Exclusif : plus des trois quart des professionnels de santé seraient favorables à la disparition de la ROSP

Paris, le mercredi 14 août 2019 – A l’heure de la mise en place de la rémunération sur objectif de santé publique (ROSP), les pouvoirs publics s’étaient enorgueillis d’un très haut taux d’adhésion des médecins, en se référant au très faible nombre de praticiens ayant refusé de bénéficier du dispositif ! Il faut dire qu’une démarche était nécessaire pour s’extraire du système (tandis que le silence valait approbation) et que le choix était vicié par le fait que s’ils renonçaient à la ROSP pour des considérations éthiques et philosophiques, les praticiens renonçaient du même coup à une revalorisation de leur rémunération, alors que les perspectives en la matière s’avéraient très limitées.

Sondage réalisé sur JIM entre le 3 juin et le 5 juillet sur JIM

Usine à gaz loin d’être plébiscitée

Pourtant, se référer à ce taux pour se prévaloir de l’adhésion des médecins au système était ignoré les nombreuses critiques qui, depuis sa mise en place, ont visé la ROSP et qui perdurent aujourd’hui. Ainsi l’enquête A plus A réalisée auprès d’un échantillon de 432 médecins généralistes ce printemps a révélé que seuls 45,5 % des omnipraticiens saluent la création de la ROSP. Aujourd’hui, le dispositif est davantage commenté pour sa complexité administrative que pour ses bénéfices sanitaires ou économiques. Ainsi, 50,6 % des 1 800 praticiens ayant participé à la consultation organisée par le Syndicat des médecins libéraux (SML) dans le cadre du grand débat considèrent que la ROSP a entraîné un contrôle excessif des caisses sur la pratique médicale. Ce n’est pas le syndicat des médecins libéraux d’Aix-en Provence qui les contredirait qui estime que la ROSP fait partie de mesures qui ont ces dernières années contribué à établir un « lien de subordination » entre les médecins et la CPAM.

Des appels à la suppression de plus en plus nombreux

Faisant écho à cette perception très critique, certaines organisations n’hésitent désormais plus à envisager la fin de la ROSP, d’autant plus que les rémunérations en dent de scie de ces dernières années ont souvent déçu. Ainsi, au printemps 2018, la FMF, qui s’est toujours plutôt montrée réticente vis-à-vis d’un dispositif qu’elle a pu comparer à un « piège » a appelé à sa suppression. De son côté, le Syndicat Les généralistes-CSMF dont un sondage a révélé ce printemps que 36,75 % des omnipraticiens souhaiteraient la fin de la ROSP invite à remettre en cause le fondement du système. « L’idée même de penser qu’un médecin va mieux travailler parce qu’on le paie à la performance reste éthiquement difficile à accepter » remarquait ainsi le syndicat au mois de mai.

Si une revalorisation est prévue

Cette vision est largement partagée par nos lecteurs. Un sondage réalisé du 3 juin au 4 juillet qui a reçu 369 réponses révèle en effet que 78 % des professionnels de santé seraient favorables à une suppression de la ROSP. Ils ne sont que 12 % à s’opposer à une telle option, tandis que 10 % considèrent difficile de se prononcer sur le sujet. Bien sûr la majorité des professionnels favorables à une disparition de la ROSP souhaiteraient qu’elle s’accompagne d’une revalorisation des honoraires (57 % de l’ensemble des répondeurs), mais on compte cependant 21 % de personnes (parmi lesquelles peut-être des non médecins ou des médecins non éligibles à la ROSP) qui envisagent une telle évolution sans augmentation. Tracasserie administrative, bilan économique pas parfaitement à la hauteur des espérances (même si atteignant en moyenne 4 705 euros la ROSP a été en hausse de 4 % cette année après une forte baisse en 2018) et aberration de rémunérer ce qui relève de la mission propre du médecin : les raisons de ce rejet sont nombreuses. L’argument d’effets positifs potentiels sur la santé publique ne serait dans ce contexte guère de nature à accroître l’adhésion. En effet, beaucoup jugent que la ROSP n’est en réalité qu’un effet d’aubaine récompensant ceux dont les pratiques correspondaient déjà aux recommandations. Et même si l’Assurance maladie affirme régulièrement le contraire en assurant que la ROSP a permis d’améliorer (mais pas tous) de nombreux indicateurs, seuls 24,7 % des médecins interrogés par la CSMF estimaient qu’elle a permis de faire évoluer positivement leur pratique.

Reste à savoir si une telle remise en cause pourrait être envisagée par la CNAM.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (5)

  • ROSP . une énième usine a gaz...

    Le 14 août 2019

    "C'est une abérration de rémunérer ce qui relève de la mission propre du médecin". Ite missa est.

    Dr Yves Plantard

  • Facile de râler

    Le 18 août 2019

    Je l'avais refusé dès le départ. Si tous en avait fait autant ...Facile de râler après !

    Dr Françoise Sanquer

  • Enfin !

    Le 18 août 2019

    C'est le début de la prise de conscience !

    Faisant partie des rares qui ont systématiquement envoyé leur lettre recommandée pour refuser la ROSP (pour des raisons éthiques). Le principe de mon refus est qu'il est inacceptable de rémunérer le médecin sur des résultats qui dépendent du comportement des patients. Cela met de facto le médecin dans la position d'être responsable du comportement de son patient. Ceci est inacceptable à la fois au vu de notre constitution (perte de la liberté, dépendance à l'autre, etc...) que sur le plan médico-légal (la responsabilité des médecins pourrait être engagée en cas de comportement inadapté des patient(e)s.

    Bref ce type de "rémunération", amené dans les tuyaux depuis de très nombreuses années, sentant à plein nez le marxisme léninisme, approuvé par des représentants syndicaux manipulés par le pouvoir, montre enfin son inefficacité. Il aura fallu plus de dix ans !

    Dr Didier Cugy

Voir toutes les réactions (5)

Réagir à cet article