaident pour une solution prônée par certains (dont le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France) : le port du masque obligatoire pendant la durée de l’épidémie en cas de refus de la vaccination. Enfin, 1 % seulement des professionnels ne se prononcent pas. Les professionnels de santé sont même plus nombreux à être favorables à la vaccination des soignants que les Français eux-mêmes, qui selon un récent sondage Odoxa sont 61 % à plébisciter une telle mesure.

Sondage réalisé par le Journal International de Médecine entre le 18 et 30 janvier 2017

Des différences marquées entre infirmières et médecins

Ces résultats sont tout d’abord rassurants quant à l’adhésion des professionnels de santé à la vaccination dans un climat actuel souvent polémique, alors même que les preuves de l’efficacité de la vaccination contre la grippe en général et de celle des soignants en particulier pour restreindre le poids de l’épidémie manquent et tandis que l’obligation pourrait être rejetée dans un contexte de défiance vis-à-vis des autorités. Cependant, on observe des différences très nettes en fonction des professions. Ainsi, les infirmières sont majoritairement hostiles à une telle idée (32 % seulement approuveraient que la vaccination soit imposée et 41 % la refusent sans nuance), tandis que l’approbation est plus large chez les médecins (71 %) et les pharmaciens (71 %). On retrouve ici la marque d’une traditionnelle défiance plus importante à l’égard des vaccins et des mesures autoritaires chez les infirmières.

Force de l’exemple et pragmatisme

Les données de notre sondage marquent également un écart important avec la réalité et suggèrent que les médecins et les pharmaciens ne se font guère d’illusion sur la force persuasive des messages incitatifs sur leurs corporations. Ils semblent conscients que seule une obligation permettra d’obtenir une couverture vaccinale satisfaisante. Ces résultats marquent également probablement un pragmatisme des praticiens qui bien que conscients de l’efficacité limitée de cette méthode jugent qu’elle ne peut que contribuer à renforcer la lutte contre l’épidémie. La valeur de l’exemple associée à cette disposition a également pu séduire un grand nombre de professionnels répondant à notre enquête. Mais de très nombreuses autres mesures devraient parallèlement être mises en œuvre, tel notamment le déploiement de tests de diagnostic rapide de la grippe, qui sont peu utilisés en médecine de ville, alors qu’ils sont une arme pertinente pour une meilleure prise en charge.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (13)

  • Nuances

    Le 03 février 2017

    Avec 866 votes, le sondage du JIM est significatif, mais jusqu'à un certain point seulement: on peut penser que les plus motivés en faveur de l'obligation se sont prononcés; les moins enclins pourraient avoir hésité à manifester leur opposition soit à l'obligation soit au vaccin, même si le sondage est anonyme.

    Le même biais existe pour toutes les questions politiques et on évoque couramment la réticence d'avouer une préférence pour le Front national par exemple.
    Quant au sondage grand public, cela n'engage à rien de répondre pour vacciner les autres (les professionnels). Donc les écarts ne sont certainement pas si nets.
    Enfin sans même parler de l'aspect éthique, l'obligation suppose la certitude de l'efficacité et de l'innocuité de la vaccination: le port du masque et le lavage des mains sont moins contestables...

    JPA

  • Et les personnels non soignants

    Le 05 février 2017

    De par mon expérience, restreindre une statistique aux medecins et infirmiers est un biais.
    Quid des personnels qui "co-travaillent" avec eux:
    Cuisine,ménage,soins,techniciens,administratifs et j'en oublie!
    Ce sont souvent eux qui sont réticents à la vaccination.

    Dr Pascal Pozzi

  • Pas d'intérêt

    Le 05 février 2017

    Les médecins sont assez grands et renseignés pour se vacciner s'ils l'estiment nécessaire ! "Les obliger" ne rime pas à grand chose: cela permettra de mettre une amende à ceux qui disent ne pas le faire? Ou les priver de leur carotte?

    Dr Louise Aghassian

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